Omerta

Publié: 23 juillet, 2009 dans Réflexions, souvenirs
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PA120083La disparition de Stella a ramené en moi des souvenirs qui sont encore un peu douloureux.

Quand j’étais enfant, nous avons eu plusieurs chats à la maison. L’un d’entre eux, qui portait le nom très original de « Minou », était une petite chatte d’Espagne qui n’avait qu’une demi-queue, l’autre partie ayant disparue alors que toute petite, elle avait été agressée par un chien.

Nous avons eu Minou avec nous un certain temps. Elle a eu deux portées de chatons et j’en conserve de beaux souvenirs. Un soir d’hiver, Minou n’est pas revenue à la maison, ce qui était anormal. Habituellement, j’ouvrais la porte et criait: « Minou, Minou, Minouuuuu » et je la voyais accourir. Ce soir-là, elle n’est pas rentrée. J’avais enfilé mon habit de neige et était allé faire le tour de la maison, puis le tour du quartier. Pas de trace de Minou. Personne ne l’avait vu. Elle n’est jamais revenue.

Bien des années plus tard, j’ai finalement appris que mon père l’avait amenée chez le vétérinaire pour la faire euthanasier. C’est vrai qu’elle était malade depuis un bout de temps, avait des diahrées avait vomit à plusieurs reprises sur le tapis du salon,  mais quand j’y pense, ce qui fait mal encore aujourd’hui, ce n’est pas tant qu’on l’ait fait euthanasier, mais plutôt qu’on nous l’ait caché, qu’on ne nous ait pas laissé le temps de lui dire adieu, de faire notre deuil correctement, se disant peut-être que ce n’était pas important, que les enfants oublieront.

commentaires
  1. C’était la mode de faire ça parce que moi aussi, j’ai pleuré la disparition d’une chatte aimée pour apprendre des années plus tard par la voisine qu’elle avait été chargée par ma mère de la porter à la spca parce qu’elle était enceinte, avec le mandat de ne pas en glisser un mot aux enfants. Nous aussi, on l’a appelée et cherchée. Je me demande bien à quoi pensaient les parents de cette époque.

  2. Encre dit :

    Je pense qu’il faut faire du cas par cas, juger si l’enfant est près à recevoir cette vérité. Pour ma F2, 4 ans, je le lui cacherait, ce serait trop dévastateur pour elle et ça la plongerait trop longtemps dans l’angoisse. Mais on évalue parfois mal les choses, pensant qu’un enfant n’est pas près alors qu’il l’est.

  3. unautreprof dit :

    Paraitrait-il qu’on sous-estime la capacité des enfants à vivre avec la vérité. C’est tellement compréhensible de vouloir les protéger, mais pour avoir eu deux élèves qui ont perdu leur père, ce que j’ai constaté est le besoin d’en parler et de mettre des mots sur l’évènement, la douleur (mes élèves en question ressentaient le besoin de me raconter avec précision comment le père était décédé).

    Il y avait hier à la radio une émission fort intéressante sur les enfants et sur le deuil, sur les images véhiculées par les films notamment sur la mort.

  4. Solange dit :

    Moi je crois que les enfants peuvent tout comprendre si on leur explique bien. Je me serais sentie bien mal de leur mentir ou de faire l’innocente.

  5. pierforest dit :

    @UneFemmelibre: Je suppose qu’ils voulaient nous protéger, se disant que l’incertitude était moins pire que la certitude, surtout quand c’est une mauvaise nouvelle. Ou alors ils ne voulaient pas être tenu pour responsable de la mort du chat de crainte que l’on soit en colère contre eux.

    @Encre: À 4 ans, c’est sur qu’on ne comprend pas les choses de la même façon. Je me dis par contre, qu’ils ont droit à la vérité, mais qu’on doit leur expliquer à la mesure de ce qu’ils peuvent en comprendre. je pense ici à GrandeDame qui avait expliqué la mort de Thomas à ses autres enfants, pas très âgés. C’est certain que ce contact, très jeune avec la mort, doit laisser des traces.

    @UnAutreProf: Oui, je crois aussi que c’est sain d’en parler. Jacques Salomé disait que ce qu’on ne peut dire en mots, on l’exprime avec des maux.

  6. pierforest dit :

    @Solange: Oui, je partage tout à fait ton point te vue.

  7. azuldelmar dit :

    Faire le deuil c’est important. As-tu vu le film « Je vais bien ne t’en fais pas »?
    Ce que tu ressens c’est peut-être semblable à ce que la fille eut ressenti face à la « disparition » de son frère.

  8. Zed Blog dit :

    D’accord, il faut dire la vérité, toujours, et adapter les mots afin qu’ils sopient compris, selon l’âge de la personne, mais sans mentir.

    Je souffre à voie d’avoir grandi et vécu dans une maison de mensonge. Dès sa plus tendre enfance, l’enfant est en contact avec le deuil : du sein, de la couche, des parents chaque fois qu’ils quittent la pièce ou ensuite la maison, des petites bêtes comme des maringuouins, des mouches que l’on tue sans se soucier de sa présence. Des amis, parents, grands-parents…

    Bien sûr que la mort laisse des traces. Comment pourrait-il en être autrement… Mais le mensonge laisse des abimes. La vie est pleine de morts, et cela en fait partie. En parler donne un peu de sens à toutte cette misère, toutes ces douleurs. On peut pleurer et se consoler mutuellement.

    Si tu retrouves Stella, n’oublie pas de nous le dire, d’accord?

    Zed ¦)

  9. pierforest dit :

    @Zed: La vie n’a de valeur que parce qu’elle peut prendre fin et tu as raison, l’univers entier est conçu selon une succession de morts qui alimentent la vie selon un cycle perpétuel. N’empêche, c’est toujours un choc. Ce weekend, j’étais en camping dans un petit coin de paradis. Assis sur le bord d’une petite rivière, je regardais la vie autour de moi. Une chenille était coïncée sur une pierre, à 1 pied du bord de l’eau. Elle faisait le tour, cherchant un moyen de se sortir d’embarras. Finalement, elle a décidé de se jeter à l’eau et a nagé jusqu’au bord. J’ignorais que les chenilles savaient nager. Elle était vraiment particulière: Vert lime, poilue, avec une ligne noire sur le dos et 4 petite boule blanche sur le haut du dos, peut-être des oeufs ai-je pensé. Lentement, escaladant toutes les roches, elle se dirigeait plus avant sur terre. Puis, en regardant ailleurs, j’ai vu une énorme grenouille, immobile, juste à côté d’une pierre. On la distinguait à peine. Ma blonde est venue me rejoindre et je lui ai montré la grenouille. Impressionnée, elle a appelée les enfants pour venir voir ce monstre. Ils ont accourus, on vu, puis sont repartis. C’est alors que j’ai remarqué qu’en venant les enfants avaient écrasé la chenille. Ma blonde s’est sentie coupable, déçue de ne pas avoir pensé à leur dire de faire attention. Le lendemain, elle m’en parlait encore, me disant combien elle se sentait triste pour cette petite chenille. Ce matin, je suis retourné sur le bord de l’eau. La chenille n’y était plus. Elle avait peut-être servi de repas à un oiseau passant par là.

    J’ai rêvé à Stella, mais elle n’est pas revenue. Je te le dirai si elle revient. Tant qu’on ne sait pas, on peut toujours y croire.

  10. Zed Blog dit :

    Merci Pierre.

    Oui, toujours, toujours un choc. Zed

  11. Zoreilles dit :

    Ton billet m’a rappelé une histoire, est-ce que je peux te la raconter? C’est ma belle-maman qui la raconte encore aujourd’hui, le coeur brisé, en repensant à ce jour-là, quand son petit garçon de 4 ans, mon mari…

    Crocodile Dundee a grandi sur une grande ferme laitière au Témiscamingue. Les chats faisaient partie de la maisonnée mais n’entraient jamais dans la maison, c’était la règle. Ils étaient d’une grande utilité sur la ferme où ils vivaient librement, chassant les petits rongeurs, buvant du lait chaud tant qu’ils en voulaient.

    CD partait le matin avec sa petite voiturette en y mettant tous ses chats, il disait qu’il s’en allait travailler, parfois à la grange, à la tasserie ou au poulailler ou encore jusqu’au bout de la terre où il y avait un étang, des castors et de la forêt. Les chats aimaient ces allers-retours dans le transport en commun du petit garçon qui leur parlait tout le temps.

    Cette journée-là, une chatte grise s’était fait écraser dans la grange par une vache Holstein de mauvaise poil. Les parents ayant vu cela, ils l’ont achevée pour ne pas qu’elle souffre. Ils ont cru que le petit ne s’en apercevrait jamais parce qu’un chat de plus ou de moins, pour lui qui ne savait pas compter…

    En fin de journée, CD ramenait toujours ses chats près de la maison dans sa voiturette. Sa mère le voyait au loin qui cherchait, avec sa voiturette et ses chats dedans, il criait : « Minoune g’ise, t’es où là? Minoune g’rise, viens-t’en, on s’en va là… »

    Paraît qu’il l’a cherchée pendant des jours. Jamais découragé, il croyait dur comme fer qu’elle finirait par revenir. Tous ses chats avaient un nom, une personnalité. Il ne savait pas commpter mais sa « minoune g’ise », il s’en souvient encore aujourd’hui, elle était unique.

    Ses parents n’ont jamais su comment lui dire ce qui était arrivé, ils ne voulaient pas lui briser ses espoirs, ils espéraient qu’il oublierait ça. Mais non, il n’a jamais oublié ÇA. On devrait toujours dire la vérité aux enfants, la leur présenter de manière sensible mais ne pas les laisser dans l’ignorance des faits ou avec de faux espoirs.

  12. pierforest dit :

    @Zoreilles: Oui, l’histoire est similaire. J’en tire leçon de ne pas cacher la vérité aux enfants, même si il peut être difficile d’y faire face. L’important est de savoir trouver l’angle approprié à l’âge des enfants.

  13. Quand je suivais des ateliers sur l’adoption, une femme avait demandé si un jour elle devait révéler un jour à sa fille adoptive qu’elle était issue de l’union de son grand-père avec sa mère. La psychologue avait répondu qu’il ne fallait rien cacher, même ça, car l’inconscient de l’enfant savait et le silence ne pouvait qu’ajouter à son malaise. Elle avait cependant proposé de rencontrer la mère en privé pour aider à la révélation et supporter et l’enfant et la famille.

  14. Nanoulaterre dit :

    C’est bien triste,

    heureusement, mes parents ne m’ont jamais rien caché ou agit de cette façon avec moi. Il faut leur pardonner leur maladresse. Ils voulaient sans doute vous épargner des peines sans se rendre compte des conséquences pour l’enfant de ne pas savoir.

  15. pierforest dit :

    @Nanou: Oui, c’est également la conclusion à laquelle j’en suis venu.

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