IMG_1016Près de chez moi, il y a un étang où une bande de colverts ont élu domicile. Je ne sais pas si ce sont toujours les mêmes qui reviennent, mais à chaque année, ils sont là. Plutôt timides au printemps durant la période nuptiale, ils s’accomodent très bien de la présence humaine un peu plus tard, quand les petits sont venus au monde.

Comme il y a un parc, juste à côté de l’étang, il est fréquent de voir des passants s’arrêter pour leur donner des petits morceaux de pain et les canards ont vite compris. Il a suffit que je m’asseois sur un banc à proximité pour qu’ils s’approchent rapidement et sans crainte, en espérant que j’aie un peu de pain à leur offrir.

Au départ, je pensais qu’il n’y avait que des femelles et des juvéniles nés plus tôt au printemps, mais en lisant un peu sur le sujet j’ai appris que les mâles affichant une magnifique tête verte en période d’accouplement, muaient et redevenaient bruns une fois la période passée.

Comme dans toutes les espèces, on voit des individus dominants, qui s’imposent généralement par leur mauvais caractère, repoussant à coup de bec ceux qui sont trop près de la zone stratégique où ils prévoient que l’on jettera le prochain morceau de pain.

Pour ma part, j’ai plutôt eu un faible pour un d’entre eux, avec une patte soit paralysée, soit cassée et qui tentait d’approcher. C’est à lui que j’ai donné la part du lion. Je sais que dans la nature, ceux qui sont faibles ou blessés sont généralement les premiers éliminés, parce que c’est par la multiplication des plus forts qu’une espèce domine éventuellement son environnement, mais c’est une règle qui m’a toujours parue cruelle. Il me semble qu’on devrait mesurer la force d’une société à la façon dont elle prend soin des plus démunis.

Mon fils s’est installé à Warwick avec sa petite famille. Lui et sa conjointe, tous les deux travailleurs autonomes avaient simplement besoin d’une bonne connexion à internet pour travailler de la maison et ils rêvaient de s’installer loin de la ville. Ils ont ainsi pu faire l’acquisition d’une jolie petite maison à un prix imbattable comparativement à ce qui se paie en milieu urbain. Nous sommes allé leur rendre visite ce weekend.

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Ce matin, m’étant levé tôt, j’en ai profité pour aller prendre une marche et m’imprégner de l’ambiance de cette petite ville du centre du Québec. Je passais de quartier en quartier en étant séduit par la diversité des maisons. Ça me faisait penser à ce que c’était avant que les urbanistes ne prennent le contrôle du développement urbain, avant que l’on ne décide que les maisons doivent toutes être en harmonie les unes par rapport aux autres, que les secteurs doivent être bien définis, les unifamiliales ici, les logements multiples par là, la zone industrielle plus loin. Dans certaines villes, la hauteur des maisons, le style, le plan d’architecte et même la couleur de la brique doivent être approuvés avant qu’on puisse construire quoi que ce soit, de sorte qu’au final tout semble pareil, équilibré, mais un peu fade et sans fantaisie.

À Warwick, je n’ai pas vu deux maisons semblables les unes au côté des autres et je devine même que c’était délibéré, un peu comme ces jeunes filles se choisissant une robe de bal. On la souhaite unique, se distinguant des autres et c’est une fierté d’être différent. À Warwick, les styles de maison, le revêtement, les couleurs sont multiples et même la répartition est un peu chaotique. On y retrouve des bungalow au côté de logements multiples ou même d’entreprises manufacturières autour desquelles on a construit des maisons unifamiliales. On y voit aussi des grosses maisons victoriennes qu’ont sans doute habitées les bourgeois de l’époque. Les boulevards sont appelés ainsi non pas parce qu’ils sont très fréquentés, mais simplement parce qu’on a divisé la rue avec un terre-plein gazonné ou on y a planté des arbres qui sont maintenant matures. C’est très joli. Cette diversité peu contrôlée qui fait le charme de Warwick m’inspire un sentiment de liberté qui malheureusement se perd progressivement. Warwick me fait penser à un jardin anglais.

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Parfois un sourire suffira à illuminer une journée entière.

En termes d’efficacité énergétique, c’est assez dur à battre.

 

Méritocratie

Publié: 29 juin, 2016 dans Politique, Réflexions, Société

À vivre dans un pays libre où règne une paix et une sécurité relative et où les guerres se font essentiellement avec des mots ou sur une patinoire, on oublie souvent que la démocratie est un des piliers de notre société. On l’oublie au point où aller voter devient pour plusieurs une corvée plutôt qu’un privilège. Voter pour l’un ou pour l’autre, c’est souvent du pareil au même se dit-on, dans la mesure où ça a peu d’incidence sur notre quotidien.

Pourtant, au départ, la démocratie, c’est le pouvoir du peuple de décider des règles qui le gouverne et de s’y soumettre au terme d’un vote majoritaire. C’est ça la démocratie. Se soumettre à un résultat contraire à nos convictions mais souhaité par une majorité lors du vote, n’est pas nécessairement facile, mais c’est ce qui assure la paix civile et sociale. Bafouer ces règles, c’est s’exposer à une révolte du peuple.

Dans le contexte de résultats serrés lors d’un vote, la participation fait toute la différence. Il y a quelques années, dans ma région, un maire avait été élu avec une seule voix de majorité. Un seul vote et ce, après recomptage. La démocratie avait parlé et le maire s’est senti pleinement justifié d’exercer le rôle que lui avait confié sa population. Après coup, tout ceux qui n’avaient pas voté ont pris conscience du pouvoir qu’il aurait pu exercer pour faire pencher la balance en faveur de l’autre candidat. Dans ce cas particulier, ce fut tout de même positif, puisque le maire fut réélu lors de l’élection suivante, 4 ans plus tard.

Dans le vote sur le Brexit, 72% de la population votante a exercé son droit de vote. Il y avait donc 28% des gens pour qui, rester ou sortir de l’Union Européenne n’avait apparamment aucune incidence sur leur quotidien, du moins c’est ce qu’ils croyaient. Les conséquences de nos décisions n’apparaissent parfois que plus tard, parfois trop tard.

L’Union Européenne a maintenant intérêt à ce que le Royaume-Uni s’écroule économiquement en quittant. S’il en est autrement, c’est l’Union Européenne qui éclatera de toutes parts. Mais d’une façon comme de l’autre, c’est une crise économique qui pointe à l’horizon.

Reste à voir si on bafouera les règles démocratiques pour se sortir de cette situation périlleuse, au risque de déclencher la révolte du peuple.

Peut-être, après tout, vit-on dans une méritocratie, parce qu’au final, on a toujours ce qu’on mérite.

50% + 1

Publié: 24 juin, 2016 dans Politique, psychologie, Réflexions, Société

2016-06-24 08_36_42-brexit - Recherche Google

Hier soir, j’écoutais une entrevue avec Lucien Bouchard à Télé-Québec, où il racontait son parcours politique, la période de Meech, sa démission du parti Conservateur, la création du bloc, le référendum de 95, sa venue au Parti Québécois….

J’ai toujours beaucoup admiré cet homme, son franc-parler, la cohérence de son propos. Il fut un homme d’état avec les qualités de chef comme on n’en avait pas vu depuis René Lévesques, bon négociateur, charismatique et avec une vision claire qu’il savait partager.

Ce documentaire a réouvert le blessure de 95, parce que je me souviens de la déception ressentie ce soir du 30 octobre, quand à moins de 1% d’écart, le Québec aurait pu devenir un pays.

En même temps, si les chiffres avaient été inversés, je doute que ça ait été facile. On ne fait pas un pays avec la moitié de la population qui rame dans une direction tandis que l’autre rame à contre-sens. Ça aurait facilement pu devenir un chaos. Le Fédéral qui refuse le résultat, réclame son propre référendum avec sa propre question, le reste du pays qui demande la démission du Québécois Jean Chrétien qui aurait été inapte selon eux à négocier cette séparation. Les amérindiens auraient demandé leur propre souveraineté, le morcellement du territoire, le Canada n’aurait pu accepter que les provinces maritimes soient isolées du reste du Canada, réclamant un couloir canadien au travers du Québec qui aurait forcément passé par Montréal qui aurait voulu rester au sein du Canada plutôt que du Québec, les ententes commerciales (Libre-échange, Norad, pacte de l’auto) qui auraient dûes être renégociées, bref, ça n’aurait pas été facile. Faisable, mais pas facile.

Suite au référendum de 95, le Fédéral a soumis un projet de loi sur la clareté référendaire dans laquelle il ne clarifie pas grand chose, invoquant surtout le fait que le résultat doit relever d’une « majorité claire » sans définir ce que signifie ce terme, mais laissant entendre que 50% + 1 est insuffisant pour sortir du Canada (même si c’était suffisant pour y entrer -Terre-Neuve en 1949-).

Tout cela pour dire que le Royaume-Uni vient de voter à un peu moins de 52% pour sortir de l’Union Européenne. Et c’est une majorité suffisamment claire dans un système démocratique pour entériner le résultat.

Mais bon, ça ne sera pas facile. Faisable, mais pas facile. L’Écosse voudra à nouveau se séparer et rejoindre l’Union Européenne, Peut-être l’Irlande également, les traités devront être renégociés, les douanes réinstaurées, les bourses s’écroulent et deviennent volatiles, c’est à suivre.

essenceJ’ouvre tout grand mes sens, mes yeux, mes oreilles, je veux marquer clairement mes souvenirs de ce weekend, pour y revenir encore et encore, quand bon me semblera, quand j’en aurai envie, quand j’en aurai besoin.

Je repense à cette marche dans les bois à la tombée de la nuit, à la fraicheur qui descendait sur nous, au contact de sa main dans la mienne et des insectes qui tourbillonnaient autour de nous. Sur le lac, le ciel rose et bleu se réflètait comme un immense miroir offrant une source lumineuse au travers des arbres noirs.

Le lendemain, au petit matin, ce cerf qui passa tout près de moi, le regard inquiet et surtout surpris de trouver un humain si tôt sur sa route.

Ces drôles de flocons colonisateurs qui flottaient partout dans l’air dès que le vent soufflait un peu, comme une neige d’été, comme des méduses qui se laissent porter par les vagues.

Les balades en vélo, l’effort de grimper les côtes et le plaisir de la descente. Je la vois penchée sur son guidon, concentrée par l’effort et les cuisses qui brûlent. Elle arrêtera avant d’être en haut de la côte, tout en allant un peu plus loin que la veille, peut-être par défi.

Une partie de scrabble inachevée qu’elle a solidement débuté avec un mot de 57 points.

Un souper agréable dans un resto gastronomique où j’ai visé l’exotisme, tandis qu’elle choisissait une valeur sûre.

Une soirée au cinéma pour un film léger, amusant, une comédie policière qu’on n’aurait sans doute pas vu autrement, mais qu’on a choisi parce que c’était le seul film qui convenait avec l’horaire.

Et des discussions différentes, un peu nostalgiques, du genre: Si je n’avais pas peur de l’avion, j’aurais aimé voyager là où il y a de vieux bâtiments et des petites ruelles.

Le feu de camp qu’elle a allumée fièrement toute seule et qu’on a regardé, hypnotisé par le flammes, accompagné de longs silences jusqu’à ce que les braises rouge annoncent l’heure du coucher.

J’ai fait le plein de bonheur, comme on fait le plein de carburant avant une longue route.

Ce matin, j’étais assis tranquillement derrière la maison à profiter du soleil printannier et j’admirais ces magnifiques fleurs bleues, dont j’ignore le nom, que Josée avait plantées dans ses plate-bandes. Mon attention fut ensuite attirée par d’autre fleurs bleues, minuscules et nombreuses, toutes massées le long de la pierre, comme des groupies envieuses venues assister au passage de leurs idoles.

Les unes ont profité d’un environnement favorable, d’un bon terreau et on a pris soin de leur donner tout ce dont elles avaient besoin pour s’épanouir. Les autres, qu’on qualifie de mauvaises herbes, ont dûes se débrouiller toutes seules, se battre pour survivre. Elles sont fortes, bien que moins éclatantes que leur idole.

La vie est injuste pensais-je. À celles qui ont tout reçu, on accordera davantage notre attention et notre amour et on arrachera celles qu’on qualifie de mauvaises herbes.

Pourtant, au détour d’une crise, d’une tempête ou d’une sécheresse, celles qui ont tout reçu n’auront sans doute pas les ressources pour survivre, parce que cette force, on ne peut la recevoir, on doit la trouver en soi.

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