souche
La folie avait débuté suite à un article paru dans le journal local et qui titrait: « L’arbre qui parle aux morts ».
.
À prime abord, c’était une histoire invraisemblable qui sentait l’arnaque: Un arbre centenaire planté au beau milieu du cimetière de Sainte-Marthe-des-pas-perdus permettait aux gens décédés de communiquer avec le monde des vivants. Le mécanisme semblait relativement simple, voire simpliste. Il suffisait à un vivant, n’importe qui, d’attacher un petit bout de papier à une branche et dans les jours qui suivaient, un message provenant de l’au-delà y apparaissait comme par magie.
.
Suite à la parution du journal, la rumeur s’était répandue comme une traînée de poudre dans le village et rapidement, s’étaient multipliés le nombre de bouts de papier attachés à l’arbre écrivain.  Les messages étaient de différentes natures, parfois gentils, parfois moins, mais ce qui rendait le phénomène stupéfiant c’est que tous reconnaissaient de façon formelle l’écriture manuscrite et le style littéraire des personnes décédées. On avait bien tenté de démasquer l’imposture, mais sans y parvenir. Les messages n’y apparaissaient que la nuit et sans témoin. Si quiconque tentait d’observer le phénomène en direct ou par une caméra de surveillance, rien ne se produisait cette nuit-là. Les sceptiques crièrent à la supercherie, mais faute de pouvoir la démontrer, la croyance populaire l’emporta et face aux pressions de la population locale, le conseil de ville embaucha des gardiens de sécurité qu’ils postèrent en périphérie du cimetière pour empêcher quiconque de s’en approcher la nuit. On assurait ainsi la fluidité des communications avec l’autre monde.
.
La nouvelle se répandit progressivement dans la région, puis plus loin encore, de sorte qu’en quelques semaines, le village fut littéralement envahit par une foule de curieux venant quotidiennement faire la file, soit pour attacher leur ficelle et bout de papier soit pour prendre connaissance du message qui leur était adressé. On n’avait jamais vu un cimetière aussi rempli de gens vivants.
.
Puis, peu à peu, un malaise s’installa au sein de la population. La nature humaine étant ce qu’elle est, les gens ne se contentèrent pas de lire uniquement les messages qui leurs étaient adressés, de sorte que des tas de secrets que l’on croyait enfouis avec les défunts commencèrent a refaire surface et se répandre en ragot un peu partout dans les villes environnantes. À la lumière de certaines informations, les autorités policières reçurent même de la pression pour ouvrir certaines enquêtes, notamment une concernant le Colonel Preston.
.
L’épouse du Colonel Preston était décédée l’année précédente de mort naturelle, c’est du moins ce qu’indiquait le certificat de décès. Or, à peine 2 mois après l’incinération, une plantureuse blonde était venue s’installer dans la résidence du colonel, ce qui avait suscité toutes sortes de rumeurs sur les causes du décès. En outre, pour ajouter aux rumeurs, depuis quelques jours, l’épouse défunte était devenue passablement volubile. Elle avait ainsi laissé entendre, par arbre interposé, qu’elle dévoilerait bientôt une cruelle vérité.
.
Or, le lendemain matin, peu après le lever du soleil, alors que les gardiens avaient quitté leurs postes de garde, quelqu’un s’introduisit dans le cimetière, une hache à la main et l’arbre bavard fut réduit au silence. Comme on s’en doutait, l’enquête menée par les policiers identifia le Colonel comme responsable de la mort de l’arbre, mais faute de mieux, on dû se contenter de l’accuser de méfait public de sorte qu’il écopa d’une amende ridicule, malgré les vives protestations de la population.
.
L’arrogant Colonel se cru ainsi rassuré et à l’abri des témoignages d’outre-tombe et dans les semaines qui suivirent, on le vit régulièrement parader effrontément dans les rues du village, affichant fièrement son uniforme, ses médailles et sa plantureuse petite amie.
.
Sa conduite victorieuse fut tout de même assez brève, puisqu’au printemps suivant, une énergique petite repousse vint pointer son nez au sommet de la défunte souche, annonçant ainsi la reprise éventuelle du dialogue avec l’au-delà.

Quelle famille!

Publié: 11 mars, 2017 dans Bonheur

Au retour de Houston, hier, j’étais assis dans l’avion au côté d’une jeune maman qui voyageait seule avec ses trois jeunes enfants de 8 mois, 3 et 5 ans, dont un passablement actif. C’est du sport de gérer ainsi un voyage d’un peu plus de 4 heures avec une si jeune famille sans que ça ne tourne à la catastrophe. Elle semblait pourtant plutôt zen face à tout cela et s’était bien préparée pour les tenir occupés, avec des jouets, des livres, tablettes électroniques avec la série passe-partout. J’ai mis à profit mes compétences de jeune grand-papa pour lui donner un coup de main, soit en tenant sa souriante petite puce dans mes bras le temps qu’elle s’occupe des deux autres, soit en lisant un livre à son plus jeune fils de 3 ans à un autre moment, ou en discutant sérieusement avec lui au sujet des rivets posés partout sur les ailes de l’avion et qui l’intriguaient beaucoup.

En jasant un peu avec elle, j’ai vite compris qu’ils menaient une vie de famille très très active et un peu atypique. Résidents de Houston depuis quelques années, ils venaient à Montréal pour passer quelques jours en famille. Lui, ingénieur pour l’Agence Spatiale Canadienne, basé à Houston depuis 8 ans et voyageant beaucoup pour son travail, elle, médecin pour une communauté inuit du grand nord, donnant des consultations à distance une partie de l’année et se rendant sur place le reste du temps. Elle s’apprêtait d’ailleurs à retourner dans ce village inuit pour quelques semaines de consultations cliniques en y amenant son bébé et sa cousine. Pendant ce temps, son mari reviendrait à Houston avec les deux plus vieux et la belle-maman. Ouf, quelle famille!

Prendre une identité

Publié: 11 février, 2017 dans Bonheur, famille, Juste du bonheur

prenomsLa question du prénom de l’enfant à naître est souvent débattue dès les premiers mois de grossesse. Si c’est une fille, si c’est un garçon, les prénoms préférés de l’un et l’autre sont débattus avec le conjoint, mais aussi très souvent avec la famille élargie. Mes deux premiers petit-enfants se nomment Béatrice et Achille et ça leur va à merveille. Je les imaginerais difficilement avec un prénom différent. Souvent, les prénoms sautent quelques générations avant de revenir d’actualité, parce qu’il n’est plus très fréquent de donner aux enfants des noms semblables à ceux des parents ou même des grand-parents. On remonte souvent une génération plus loin, parfois plus. C’est ainsi que les deux suivants qui s’annoncent pour bientôt (février et avril), deux garçons seront prénommés, à moins d’un changement de dernière minute, Colin et Georges.

C’est important un prénom, parce qu’il nous collera à la peau toute une vie.

Selon internet, Colin est dérivé du prénom grec Nikolaos qui combine Nike et Laos et qui signifie victoire du peuple. Ce sera donc un démocrate dans l’âme. de 20 à 40 Colin voient le jour au Québec à chaque année. Colin sera le frère d’Achille.

Georges est dérivé du grec Georgios qui servait à désigner les agriculteurs ou les travailleurs de la terre. Il sera donc habile de ses mains. Tout au plus une dizaines de Georges naissent chaque année au Québec depuis 2010. Ce qui est amusant ici, c’est que ce sont les parents de Colin et non ceux de Georges qui possèdent une ferme laitière. Georges sera le petit frère de Béatrice et ses parents ont leur entreprise de design graphique pour  jeux de table, Mr Cuddington.

Reste maintenant à mettre un visage sur ces prénoms. On a tous bien hâte!

lampadaireJe suis un peu superstieux, comme le sont tous ceux qui croient aux signes du destin.

Ces signes prennent souvent la forme de petites pierres blanches déposées sur le chemin de ceux qui craignent de s’égarer de la voie lumineuse.

Sur mon trajet quotidien, alors qu’il fait encore nuit, il y a un lampadaire situé au coin d’une maison pour personnes âgées et à quelques reprises au cours des dernières semaines, au moment où je passe dessous, juste à cet instant, soit il s’allume, soit il s’éteint. Quand il s’allume, j’y vois un présage favorable, mais quand il s’éteint, un petite crainte s’empare de moi.

J’ai un préjugé favorable à la lumière, c’est vrai, parce que chez l’humain en général, la lumière est associée à l’honnêteté, l’intellligence, la transparence, la clarté et la chaleur, tandis que la noirceur invoque le côté obscur, les menaces enfouies dans l’ombre, les monstres qui se cachent sous les lits, la solitude, le froid et la mort. Ce qui fait la beauté de la nuit, plus que tout le reste, ce sont les étoiles qui brillent au firmament comme des sentinelles veillant au grain.

Le bouchon de liège

Publié: 14 janvier, 2017 dans Bonheur, Juste du bonheur, L'essentiel

bouchon-liegeMême si la mer est agitée, jetez-y un bouchon de liège et il reviendra toujours à la surface.

Depuis le début janvier, j’ai repris mes marches matinales avant d’aller au travail et c’est fou comme on devient rapidement accro. Ce matin, même si c’est samedi, j’étais éveillé à 5h et je suis sorti. En fait, je dis matin, mais on aurait pu croire que c’était la nuit, puisque le soleil n’avait pas encore pointé son nez à l’horizon. Et là, comme ça, tandis que je marchais sous les étoiles, j’ai ressenti ce bonheur paisible me parcourir tout entier et je me suis dit que le bonheur, c’est comme un bouchon de liège.

Pas de tataouinage

Publié: 21 décembre, 2016 dans Environnement, Politique, Société

tataouineCette expression est bien connue au Québec et signifie d’arrêter de tergiverser, d’hésiter, bref de se grouiller le cul.

Mais d’où peut bien venir cette expression?

Il existe, en Tunisie, une ville appelée Tataouine, qui tient son nom de tittawen, qui, en berbère, est le pluriel de tît qui signifie source. Ce lieu était connu à l’époque pour être un simple relai sur la route des caravanes où on s’arrêtait pour s’abreuver puisqu’on y trouvait une source d’eau.

Comme c’était uniquement un relai, on ne voulait pas d’y attarder trop longtemps, d’où l’expression dérivée du verbe tataouiner et utilisée au Québec.

Je pense à cette ville aujourd’hui, parce que j’ai lu dans les médias que le suspect recherché par la police allemande suite aux attentats de Berlin était originaire de Tataouine.

Évidemment, ce n’est pas la meilleure façon de faire connaître sa région.

Ombre et lumière

Publié: 11 décembre, 2016 dans amour, Écriture, Bonheur, Juste du bonheur, L'essentiel

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Marion Plus, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

ombres-fantomatiques-marion-pluss

Alors que j’écoutais le silence des flocons de neige tombant paresseusement vers le sol, une image de toi m’est revenue en tête. Celle d’un matin où, ouvrant les yeux, je t’ai vue là, nue face au miroir, à peigner tes longs cheveux sans te soucier de ma présence, me croyant sans doute endormi. La tête un peu penchée comme ça,  tu te regardais dans les yeux, sans pudeur, à la fois concentrée et perdue dans tes pensées tout en appliquant machinalement de longs coups de brosse à tes cheveux, les laissant retomber ensuite librement et bien dressés sur tes épaules. Un filet de lumière pointant par les rideaux entrebaillés, dessinait sur ton dos d’envoutantes ombres chinoises qui ondulaient en racontant une histoire sans début ni fin. Et puis dans tes yeux, j’ai vu cette étincelle indiquant ton retour en ce monde. Tu m’as regardé de l’autre bout du miroir, tu m’as souri et tu es venue me rejoindre en grimpant lentement sur le lit dans une démarche toute féline.