Le palais du livre

Publié: 9 janvier, 2011 dans Juste du bonheur, plaisir, Société, souvenirs

Au milieu des années 70, mes parents nous amenaient souvent à Montréal, le dimanche, pour passer l’après-midi au Palais du Livre. Dans ce vieil édifice poussiéreux de la rue McGill, on retrouvait littéralement des millions de livres de toutes sortes, neufs et usagés sur les 5 étages de l’immeuble.

Les planchers, tous déformés par le poids des livres, menaçaient de s’effondrer, du moins c’est le souvenir que j’en ai. C’était le paradis du lecteur. Certains s’asseyaient ici et là, bouquinant, lisant sans être importunés par quiconque. Ici, le livre était à l’honneur et le lecteur était roi.   C’est là que j’ai pris la plupart des livres de bandes dessinées qui ont peuplé mon adolescence. On pouvait acheter 3 bandes dessinées à couvert non-rigide, du style Superman, pour 25 cents. Une véritable aubaine. J’ai reconstitué ci-contre, un montage d’une bonne partie de mes lectures de bandes dessinées de cette période.

Le proprio du Palais du Livre, un Monsieur plutôt original qui, selon mon souvenir ressemblait même un peu à Einstein eu toutes sortes de démêlés avec la justice municipale. À cette époque, il était interdit à un commerce d’ouvrir le dimanche et les autorités voulaient donc le mettre au pas. Pas question de faire exception pour le Palais du Livre. Afin de contourner la loi, ce monsieur avait alors transformé le rez-de-chaussée en commerce de fruits et légumes, une catégorie alors autorisée  à ouvrir le dimanche. Ça m’avait bien fait rigolé, mais visiblement pas les autorités municipales qui l’avaient, par la suite, obligé à fermer les étages supérieurs de son commerce. Parfois, au nom de la loi et de la réglementation, on retrouve de genre d’absurdité bureaucratique. Et puis, dans les années 80, le Palais du livre fut victime d’un incendie majeur qui a tout détruit, sauf la façade de l’édifice. Quel dommage.

J’ai tant de magnifiques souvenirs de cet endroit magique. Je remercie encore le propriétaire, dont j’oublie le nom, d’avoir fait profité tant de gens du plaisir que représente la lecture.

Commentaires
  1. Le Palais du livre? C’est curieux, on en parle aussi dans le billet de samedi du blogue "Chronophage et ses amis". Je pensais connaître ça, je croyais que c’était près du métro Berri et qu’on en a fait une patente à patins à roulettes qui a aussi fermé. Mais j’ai tout faux selon votre histoire.

  2. pierforest dit :

    @FemmeLibre: Il y a effectivement eu, plus tard, un Palais du Livre, rue Berri, sur le site actuel de la Grande Bibliothèque Nationale, mais le premier, l’original, avec beaucoup plus de livres était dans le vieux-Montréal sur la rue McGill. Vous n’avez donc pas tout faux, c’est simplement que nous ne connaissiez pas l’ancêtre.

  3. Jean-Pierre dit :

    moi aussi je me souviens ce palais, j’en garde de très bon souvenirs; l’odeur des vieux livres, le plancher qui craquait

    j’étais très triste quand j’ai vu à la télé que la bâtisse avait brulé 8(

    c’étais un endroit magique

    salut !

  4. pierforest dit :

    @Jean-Pierre: Oui, c’était un endroit magique qui amenaient la population à découvrir le plaisir de la lecture. On y passait des heures, à arpenter les allées, logeant les murs de peur que le plancher ne s’effondre et bouquinant sans jamais être importuné. Le personnel sur place était amoureux des livres, eux aussi et respectaient les lecteurs. Il y avait des gens qui s’installaient tout simplement sur une chaise et lisait un livre sans que personne ne les incite à acheter. J’aimerais bien faire un voyage dans le temps et y retourner.

    • Nathalie dit :

      Ah! Comme j’ai adoré cet endroit et que de découvertes j’y ai faites alors que je prenais plaisir à lire pour la première fois à 8-9 ans. Ma mère nous y emmenait ma soeur, mon frère et moi et avec chacun un budget de quelques dollars, nous y passions l’après-midi à chercher des trésors. 📚 C’était la meilleure des garderies les jours de pluie 👧

      Mais dites-moi, n’y avait-il pas aussi un vieil ascenseur qui finalement devait plutôt être un monte-charge?

      Ce fut un jour bien gris pour notre famille lorsque nous avons appris pour l’incendie. Nous avons visité la nouvelle succursale sur Berri à maintes reprises par la suite mais la magie n’était pas la même, les planchers ne craquaient pas, les boiseries vernies manquaient. Merci Monsieur Nadeau pour ces souvenirs.

      Nathalie

  5. BoomMichael dit :

    Étant un jeune marié, j`ai bien connu monsieur Roger Nadeau le propriétaire de la fameuse librairie appelé le Palais du livre, qui sera malheureusement détruite par un incendie au début des années 80 . Mr. Nadeau qui avait la ressemblance d`Albert Einstein, le type de librairie , me manque beaucoup. Ce fut pour moi et mon épouse Johannes , une époque de bonheur.

  6. pierforest dit :

    @BoomMichael: Oui, j’ai effectivement toujours trouvé que M.Nadeau avait un air à la Einstein. Dans ce commerce, j’appréciais particulièrement le respect que l’on avait pour les livres et les lecteurs.

    • Diane dit :

      Bonjour,
      Existe t-il toujours un tel endroit à MTL? Le Colisé du livres peut-être? J’ai visité le Palais il y a quelques années et j’aurais aimé retrouver un endroit semblable.
      diane

  7. pierforest dit :

    @Diane: Il existe quelques commerces de livres usagés à Montréal, mais aucun de l’ampleur qu’avait le Palais du Livre à l’époque. En voici quelques’uns:

    1000000 Comix Inc
    1418, rue Pierce, Montréal H3H 2K2, QC

    Anthologies Cafe Books Inc
    1420, rue Stanley, Montréal H3A 1P7, QC

    Bidonlivre
    3428, rue Saint-Denis, Montréal H2X 3L4, QC

    Bouquinerie du Plateau
    799, avenue du Mont-Royal Est, Montréal H2J 1W9, QC

    Bouquinerie Saint-Denis
    4075, rue St-Denis, Montréal H2W 2M7, QC

    Boutique Volume Inc
    277, rue Sainte-Catherine Est, Montréal H2X 1L5, QC

    Chapitre Un Librairie
    4109, rue Sainte-Catherine Est, Montréal H1V 1X1, QC

    Cheap Thrills
    2044, rue Metcalfe, Montréal H3A 1X8, QC

  8. Pierre F. dit :

    @Nathalie: Oui, il me semble bien, en effet qu’il y avait un ascenseur, au fond, face à l’entrée, et je ne sais pas si je m’y serai risqué, mais j’imagine les employés qui autrement, auraient dû monter ces caisses de livres jusqu’au 8ième étage, ça aurait été très cardio comme boulot. :)

    Votre description me rejoint complètement. J’avais mot pour mot, exactement les mêmes sentiments.

  9. cbes dit :

    Merci de me confirmer que mes souvenirs d’enfants ce sont pas des rêves…. J’avais l’impression d’être passée de l’autre côté du miroir alors qu’en fait, j’étais montée au paradis….
    Que de beaux souvenirs….

  10. Do dit :

    Ouf… je suis en retard sur ces souvenirs du Palais du Livre et je ne sais même pas si quelqu’un lira ce qui suit, mais bon. Pas grave, écrire ressuscite les souvenirs…

    J’ai été très touché de lire le texte initial ainsi que les commentaires qui ont suivi, touché, disais-je, parce que Pierre-Roger Nadeau était mon oncle et que j’ai aussi connu de beaux moments d’évasion littéraire entre les murs du Palais, et ce, même si je n’étais qu’un pré-adolescent à l’époque de l’incendie. Mon oncle était d’ailleurs sur place ce soir-là et il reçut un coup de fil anonyme lui demandant de se rendre à quelques coins de rue de là où, lui a-t-on alors dit, un incendie (!) venait de se déclarer. Curieux de nature il s’y rendit, ne sachant bien évidemment pas que ce subterfuge ne visait en fait qu’à l’éloigner de son commerce le temps qu’un ou des incendiaires ne mettent leur sombre plan à exécution. Cet incendie lui a miné le moral pendant longtemps…

    D’autre part, si c’était si peu cher c’est d’abord et avant tout parce que mon oncle n’avait pour seul et unique salaire que le sourire des clients, lui qui avait l’habitude de dire qu’une chaleureuse poignée de main d’un client enchanté valait tout l’or du monde…

    Aussi, z’avez partiellement raison d’écrire qu’il vendait fruits et légumes. Et si j’écris «partiellement» c’est parce qu’il ne vendait QUE des avocats, les comparant à… des légumes!!!
    Et si vous et moi pouvons aujourd’hui acheter des bouquins le dimanche, c’est en grande partie grâce à lui.

    Pour tout ça, merci, merci oncle Roger!

    Dominique Nadeau

  11. pierforest dit :

    @Dominique: Merci pour cet intéressant commentaire. J’ignorais concernant la vente d’avocat, mais je vois bien là l’humour particulier de votre oncle. Je pensais que l’incendie avait été un accident, mais à la lumière de ce que vous racontez, c’était très possiblement criminel. Votre oncle était tout un personnage et il en faudrait davantage des comme lui.

  12. Do dit :

    Oups! Désolé mais je ne sais pas ce qui s’est passé, enfin bref mon commentaire visait bien sûr à vous remercier mais aussi à ajouter quelques mots puisque lorsque j’ai lu que vous aviez écrit qu’il était « tout un personnage » eh bien ça m’a rappelé une couple de trucs, dont le fait qu’il gagnait son argent de poche, étant enfant, en exhibant un… ours dans le stationnement d’un restaurant! Il fut ensuite taxidermiste puis détective privé pendant 14 ans avant d’ouvrir le Palais du Livre (et oui, s’agissait bien d’un incendie criminel). Peut-être aussi saviez-vous qu’il avait été propriétaire du populaire restaurant La maison hantée de même que du Jardin du Baron fou.

    Vous vous doutez certes que j’en aurais long à écrire sur son vécu mais le temps me manque, je vous laisserai donc sur ces mots de Pierre Foglia, dans La Presse du 25 novembre 1992 :
    «Pierre-Roger Nadeau est mort (…) Il est mort mardi vers minuit sur le trottoir, devant un petit café qui fait aussi librairie, Le DéLire (…) Le DéLire fêtait ce soir-là son premier anniversaire (…) il avait parrainé l’ouverture, il avait donné des livres (…) a récité du François Hertel, puis il a annoncé aux gens qu’il venait d’ouvrir un nouveau restaurant (…) "J’ai 74 ans, vive la vie!", qu’il a dit. Et il est sorti. Un client l’a vu tomber sur le trottoir. Il est mort là, sur le trottoir. »

    À la lecture de cette chronique, je me souviens m’être dit qu’il avait prononcé ses dernières paroles comme il avait vécu : en aimant la Vie. Avec un grand V.

  13. pierforest dit :

    @Dominique: Que c’est intéressant cette anecdote sur l’argent de poche qu’il gagnait en exhibant un ours. Cela démontre que tout jeune, il était déjà un être profondément original. Je savais pour la Maison hantée qui a été également pionnière dans son genre. Son histoire mériterait d’être écrite et racontée, ne serait-ce que pour son audace et sa ténacité qui sont de si belles valeurs. Merci pour ce témoignage Dominique.

  14. Anonyme dit :

    Je garde aussi de fabuleux souvenirs du Palais du livre de mon oncle Roger. O y passait des heures à bouquiner et à se faufiler dans des tunnels. Très amusant pour les enfants

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