La mémoire du rêveur

Publié: 15 octobre, 2017 dans Bonheur, psychologie, Réflexions, rêves

Dans un rêve, je me suis souvenu d’un événements survenu auparavant dans un autre rêve, comme une mémoire parallèle qui ne s’active que dans ce monde.

À tous les jours ou presque, quand j’ouvre les yeux, je me souviens du dernier rêve de la nuit, que je tourne en boucle à quelques reprises, m’interrogeant sur le sens qu’il peut avoir et très souvent, cela ressemble à des mises en scène visant un apprentissage émotif, une façon de d’expérimenter à l’avance comment je réagirais dans telle ou telle situation, une façon également de ramener à l’avant-plan les pensées qui ont occupées mon esprit la journée précédente.

Fleur du matin

Publié: 7 octobre, 2017 dans Écriture, Bonheur, Juste du bonheur, L'essentiel

fleurDuMatinJe n’arrivais pas à dormir cette nuit, alors je suis sorti dans le jardin pour regarder le ciel. Pour toi, j’aurais décroché la lune, mais comme elle n’y était pas, je me suis contenté d’une étoile, en souhaitant qu’un bonheur moins lumineux et plus lointain arrive tout de même à gagner ton coeur. Il me fallu donc choisir l’une d’entre elles et je me mis alors à observer attentivement le ciel. Mes yeux s’habituant à l’obscurité, je découvris une abondance insoupçonnée d’étoiles, dont certaines étaient à peine visibles aux abords des plus brillantes qui m’appelaient à les décrocher elles plutôt qu’une autre. Moi, Moi, disaient-elles, d’une voix forte dans ma tête, détournant mon attention de ces discrets points lumineux qui s’exprimaient faiblement à leur côté. Curieux et attiré par ce qu’on voulait me cacher, je pris mes jumelles pour observer de plus près ces toutes petites derrière les grandes et à mon grand étonnement, j’en découvris d’autres encore, plus petites et plus lointaines, si petites en fait, qu’on ne les distinguait pas à l’oeil nu. L’univers est ainsi fait me dis-je, accrochant le regard avec du tape-à-l’oeil et masquant une réalité sans fin, plus riche et toujours plus lointaine. Aussi, jusqu’au petit matin, j’ai observé le ciel, hésitant à en décrocher une plus qu’une autre et finalement, le soleil levant vint les masquer toutes, petites et grandes. En baissant les yeux, je remarquai une fleur magnifique qui s’était tournée vers moi et m’approchant, j’en vis une autre plus discrète et plus petite mais toute aussi jolie qui m’observait timidement et ce fut elle que je cueillis pour t’offrir à ton réveil.

Crédit photo: Fleur du matin

j’ai une mémoire sélective qui met beaucoup d’emphase sur les bons moments et qui tend à diminuer l’importance des moins bons. On pourrait parler d’aveuglement volontaire, mais ce n’est pas vraiment volontaire, je suis juste comme ça. Ces jours-ci, j’ai le sentiment qu’on a eu un été formidable après cette dizaine de jours de soleil intense et ces températures qui dépassent de 10 degrés la normale saisonnière. L’été s’étire comme jamais et c’est vraiment plaisant. Ça me réconcilie avec l’été et je suis maintenant prêt pour l’automne.

Ce weekend, c’est le tour des petites fleurs couleur lilas de se faire belles. La semaine dernière, c’était les blanches. Je n’arrive toujours pas à retenir leur nom, mais bon, je ne pense pas qu’elles m’en voudront. Ces fleurs font par ailleurs le régal des papillons d’automne, Monarques et Belle Dames qui sont anormalement nombreux cette année. C’est quand même plus jolie et moins agressant que les coccinelles qui nous envahissent durant une courte période à tous les automnes depuis 2 ou 3 ans.

Je demeure encore étonné de voir comment Josée avait si bien pensé le choix et la localisation de toutes ces fleurs autour de la maison. D’avril avec les perce-neige jusque tard en automne, tour à tour, toutes sortes de fleurs de différentes en couleur et formes connaissent leur moment de gloire là où elle l’avait planifié. Et c’est un travail qui a été fait essentiellement avec des plantes vivaces, de sorte qu’elles reviennent d’année en année sans qu’on ait besoin de replanter quoi que ce soit. Impressionnant, vraiment, c’est comme une oeuvre d’art, sculptée à même la vie.

LeTempsDimanche dernier, je m’étais promis de faire certains travaux autour de la maison. Vider, nettoyer et remiser le baril récupérateur d’eau de pluie, grimper pour inspecter la toiture avant que ne viennent les temps plus froids, nettoyer les gouttières des débris accumulés durant l’été et enlever, sur recommandation de Josée, ces plantes devant la maison et dont j’oublie le nom et qui ne sont, semble-t-il, pas à la bonne place.

Mais le soleil était magnifique, comme ces journées de fin d’été où il ne fait ni trop chaud, ni trop froid et qu’on peut, profiter de cette lumière enveloppante. Installé derrière la maison dans une chaise de camping, visage tourné vers le ciel et yeux fermés, j’écoutais une émission de science de Radio-Canada sur mon Ipod Nano tout en remplissant mes piles biologiques pour faire le plein de vitamine D. Juste une minute encore, me suis-je dit.

Quand le temps nous manque, il devient précieux.

Il devient précieux parce qu’il marque un moment qui ne reviendra plus et lorsqu’on en prend conscience, tous nos sens se mettent en éveil pour en profiter au maximum.

S’il n’y avait pas d’échéance, on gaspillerait sans compter tout le temps qu’il nous reste comme si on était éternel.

Si ce n’est la vie elle-même qui vient nous fixer une échéance, il est parfois utile de s’inventer des projets, ne serait-ce que pour apprécier encore un peu plus tous les moments que l’on vit. En gestion, on définit un projet comme un effort de nature temporaire, ayant un début et une fin et visant à atteindre un objectif.

En fait, j’y pense, la vie elle-même n’est-elle pas un projet par définition?

Crédit image: y’…za. on Pinterest

3sept1988J’étais là, seul devant l’autel, les mains un peu moites en t’attendant pour ce moment charnière de ma vie, de la tienne et de plusieurs autres à venir. Sur fond de marche nuptiale, les portes de l’église se sont ouvertes toutes grandes et le soleil de fin d’après-midi s’y est engouffré comme une nuée de fées Clochette se précipitant en tous sens à l’intérieur pour se choisir une place.

Tu étais là, en contre-jour, au bras de ton père, dans cette magnifique robe blanche qui servira plus tard de vêtement de Baptême pour nos petits princes et princesses. Tu remontas l’allée lentement, confiante, au bras d’un père terriblement ému de jouer ce rôle pour la première fois et d’être également au centre d’une attention qu’il fuyait plus souvent qu’à son tour. Il me remit ta main pour que la cérémonie se poursuive devant nos proches et nos amis les plus chers.

C’était le 3 septembre 1988. 29 ans déjà. C’est fou comme ça passe vite. En quelques secondes, je peux facilement voir défiler toutes ces années, ponctuées de mille et une émotions, qui garnissent mes souvenirs comme les livres d’une bibliothèque intime, avec mes préférés, certains que j’ai presqu’oubliés, d’autres je relirai encore et encore et d’autres enfin, que je garde là, simplement parce que je ne peux m’en détacher.

« Pierre, Josée sera toujours, toujours ta femme », avait dit le curé, me regardant dans les yeux et me pointant du doigt, comme pour marquer l’importance de cette décision. On ne réalise parfois que plus tard, combien certains moments deviennent par la suite charnière à tout ce qui suivra, s’insérant dans un de plan de vie qui s’arrime à ses racines tout en formant des alliances avec tout ceux qui l’entourent et plus loin encore dans le temps et l’espace, par ses graines qui, menées par le vent, germeront ailleurs et livreront leurs fruits au moment opportun.

 

beforeIgoPour ce premier rendez-vous, est-ce que je mets la rouge ou la noire, pensais-je, inquiète.

En cet instant, l’anxiété qui me prenait au ventre n’avait rien à voir avec la couleur de ma robe, je n’étais pas dupe. C’était cette foutue cicatrice marquant mon visage d’un bout à l’autre qui, comme à chaque fois, me filait la trouille. Que dira-t-il en me voyant? Comme tous les autres, il ne dira probablement rien, hésitera à me questionner de peur de me blesser, mais je lirai dans ses yeux cette intense concentration de ceux qui ne veulent pas baisser du regard. Son silence dira tout. La photo du site datait d’avant l’agression et je n’en avais rien dit.

Machinalement, j’appliquai le fond de teint habituel pour masquer partiellement les longues cicatrices roses qui se creusent de façon disgracieuses dès que je souris. Si je garde un visage neutre et qu’on n’y porte pas trop attention, on pourrait presque penser que je suis jolie comme autrefois.

Etalant du noir à paupière et perdue dans mes pensées, je laissai ma main filer librement, en écriture automatique et peu à peu elle me dessina tout autour, deux immenses puits sans fond, ouverts à la noirceur qui m’habitait intérieurement, comme un clown triste. Inspirée malgré tout, j’eu envie de continuer ce camouflage, appliquant du blanc partout sur mon visage, puis de petites pétales roses ici et là. Je me fit un nez de chat et enfin, pour compléter le tout, d’un fin trait noir, je suivi mes cicatrices d’un bout à l’autre, mettant l’emphase sur ce que je voulais cacher. Cela me donnait un air mélancolique, mais qui reflètait parfaitement mon état d’esprit. Advienne que pourra, voilà comment j’irai à cette rencontre, ce soir, me dis-je. Pour une fois, on s’amusera de mon apparence plutôt que d’en faire une barrière infranchissable.

J’insérai 4 roses dans mes cheveux et enfilai la robe noire. Je pris un taxi et me rendis au resto Chez Antoine, tel que convenu la veille, lors de notre dernier échange sur le site de rencontre. J’aurai une rose à la boutonnière m’avait-il écrit.

Je pris une longue respiration et entrai dans le resto, le cherchant du regard. Mon coeur fit un bond en l’apercevant, assis à une table tout au fond et à ses pieds, couché au sol, il y avait un chien-guide. Je m’avançais vers lui et m’arrêtai à sa table.

– Charlotte, c’est bien toi? me demanda-t-il?

– Oui, c’est moi, dis-je, souriant intérieurement.

– Ta voix est exactement comme je l’avais imaginée, douce à l’oreille et chantante de son accent du pays. Je suis si heureux de te rencontrer. S’il-te-plait, prend place. Je sais que c’est probablement un choc pour toi, enfin, je veux dire que tu ne savais pas, mais je t’expliquerai.

Je m’assieds face à lui, souriant sans retenue de cette étonnante situation.

– Ça va, Charlotte?

– Oui, je vais très bien. Laisses tomber toutes ces explications et parles-moi de toi, lui dis-je, soulagée.

Crédit photo: 500x.com

 

Sans un mot

Publié: 13 août, 2017 dans Écriture, psychologie

regard_de_déception

Elle avait posé sur moi ce regard où on lisait à la fois tristesse et déception. Je pouvais deviner à ses lèvres légèrement pincées qu’elle retenait une foule d’émotions disparates qu’elle n’osait exprimer de peur que ça ne dépasse sa pensée, de peur qu’une fois lancée, elle ne tire au hasard sur tout ce qui bouge et que pour équilibrer les souffrances elle m’assome de tous les reproches accumulés au cours des siècles.

Oui, je sais, j’avais oublié notre anniversaire de rencontre, ce moment si important pour elle, mais après tout c’était la finale Manchester-Liverpool.

Crédit photo: hepsylone.tumblr.com