Au public ou au privé

Publié: 28 avril, 2010 dans Politique, Société, Uncategorized
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Ayant récemment eu du sang quatre jours de suite dans mes selles, je me suis inquiété et j’ai communiqué avec mon médecin de famille (eh oui, j’en ai un. Chanceux!).

Elle m’a dit que je devrais aller voir un gastroentérologue, m’a signé un papier et m’a donné un numéro de téléphone.

J’ai ensuite tenté de joindre le bureau en question, tombant immanquablement sur une boîte vocale où on me disait: « Veuillez nous laisser vos coordonnées, la nature du problème et nous vous rappellerons selon les priorités. Le temps d’attente est de 3 mois à 2 ans ».

2 ans!!!!!! Ça m’a fait rigolé. C’est complètement ridicule d’attendre 2 ans pour avoir un rendez-vous avec un spécialiste. Ça m’a fait penser à l’Ex-URSS où les gens devaient faire la file à la porte des épiceries dans l’espoir d’y trouver quelque chose ou attendre 2 ou 3 ans pour recevoir leur voiture une fois qu’elle a été commandée. On rejette le système à deux vitesses, privé et public, de crainte que ça crée deux classes de citoyens. On se contente alors d’un système où tout le monde est égal, ce qui veut dire « mal servi », dans bien des cas.  Le client est bien traité dans le système de santé, le seul problème, c’est que le client n’est pas le citoyen, mais plutôt le Gouvernement.

On dépense des sommes folles et il semble qu’elles ne se rendent jamais jusqu’au premier niveau, là où les services sont donnés à la clientèle. Cet argent s’évapore quelque part, dans les structures d’un système obèse, ajoutant de plus en plus de chefs et de moins en moins d’indiens. Si la santé représente 30% des coûts du Gouvernement, ça signifie aussi que 30% des impôts que je paie servent au secteur de la santé. Comment se fait-il qu’on ait alors si peu de service pour tant d’argent?

J’ai finalement cherché une clinique privée sur internet. On était lundi. J’appelle, demandant à voir un gastroentérologue et pouvoir passer une coloscopie.

– « C’est $500 pour une coloscopie », me répond la dame. Ce montant ne peut être réclamé à l’Assurance-santé. Vous comprenez?

– Oui, je comprend.

– « Quand êtes-vous disponible? » me demande-t-elle?

– Dès que possible.

– J’ai de la place jeudi de cette semaine, est-ce que ça vous convient?

– Heuuu, (j’étais un peu pris au dépourvu), en fait non, j’ai un examen à l’université jeudi.

– Quel moment vous conviendrait mieux alors?

– N’importe quand la semaine prochaine.

– J’ai une place lundi à 13h avec le Dr. Szego, est-ce que ça vous convient?

– Oui, oui, tout à fait.

– Donnez-moi vos coordonnées et je vous enverrai par courriel la procédure concernant la préparation pour la coloscopie.

– D’accord.

– Est-ce que je peux faire autre chose pour vous?

– Non, c’est parfait.

– Si vous avez des questions, n’hésitez pas à communiquer avec moi.

Wow, ça c’est du service, me dis-je. J’ai finalement été passé le test lundi et j’ai eu mes résultats la journée même. Heureusement, rien de fâcheux, j’ai été rassuré, d’autant qu’il y avait un historique familial lié au cancer du colon. Ces $500 étaient en un seul montant. Pas de taxes ajoutées, pas de frais pour l’ouverture du dossier, stationnement inclus, de même que le jus et le muffin après l’examen. Dans la salle où j’ai enfilé la jaquette d’hôpital, on trouvait un casier pour y mettre les vêtements en sécurité, avec une clé que l’on pouvait porter au poignet. Plus convivial que le sac de poubelle jaune qu’on m’avait offert à l’hôpital la dernière fois et que j’avais dû amener avec moi.

La différence fondamentale, c’est de savoir qui est le client. Quand je vais au privé, je suis clairement le client. On prend soin de moi, puisque c’est moi qui paie. Au public, le client, c’est d’abord le Gouvernement. On fait alors les efforts pour répondre à ses demandes, quitte à sacrifier la qualité des services sur le terrain et à laisser les répondants de première ligne avec peu de ressource et leur demander de faire avec.

commentaires
  1. Zoreilles dit :

    Ce billet est ultra pertinent, je voudrais qu’en haut lieu, on le lise bien attentivement, et surtout qu’on en analyse toute la portée, pour ouvrir les yeux de ceux et celles qui remplissent les trop nombreux petits carreaux dans le haut de l’organigramme, dans les instances décisionnelles du réseau public de la santé et des services sociaux au Québec.

    Mon travail m’amène constamment dans les coulisses d’un CSSS, d’une Agence régionale, en lien également avec tout ce qui se profile à l’horizon du MSSS. Ce que je constate, dans la réalité, c’est exactement ce que tu écris dans ce billet. Certaines décisions sont prises sans jamais tenir compte de la chose la plus essentielle : l’utilisateur de ces services.

    Il y a longtemps qu’on a système à deux vitesses au Québec. Quand c’était pour des chirurgies électives, ça pouvait toujours aller mais maintenant, dans un cas de dépistage comme celui qui te préoccupe, avec tes antécédents médicaux familiaux, c’est terrible d’avoir à assumer ces coûts. Pour un examen de dépistage, la coloscopie étant le seul vraiment recommandé.

    Ça me fâche. Notre réseau public se détériore beaucoup dernièrement. Et dans les coulisses, je ne compte plus les soins et services où l’état se désengage sur la pointe des pieds. Au même moment, de nouveaux programmes voient le jour en prévention, promotion de la santé et on nous vaccine à tour de bras. Est-ce qu’on nous soigne? Ça n’a pas l’air, non.

    Et que serait-il arrivé si tu n’avais pas investi toi-même de tes économies pour te soigner et qu’on n’aurait pas dépisté à temps quelque chose qui aurait fait du dommage dans ton corps à moyen et à long terme?

    D’un point de vue personnel, j’ai beaucoup d’admiration pour ce que tu viens de faire, pour le courage que t’as eu à passer une autre coloscopie. J’ai les mêmes antécédents que toi, du côté de mes deux parents. En fait, chez nous, on ne meurt que d’une seule cause : cancer du côlon, de l’intestin. Rien d’autre. Mon médecin de famille (une docteure) ne m’en parle jamais et ce n’est pas moi qui vais aborder le sujet non plus, je t’assure. Tu dois être soulagé maintenant que tu as les résultats?

  2. pierforest dit :

    @Zoreilles: Tu sais, je paie annuellement souvent plus de $500 pour l’entretien de ma voiture, je me suis dit que je peux surement le faire aussi pour mon corps. Ce n’est vraiment pas si terrible, une coloscopie, c’est même assez banal comme intervention. La préparation préalable, au laxatif, la veille est un peu désagréable, mais somme toute, c’est bien peu de chose. Et j’en ai le coeur net maintenant et surtout, j’ai l’esprit tranquille. Les saignements sont souvent attribuables à des polypes, qui, s’ils ne sont pas enlevés, peuvent devenir cancéreux. Au moment de la coloscopie, s’il y en a, ils les enlèvent. Je n’ai rien eu de tout cela, mais ça m’a soulagé de clarifier la situation. Compte tenu de ce que tu mentionnes, je t’encourage à en parler à ton médecin. En fait, c’est elle qui aurait dû aborder la question, mais de nos jours, on doit bien souvent prendre action soi-même face à sa santé. Ce n’est pas une intervention douloureuse et ça dure à peine 15 minutes. Si chez vous, les gens ne meurent que du cancer du colon, ça voudrait donc dire que tu pourrais vivre éternellement. $500 divisé par l’éternité, c’est pas si cher au fond. 🙂

  3. Zoreilles dit :

    Oui, les préparatifs à la coloscopie sont plus dérangeants que l’examen lui-même, on me l’a souvent dit. Mon père en passait, un de mes deux frères en passe aux 5 ans, ma mère aussi, mon conjoint, toutes ses soeurs aussi, parce que de leur côté, le papa est décédé à la suite d’un cancer du côlon. Je t’épargne mes arguments à savoir pourquoi l’autre de mes deux frères et moi, on ne veut pas en passer, des coloscopies.

    Je comprends tes arguments, 500 $, c’est ce que tu paies pour l’entretien de ta voiture, alors 500 $ pour ta santé, c’est abordable, je suis bien d’accord. N’empêche que je connais bien du monde qui ne peuvent pas se le permettre, d’ailleurs, ils n’ont pas de voiture. Avec 500 $, eux, ils paient le loyer ou l’épicerie pour un mois. C’est pour ces gens-là que je trouve ça injuste. Imagine un autre gars que toi, avec les mêmes symptômes, qui n’aurait pas eu les 500 $ dans son compte en banque, qu’aurait-il fait? Il aurait été sur une liste d’attente comme celle à laquelle tu as choisi délibérément et courageusement de te soustraire parce que tu en avais la motivation et les moyens. L’autre gars, lui, se serait torturé les méninges pendant 2 ans, le temps qu’on arrive à son tour en dessous de la pile de la liste d’attente. C’est ça, notre système de santé à deux vitesses.

    D’un côté, on nous harcèle en nous parlant de prévention et de dépistage pendant des années, de l’autre, on n’offre plus l’accessibilité à ces services-là pour le dépistage.

    L’autoresponsabilisation en santé, les guides auto-soins, les saines habitudes de vie, j’y crois énormément, c’est mon credo depuis 5 ans. Mais j’ai l’impression qu’à mesure que la population se sensibilise à ça, c’est l’état québécois qui se désengage maintenant.

  4. Québécois de sushi dit :

    J’ai deux choses à dire, une courte et une longue:

    La courte : le système médical québécois est un échec total et quelque chose doit être fait le plus rapidement possible.

    La longue : les gens ont des perspectives différentes en ce qui concerne deux parties fondamentales de notre société: l’éducation et la santé. J’oserais même dire que ce qui les influence est de nature idéologique avant d’être de nature pratique. Les deux systèmes sont, d’après moi, la suite d’une évolution sociale qui fait en sorte que les individus qui construisent la société ont mis de l’avant la solidarité plus que l’intérêt financier, justement parce que acheter une opération contrevient totalement aux principes d’Hippocrate. Je ne pense pas qu’on peut se placer comme client quand on parle de santé, pour la simple raison qu’on ne veut pas acheter quelque chose de particulier. Vous n’êtes pas allé passer votre examen comme si c’était la nouvelle télé achetée pour le SuperBowl (« je ne peux pas me la permettre cette année, mais je vais essayer l’année prochaine »). Vous êtes allé parce que la situation physiologique de votre organisme la demandait. Vous n’êtes donc pas un client, mais un patient. Le vrai problème est la gestion du système publique de santé et, sans avoir les chiffres, j’ose dire que je ne pense pas que la cause du mal fonctionnement soit le manque de ressources financières, mais plutôt la manière que celles-ci sont gérées. Si votre examen coûte 500 dollars, au privé, ce qui comprend probablement au moins un bon 15 % de profit, pourquoi on ne peut pas faire la même chose dans le système publique ? Et, encore, 500 dollars, c’est beaucoup. Je connais au moins 20 personnes, Québécois de souche, pas de sushi, qui seraient obligées de demander de l’argent aux voisins pour se permettre d’y aller.

    PS: En ce qui concerne l’URSS, la situation avec les fils d’attente a été causée principalement par le désir du système communiste d’être auto-suffisant. Attendre deux ans pour avoir son auto était un fait causé par le manque d’autos disponibles dans un contexte où le marché, avec ses demandes et offres, était inexistant. Mais ici, ce n’est pas le cas. La STM, si elle le veut, peut acheter ses voitures en Chine à un millions de dollars, en Espagne, à deux millions, où chez Bombardier, à quatre millions. Et ça, toute de suite.

  5. Méli dit :

    Je passe des colonoscopies régulièrement (aux 3 à 5 ans) à cause d’une histoire familiale aussi… Oui, j’attends quelques mois lorsque j’appelle pour mon rendez-vous, mais je fini par avoir mon tour…

    Personnellement, je trouve que nous avons un excellent système de santé, bien meilleur qu’aux États-Unis et pour bien des raisons, d’ailleurs, nous avons une bonne santé 3 ans de plus qu’aux États-Unis et c’est justement dû à notre système de santé, alors faisons attention avant de jeter le bébé avec l’eau du bain…

    Oui, on peut l’améliorer… mais honnêtement, je ne voudrais pas vivre aux États-Unis… On a une bien meilleure qualité de vie qu’eux, et ça vient d’être prouvé statistiquement…

  6. pierforest dit :

    @Zoreilles: C’est effectivement ce à quoi j’ai pensé. Une personne qui n’a pas de médecin de famille (il y en a beaucoup au Québec) et qui n’a pas les moyens de se payer des services au privé aura du mal à se faire soigner.

    @QuébécoisDeSushi: Hippocrate serait sans doute bien déçu s’il voyait où en sont rendus les systèmes de santé à travers la planète. Je conviens que dans un monde idéal, l’accès aux soins de santé ça devrait être un droit, que l’on soit riche ou pauvre. Actuellement, on a une drôle de situation, où au nom de l’universalité des programmes, riche & pauvres sont aux prises avec des problèmes d’accès aux soins de santé. Je partage votre opinion à l’effet que l’on a probablement davantage un problème de gestion qu’autre chose et au fond, on touche aussi aux fondements du problème. Faute de concurrence, le système s’ankylose. Au fond, en Ex-URSS, c’était également ça le problème. Ne pas vouloir ouvrir les portes à la concurrence, c’est se priver de barèmes permettant de se mesurer, de s’améliorer et on finit pas s’endormir, engraisser et perdre la souplesse requise pour rester performant.

    @Méli: Heureux que tu aies accès au système. Habituellement, quand on y est entré, on découvre des gens dévoués qui tentent de faire leur possible sur le terrain, mais qui sont souvent débordés et qui manquent de ressources. Je ne souhaite pas non plus que notre système devienne comme celui des États-Unis, mais entre les deux, il y a des possibilités. En France, par exemple, le système n’est pas financé à 100% par le public et n’est pas non plus complètement privé comme aux États-Unis et ils n’ont pas les mêmes problèmes d’accès que ce qu’on connaît ici au Québec.

  7. Jacks dit :

    Pierre,

    c’est fou. Complètement fou! Comment en sommes-nous arriver là? C’était pourtant bien prévisible. On a fermé des hôpitaux, on a mis du personnel à la retraite, on a dansé le tango avec les compagnies pharmaceutiques, on n’a pas su tirer profit des possibilités de l’informatique. On a mal géré les relations et le climat de travail. Etc. etc. En un mot on a fait preuve d’incompétence.

    C’est à se demander parfois si on n’a pas volontairement mis le système en déroute pour favoriser le privé.

    Combien de temps a-t-on perdu l’année dernière en temps, en argent et en ressources humaines pour nourrir un monstre: la vaccinsation du H1N1?
    Comment se fait-il que l’on discute encore d’informatiser des données informatiques par des contrats à des firmes externes qui voudront gonfler la facture au maximum?

    Les solutions sont plus simples qu’on le prétend. Il faut du courage, de l’imagination, de l’intégrité et de la compétence.

  8. Jacks dit :

    J’ai oublié un détail

    Bravo Pierre pour ce billet! J’ai adoré!

  9. Solange dit :

    Vous avez pas mal tout dit, moi j’essais d’avoir un rendez-vous avec un dermatologue et c’est impossible, la plupart ne prennent plus de nouveau patient.

  10. pierforest dit :

    @Jacks: Qui sait, en effet, si tout n’a pas été fait délibérément pour favoriser l’émergence des soins privés. Considérant le vieillissement de la population, il y a là de belles opportunités économiques et l’appât du gain est grand dans un monde capitaliste. Mais pour saboter un système public, il faut arriver à influencer les décisions à un haut niveau, que ce soit en santé ou en éducation. Les premières frappes dans le système d’éducation ont eu lieu sous la gouverne du PQ dans les années ’80 et c’est sous le Gouvernement Bouchard qu’on a mis les infirmières à la retraite, ce qui fut la première pierre dans l’engrenage. Les têtes dirigeantes sont peut-être finalement des marionnettes qui sont agitées pour distraire la population, pendant que le sabotage se fait dans l’ombre. Enfin, c’est juste des hypothèses tout ça, mais devant tant d’incompétence, on est en droit de se poser des questions.

    @Solange: Pour $200, chez un dermatologue au privé, il y a l’ouverture de dossier, un examen et une chirurgie mineure, du genre enlever un grain de beauté suspect. J’y suis allé l’année dernière et j’ai eu un rendez-vous moins d’un mois après mon appel chez un dermatologue à St-Bruno-de-Montarville. C’est terrible, quand on réalise qu’on en est rendu là avec notre système de santé.

  11. Le secret dans tous les grands réseaux, qu’ils soient de santé ou d’éducation est l’éternel ratio de ressources humaine entre les intervenants en première ligne, ceux qui soignent et qui enseignent et toute la flopée indétrônable de fonctionnaires qui en arrière pense ce que les autres devraient faire, comment le faire, ce qu’ils aurait dû faire, etc . . . Un intervenant et dix overhead, sans parler du staff politique.

  12. pierforest dit :

    @Jacou: Ce serait effectivement très intéressant que les grandes organisations publient ce ratio. D’ailleurs, on pourrait également fixer ce ratio pour les organismes gouvernementaux en se basant simplement sur la moyenne des entreprises.

  13. Bon Dieu!
    Est-qu’on est dans le 21mo. siècle?
    Per fortuna in Svizzera le cose sono molto diverse…
    Stesso problema del tuo, penso.
    Mio padre è deceduto proprio il 1.5.2002 per tumore al colon.
    E’ forse destino che leggessi le tue parole proprio oggi…
    Da noi, fare una gastroscopia o una colonoscopia è fattibile per tutti… indipendentemente dal tuo ceto sociale o assicurazione…
    Ma questi, forse, sono i vantaggi di vivere in una Svizzera (all’infuori dalla comunità europea!)
    Serenità
    :-)claudine

  14. Armande Simplette dit :

    Le problème le plus criant du système de santé, c’est le manque de personnel. Chaque année, chaque cohorte de finissants en médecine spécialisée se trouve divisée, en fonction de certains critères, par le nombre d’Agences de la santé. Ce sont elles qui les « distribueront » aux hôpitaux qui dépendent d’elles.

    Dans un premier temps, les hôpitaux concernés ont fait leurs devoirs. Ils ont évalué leurs besoins en ressources spécialisées en fonction de leur historique, du profil de leur clientèle, des départs prévus, tant les définitifs comme les départs à la retraite que les provisoires comme les congés de maternité et surtout en fonction du personnel déjà en place. En fait, l’exercice se répète d’anneé en année mais les hôpitaux font une projection de leurs besoins sur 4 ou 5 ans.

    Une fois ces données établies, les gestionnaires des hôpitaux concernés se réunissent et chacun va faire valoir pourquoi ses besoins sont plus importants que ceux d’un autre hôpital. Et c’est l’Agence de la santé qui tranchera sur l’attribution des nouveaux médecins. Tous ces gestionnaires sont d’abord et avant tout des médecins qui, certes font de la gestion, mais réagissent en médecins très concernés par les besoins de leur clientèle.

    Pour faire un exemple, disons que l’on attribue à l’Agence « A » un grand total de 3 cardiologues. Le CHU en demande 4, l’hôpital de « rive est » en demande 1, l’hôpital de « rive ouest » en demande 2 et celui dans la région « verdoyante » en demande 2 mais est près à les échanger contre les 3 urgentologues qu’il réclame parce qu’il a de la misère avec sa « première ligne ». Chacun va faire le portrait de ses problèmes et plaider sa cause. En fait, comme ce sont tous des médecins (et non pas des fonctionnaires qui tranchent sur papier sans connaître les réalités de terrain) ils défendent généralement âprement leur « bout de gras ». Il n’est pas rare, en fin d’exercice de lire la déception sur les visages. Et on recommence, l’exercice pour chacune des spécialités. Et ledit exercice est difficile et stressant parce que chacun sait que les besoins des autres sont aussi réels que les leurs, mais la multiplication des médecins spécialistes, comme celle des petits pains, ça reste un mythe.

    Comme on est toujours en manque, ceux qui sont en poste doivent en faire plus, assumer une charge plus importante de patients et subir les pressions du système et le mécontentement, légitime au demeurant, des usagers. Après cela, il ne faut pas s’étonner que quelques uns parmi ceux là optent pour une médecine privée qui leur procurera une qualité de vie plus intéressante que s’ils restaient dans le système de médecine publique. Et je ne parle pas nécessairement en termes de fric…

    Mais quand on est l’usager en bout de ligne se faire dire que ça va prendre 2 ans pour avoir son opération de la rotule, ça reste indigeste et frustrant. Et quand on voit le docteur Gaëtan B., porteur des meilleurs gènes du syndicalisme pur et dur, entamer des « négociations » pour demander encore un peu plus de fric, l’usager en bout de ligne a de quoi se sentir « fourré » comme le dindon de la farce.

    Je ne crois pas qu’il y ait de stratégie pour favoriser l’émergence de la médecine privée. Je crois qu’on paie aujourd’hui pour un système de gestion qui avait la vue un peu trop courte qui n’a pas su comprendre à temps que le vieillissement de la population entraînerait des besoins nouveaux, que le départ à la retaite des baby boomers entrainerait paralèllement une pénurie de personnel, qui a misé sur des économies de « bout de chandelle » qui ont complètement désorganisé le réseau.

  15. Air fou dit :

    Et même Marois s’y met (ou s’y RE-met).

    Je suis bien heureuse pour toi que tout aille bien. Je comprends ton angoisse!!! Ne serait-elle pas invivable quand aucune solution n’est possible pour la dissiper ou savoir si on doit faire face?

    On pige dans les portefeuilles déjà troués, on reçoit des bonis au mérite. C’est sûr, les petites travailleurs et petites travailleuses, les métiers ou professions où la majorité est constituée de femmes (on se demande pourquoi on perd les enseignant masculins…), ne valent rien puisque tout ce beau monde se tourne les pouces. AUCUN MÉRITE.

    Et vive l’argent. Qui, faut-il le rappeler, ne fait pas le bonheur. Pourquoi alors ne pas aider les grandes compagnie à être heureuses, les grands dirigeants? Accordons-le le pouvoir de faire à vie le vœu de pauvreté!

    Je me retiens. Nauséeuse de tous ces stéréotypes, féminin-masculin, le mérite va aux grands donneurs d’emploi, la richesse ça se mérite mais en même temps, l’argent c’est sale.. Plus capable.

    Dernièrement, rapport médical = 40 $; lavement d’oreilles = 15 $ Les verrues plantaires qui empêchent de marcher me laissent tranquilles, depuis quelques années. Heureusement, car les traitements à l’azote, qui n’ont jamais fonctionné longtemps – un vrai luxe, marcher – sont payants depuis longtemps.

    Passe une belle fin de semaine, chère Pierre, et en santé, c’est merveilleux!

    Zed

  16. pierforest dit :

    @Claudine: Désolé pour votre papa. Heureusement, ces examens deviennent de plus en plus accessibles. Si le cancer du colon est l’un de ceux qui tue beaucoup, quand on le dépiste tôt, il se soigne également assez facilement.

    @Armande: Merci de m’expliquer comment tout ça fonctionne. Au fond, dans le privé la logique est beaucoup plus simple. Plus on a de clients satisfaits, plus les revenus sont importants et plus on peut engager de personnel, en qualité et en quantité. Ce n’est pas un fonctionnaire déconnecté de la réalité du terrain qui prend la décision du nombre de médecins requis, c’est l’administrateur de l’hôpital. J’aime bien l’idée amenée par Jacou d’avoir un ratio d’employés de première ligne et d’employés « de structure ». C’est vrai que l’objectif du Gouvernement est de limiter les coûts en santé, sauf qu’ils manquent soit de courage pour couper dans les structures, plutôt que dans les services de premières lignes. Je me demande si l’information pertinente remonte jusqu’à eux, ou si on filtre l’information de façon à ce que les décisions aillent dans la « bonne » direction.

    @Zed: On a toujours eu une drôle de relation avec l’argent au Québec, sans doute à cause de notre héritage catholique. Honnêtement, j’ai pensé au pire durant un temps et je me considère chanceux que tout se soit bien passé.

  17. Armande Simplette dit :

    Le réseau de la santé souffre de sous-financement et d’un manque flagrant d’effectifs médicaux. Ce n’est plus un secret pour personne. Il y a aussi que le système impose des contraintes aux médecins de première ligne qui, parfois, pèsent lourdement sur leur décision de pratiquer au Québec ou ailleurs. Je ne sais si c’est toujours le cas, mais il y a peu encore, les finissants généralistes avaient l’obligation de fournir un « service minimum » d’un certain nombre d’heures par mois auprès des clientèles dites vulnérables et ce pour les premières années de pratique. Bien sur, il y avait des cas d’exemption mais quand un système se doit d’imposer des mesures de contraintes, c’est qu’il y a un réel problème quelque part. Et peut-être pas une très bonne approche dans la résolution de celui-ci. La formation aussi a été pointée du doigt. Une partie du corps médical serait en faveur d’un assouplissement des conditions d’admissibilité aux études médicales que l’on pourraient offrir aux immigrants qui détiennent déjà des diplômes de leur pays. Beaucoup d’intervenants du monde médical savent qu’il y a là un potentiel de ressources qui ne demandent pas mieux que de se mettre à niveau et de travailler dans ce pourquoi ils ont déjà investi plusieurs années d’études. Certains médecins ont déjà déploré haut et fort l’inconfort que leur causait le fait qu’un médecin issu du maghreb (par exemple, mais ce ne sont pas les seuls) doive conduire un taxi ou livrer des pizzas pour faire vivre sa famille parce que le système est trop rigide pour lui permettre une reconnaissance d’au moins une partie de ses acquis. Parce que, on a beau être chipoteur et protectionniste, au Canada, au Maghreb ou en Bolivie, on a tous le coeur à la même place et les intestins qui fonctionnement de la même manière… Mais, les universités, même si elles reconnaissant l’existence d’un problème restent frileuses… Le problème du réseau c’est un peu comme l’hydre. On ne pourra pas en venir à bout sans avoir règler chacune des composantes du problème.

  18. pierforest dit :

    @Armande: Manque d’effectifs de première ligne, ça semble assez évident, mais sous-financement, ne ne sais pas. Si on émet l’hypothèse que le taux moyen d’imposition est de disons 30% et que le tier du budget des Gouvernements va à la santé, çà signifierait donc que la part d’un citoyen consacré à la santé représenterait 10% de son salaire. Vu sous cet angle, il me semble que le financement ne devrait pas être problématique, mais est-ce que cet argent est dépensé judicieusement, c’est une autre histoire.

    La raison pour laquelle on contingente la formation du personnel en santé, c’est probablement parce que le coût universitaire de formation sont très en-dessous de ce qui se fait ailleurs en Amérique du Nord et du coût réel, de sorte que les Gouvernements se trouvent à financer également la formation. On veut surement éviter que des gens accourent de partout au Canada pour profiter d’une formation à rabais et s’exilent ensuite pour aller travailler là ou les salaires sont plus alléchants. Personnellement, ce que je ferais, c’est de ramener les coûts universitaires pour la santé à la moyenne nord-américaine. L’excédent par rapport aux coûts actuels seraient tout simplement accumulé sous forme de dette, jusqu’à la fin des études. Par la suite, si le médecin pratique au Québec, cette dette serait éliminée progressivement sur 5 ans, sans qu’il n’ait à débourser quoique ce soit. S’il ne pratique pas au Québec, il devrait alors payer sa dette.

    Pour les immigrants ayant fait leur médecine ailleurs qu’au Québec, il me semble qu’il devrait simplement y avoir un examen à passer, pour démontrer qu’ils connaissent ce dont on exige d’un médecin au Québec. C’est effectivement absurde de penser qu’ils doivent être chauffeurs de taxi ou livreurs de pizza.

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