De peuple paisible à peuple guerrier

Publié: 12 janvier, 2009 dans Réflexions, Société, Uncategorized
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irroquois3Les intéressants billets de Jackss sur les premiers temps de la Nouvelle-France, m’ont amené à m’interroger sur les peuples amérindiens qui vivaient ici à l’arrivée des premiers colons. J’ai trouvé l’histoire du peuple Iroquois particulièrement intéressante et je partage ici avec vous certains éléments un peu moins connus et qui vont, je dirais, l’encontre de l’image qu’on se fait généralement des Iroquois (Mohack).

Ce peuple était, bien avant la venue de l’homme blanc, un peuple paisible, sédentaire et peu guerrier, comparativement, par exemple, aux Algonquins, réputés pour être de bons chasseurs et également de bons guerriers. Étant au départ une colonie huronne installée sur les rives du lac Huron,  ils quittèrent, à une époque indéterminée, (ou furent chassés) la nation huronne et assumèrent pleinement leur indépendance  pour venir s’installer dans la vallée du St-Laurent, pas très loin du Lac Champlain. La rivière Richelieu, qui relie  le lac Champlain au fleuve St-laurent fut d’ailleurs longtemps appelée « La rivière des Iroquois ».  

Les Iroquois  vivaient essentiellement de la culture du blé, du maïs, de la courge et du haricot, de la cueillette des petits fruits et de la pêche, comparativement aux peuples nomades qui se nourissaient davantage de viande.  Je pense même que certaines des techniques de culture utilisées à l’époque par le peuple iroquois mériteraient d’être étudiées. Ils cultivaient ainsi le blé en îlot surélevés, de sorte que le sarclage n’avait pas à être effectué. Les haricots, par ailleurs, étaient plantés à côté du maïs, grimpant ainsi autour de cette tige naturelle. 

Les Algonquins dominaient à l’époque un vaste territoire et méprisaient les Iroquois desquels ils achetaient pourtant les récoltes. Un jour, les Algonquins acceptèrent que 6 jeunes iroquois les accompagnent à la chasse, sans doute pour leur montrer leur maîtrise de l’art de la chasse. Ils revinrent toutefois bredouilles. Le lendemain, croyant avoir bien appris la leçon, les jeunes Iroquois repartirent chasser, mais seuls cette fois, sans la présence des maître de la chasse. Ils eurent beaucoup de succès. Insultés de voir ces amateurs réussir mieux qu’eux-même, les Algonquins massacrèrent les 6 Iroquois et la guerre fut déclarée entre Algonquins et Iroquois.

Ces derniers ne connaissant rien à l’art de la guerre subirent d’abord de multiples et lourdes défaites face aux Algonquins, mais ce peuple apprenant devint assez rapidement un adversaire de taille.  Une des techniques iroquoise consistait, non pas à massacrer les enfants, mais bien à les voler à leurs ennemis pour en faire des guerriers iroquois. Du coup, ils grossissaient plus rapidement leurs troupes tout en limitant celles de leurs ennemis. Après quelques années, les Iroquois devinrent des guerriers redoutés qui méprisaient la douleur.

Hurons et Algonquins s’étant alliés aux Français et continuant la guerre aux Iroquois, ceux-ci s’allièrent aux Anglais pour faire contre-poids. Ils échangeaient alors aux Anglais des mousquets contre des scalps de Français. Ils apprirent ainsi à manipuler ces nouvelles armes qu’ils ajoutèrent à leur arsenal et on dit qu’ils devinrent même rapidement de  meilleurs tireurs que les Anglais eux-mêmes. Un peuple apprenant. 

La guerre entre Iroquois, Huron et Algonquins dura plusieurs siècles et au terme de cette période, les Algonquins furent pratiquement exterminés et les Hurons réduits à peu de chose. Les Iroquois formaient alors une confédération de 5 nations avec un système politique complexe, assez similaire à celui que l’on a maintenant au Canada, mais où les femmes jouaient un rôle prépondérant.

Les Hurons étaient grands, élégants, libertins et enjoués, comparativement aux Iroquois, plus petits, puissants,  avec une large poitrine et des bras nerveux. Certains prétendent qu’ils ressemblent davantage aux peuples d’amérique du sud. 

Source principale: « Voyage en Amérique » de François-René de ChâteauBriand  1768-1848.
En version numérique: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k101373x
commentaires
  1. Jacks dit :

    Très intéressant ce billet

    Je ne suis pas un spécialiste. Loin de là. Et tu n’as pas à te gêner si tu veux apporter une nuance importante à ce que je raconte. J’ai été bien intéressé par ce que tu dis des peuples autochtones. Je vais d’ailleurs attiré l’attention sur ce billet si précieux que tu as publié,

    Jackss

  2. Solange dit :

    Très intéressant, on ne nous les a pas présenté sous cet angle dans l’histoire du canada.

  3. Caro et Cie dit :

    Je suis très sensible à la situation des Amérindiens et je m’intéresse énormément à leur histoire.

    Jeune fille, j’étais avec mon père dans un coin perdu. En contact avec un chef Amérindien (qui avait tué un orignal pour sa tribu hors saison) et aussi consciente du problème de certains autres dont j’avais vu l’attitude dans le train (violence, alcoolisme), je posai des questions à mon père.

    Sa réponse a grandement influencé mes positions: » ils ont été dépossédé de leur façon ancestrale de vivre. On leur a donné un toit, incité à vivre autrement trop drastiquement. Voilà la base de leurs problèmes… Ils ne savent plus qui ils sont, n’ont plus de repaires… »

    Je m’en rappelle toujours…

    Les textes de Nicholas Jérémie (1669-1732) montrent aussi comment les blancs les ont manipulés…

  4. Je ressens une grande culpabilité quand on me parle des Amérindiens. La honte de l’envahisseur qui a pillé leur histoire, piétiné leurs racines et qui les a parqués dans des réserves, loin des yeux, loin du coeur.

  5. pierforest dit :

    @Caro: Oui, c’est ce que je pense également. C’est trop facile de les dénigrer et les rendre responsable des problèmes dont on a contribué à créer. Quand un peuple est dépossédé de son identité, il erre dans trouver sa place véritable. Quand on y pense, c’est complètement fou de dire que Christophe Colomb a découvert l’Amérique.

    @FemmeLibre: Je me sens comme ça également.

  6. Encre dit :

    J’ai beaucoup aimé ce billet ainsi que tous les commentaires. Obliger des nomdes ou des semi-nomades à se sédentariser, c’est rendre impossibles ou désuettes presque toutes leurs pratiques culturelles, leur mode de vie.

    Je me souviens de cette émission de TV où les jeunes améridiens expliquaient le désarroi de ne pouvoir s’identifier à quoique ce soit, ne pouvant adhérer à une culture devenue, dans ces conditions, désuette, ni à la culture de l’envahisseur, pour lequel il n’est de toutes façons qu’une engeance de paresseux et de saoulons. Dysculturation radicale, souffrante qui est cause de tant de problèmes. Mais qui se souciie de cela? Ces gens sont des oubliés, on ne les « entend » (disons plutôt qu’on ne se souveint d’eux) que lorsqu’il barrent des routes ou qu’il est question de contrebande. Il y a beaucoup à faire et à réparer.

  7. pierforest dit :

    @Encre: Tu me fais penser qu’il serait intéressant de comparer les taux d’alcoolisme et de suicides chez les peuples amérindiens qui étaient nomades, comparativement à ceux qui étaient sédentaires, parce que le mode qui leur a été imposé par l’homme blanc était calqué sur le modèle sédentaire, donc, possiblement moins dommageable chez les peuples qui étaient également sédentaires.

  8. Moukmouk dit :

    Hum, pas vraiment d’accord avec ta version des choses… Iroquois est un terme algonquin ( Iri Akoï les vrais serpents) eux s’appellent Haudenossoni et les Wendat ( le peuple des iles) sont aussi des Haudenossonis qui eux refusent la violence. Les Mohawk issus des Agniers (de la confédération des 5 nations) sont le degré le plus élevé d’une secte guerrière extraordinairement violente, Mohawk signifiant mangeur d’homme, ils mangeaient cru des morceaux de chair de leurs ennemis. j’aimerais bien en discuter avec toi si tu veux.

    un petit texte sur les Hurons : http://pohenegamouk.free.fr/index.php?post/2009/03/02/La-paix-d-Otoutagan-le-beau

  9. pierforest dit :

    @Moukmouk: Je ne nie pas que les guerriers irroquois étaient reconnus pour leur cruauté et avaient une relation tordue à la souffrance qu’ils voyaient comme une façon de démontrer son courage. Le point que je tenais surtout à apporter au débat, c’est que ce peuple est devenu violent, alors qu’il ne l’était pas au départ. La cruauté est parfois la conséquence de souffrances antérieures.

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