Blessures et cicatrices

Publié: 10 juillet, 2009 dans amour, L'essentiel, Réflexions
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blessureDes années plus tard, se remémorer des paroles blessantes est parfois suffisant à faire saigner la cicatrice, cette trace d’une blessure qui ne guérit jamais tout à fait.

Nous avons tous des blessures qui ont façonné notre façon d’être, d’agir, de dire et de faire. Or, ces blessures n’ont pas nécessairement  été faites avec l’intention de blesser.

Durant mon voyage à Compostelle, avec ma mère, elle m’a raconté combien elle avait été blessée que ni moi, ni mon frère ni ma soeur n’aient jugé opportun d’assister au service, lorsque sa mère est décédée.

J’avais personnellement complètement oublié cet incident. Aller au salon funéraire ou assister au service, me paraissait sans doute du pareil au même du haut de mes 15 ans et quand j’avais annoncé à ma mère que je n’avais pas envie d’aller au service, elle n’a rien dit, mais  s’est sentie profondément blessée. Pour elle, il aurait été normal que sa famille soit auprès d’elle à l’église, durant ce moment, mais elle ne l’a pas dit et n’a pas voulu nous l’imposer. 30 ans plus tard, elle me dit combien ça l’avait blessée et je ne le savais même pas.

J’ai souvenir de comportements ou de paroles blessantes à mon endroit qui me font encore mal quand j’y pense malgré les années et je me dis qu’il est fort probable que ceux qui en sont les auteurs les ont probablement complètement oubliés. J’ai sans doute également blessé des gens ainsi, des gens qui ont mal, quand ils repensent à ces paroles ou à ces comportements.

Aujourd’hui, pour ça, je leur demande pardon.

commentaires
  1. Zed Blog dit :

    Ton arbre dit tout, Pierre.

    Hélas, il y a aussi la méchanceté. Mais quel bonheur de penser que l’on peut aussi apporter du bonheur par des paroles, un regard, même à un/e inconnu/e. Le présent, le futur nous appartiennent.

    Parfois faire mal est pourtant inévitable, parfois encore, c’est dans un but à plus long terme. Mais pouvoir demander pardon, là où on sent que l’on a fait du mal sans raison, demande une grande force de caractère.

    Zed

  2. unautreprof dit :

    J’ai déjà raconté la fois où un gars avec qui je suis allée au secondaire a ressorti une parole blessante que je lui ai dite à l’époque, de laquelle je ne garde aucun souvenir. Parait-il qu’il en a parlé à ses amis jusqu’à ce que ces derniers se tannent et lui disent d’en revenir.
    C’est quand même troublant, je n’accordais absolument aucune importance à cette personne qui elle m’en voulait à mort…
    On reste parfois longtemps hanté par des phrases…

  3. Jacks dit :

    La dernière fois que j’ai vu ma grand-mère paternelle, elle avait 94 ans. Elle me parlait de sa belle-mère et me disait qu’elle se réveillait encore la nuit pour la haïr. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pu m’empêcher de rire. Ma grand-mère était encore parfaitement lucide.

    J’ai sûrement blessé des proches sans le vouloir. Comme dit Vigneault dans sa chanson:: J’ai fait de la peine à mamie, elle qui ne m’en a point fait. Un jour ou l’autre tout le monde dit ou fait quelque chose qui blesse même les gens qu’on aime le plus au monde. Et le pire, c’est qu’on en souffre tant qu’on n’a pas réussi à pardonner celui qui nous a blessé.

  4. azuldelmar dit :

    Allô Pierre:
    On ne devrait pas s’empêcher de dire les choses qu’on ressens, de peur que l’autre personne se sent blessée. Des fois on ne connaît pas les règles qui régissent le monde des autres et leurs sentiments et on n’ y est pas obligé non plus. Il m’est arrivé que personnes se sont senties blessées par de choses que je n’aurais jamais imaginé pourraient blesser qqn. En tout cas, je n’ai pas de problème à m’excuser quand la situation le mérite. Il faut régler les choses là.
    Bon w-e!

  5. Gwendal dit :

    Mouais… Même si je comprends ton ressenti, je me méfie de « la culpabilité à rebours ». Même si tu n’avais que 15 ans, ta décision de l’époque correspondait à tes envies de l’époque et à ta conception des choses de l’époque… Aussi, je ne vois pas en quoi tu devrais culpabiliser maintenant.
    Je trouve un peu cruel et inutile de te rappeler ce manquement qui, en fait, n’en était un qu’aux yeux de ta maman.
    Si faute il doit absolument y avoir, je pencherais plutôt pour celle qui consiste dans le fait de ne pas avoir su te faire comprendre combien il était important pour elle, que toi et tes frères et sœurs soyez présent.

  6. Caro et Cie dit :

    Le sentiment d’être blessé prend différentes formes selon les personnes. Ce qui blesse l’une ne blessera pas nécessairement l’autre. C’est ce qui fait que nous ne prenons pas conscience d’avoir blessé l’autre…

    D’où la nécessité de dialoguer et de faire connaitre aux autres nos désirs, nos craintes, nos volontés…

  7. Je comprends tout à fait sa peine et sa déception mais elle aurait dû insister pour que vous soyiez tous là. À quinze ans on n’est pas à même de prendre de telles décisions et on ne mesure pas la portée de notre présence à un événement que l’on comprend plus ou moins. Si elle vous avait dit « J’ai besoin que tu sois là », vous y seriez allé.

  8. le neurone dit :

    Parfois les dommages surviennent complètement à l’insu de ceux qui les causent.
    Un commentaire absolument dénué de toute forme de malice m’a récemment replongé dans un enfer vécu il y a quelques années. Cauchemar pendant lequel je suis resté à la maison pendant sept semaines pour m’occuper de mon fils malade.
    Si les responsables de ce malheureux incident en étaient conscients, je suis convaincu qu’ils éprouveraient une grande culpabilité. Mais à quoi bon ?
    Il faut accepter que parfois nos décisions ou nos gestes aient des conséquences désastreuses dont nous n’avons souvent même pas conscience, comme dans l’exemple d’unautreprof.
    Il faut surtout accepter de pardonner à ceux qui font mal sans s’en rendre compte.

    la force du pardon

  9. pierforest dit :

    @Zed: C,est vrai. Parfois, on fait aussi du bien sans s’en rendre compte. On ne mesure pas toujours l’impact d’un sourire ou d’une parole gentille. Les effets sont parfois beaucoup plus importants que ce qu’on avait pensé.

    @unautreProf: Je me souviens de cette histoire que tu avais raconté il y a quelques temps. D’où l’importance de le dire. Jacques Salomé disait qu’on peut être agir avec une forte symbolique, en remettant un papier à ceux qui nous blessent en paroles, en leur disant: « Non merci, tu peux le garder pour toi! ».

    @Jackss: C’est fou comme parfois certaines blessures peuvent nous hanter une vie durant.

    @Gwendal: En fait, c’est à l’inverse que ça s’est passé. Je me suis mis à repenser à des paroles qui m’avaient blessées autrefois et le simple fait de l’évoquer me ramenait ces émotions fortes, comme si c’était encore présent en moi. Suite à cette réflexion, je me disais: « Pardonnez-moi comme je pardonne aussi… ». Face à ces paroles blessantes qui me hantent encore aujourd’hui, suis-je capable de vraiment pardonner, passer outre, cesser d’en ressentir de la souffrance. Or, si c’est vrai pour moi, pourquoi serait-ce si différent pour les autres?

    @Caro: Oui, dire, dire, c’est si important.

    @UneFemmeLibre: Tout à fait. Si elle l’avait exprimé ainsi, nous l’aurions tous accompagné. C’est un autre aspect des relations humaines. On s’attend ou on souhaite parfois que les autres comprennent nos besoins et y répondent spontanément. La meilleure façon d’avoir une réponse satisfaisante consiste à exprimer nos besoins.

    @Neurone: La force du pardon, c’est surtout de libérer celui qui pardonne. Je pense à ce couple qui avait ouvertement pardonné au meurtrier de leur enfant. Impensable, me dis-je. Je n’y arriverais pas. Mais du coup, je porterai en moi une haine, une colère tout ma vie face à cette personne.

  10. Zoreilles dit :

    Toute notre vie, on essaie de guérir des mots qui tuent, ceux qu’on a entendus lorsqu’on était enfant. Puis un jour, on essaie de se remettre dans le contexte de l’époque, à la place de la personne qui les a dites, comprendre ce qu’on peut deviner du malheur de l’autre. Et on pardonne. Alors, on réalise que c’était la seule façon d’en guérir. On ne veut plus triompher, avoir raison à tout prix, régler des comptes, se justifier, on veut juste être heureux, accueillir l’autre dans toutes ses imperfections…

    Le plus difficile, c’est de se blinder contre ce qui nous fait mal tout en restant sensible, ouvert et par le fait même… beaucoup plus vulnérable.

  11. pierforest dit :

    @Zoreilles: Se blinder, enfiler son armure, protège des coups, mais rend par ailleurs insensible à beaucoup d’autres choses. Je pense que c’est le cas d’adultes qui sont devenus ainsi, par survie. C’est le dur équilibre. Vivre sans armure, vulnérable peut signifier être blessé. Vivre sans armure et vulnérable ouvre aussi la voie à des relations plus vraies. Il faut du courage.

  12. Nanoulaterre dit :

    En lisant ton dernier paragraphe çà vient aussi me chercher dans une questionnement auquel je n’ai pas de réponses mais, oui, il m’est arrivé de blesser des gens, et lorsque j’y pense, je me dis la même chose que toi. Ces gens-là, que sont-ils devenus? Ont-il gardé les blessures? Je fais de même et je leur demande pardon…

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