Rendez-vous manqué

Publié: 8 juillet, 2010 dans amour, Bonheur, Juste du bonheur, L'essentiel, Questions existentielles
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Ils avaient tous les deux à peu près le même âge. Quand Oscar est décédé, la douleur a dévasté Cécile. Toute son énergie, toutes ses pensées étaient désormais tournées vers le souvenir de celui qui avait été son compagnon de vie, son ami, son amoureux au cours de toutes ces années. Sur la pierre, on avait gravé:

1888 J.B. Oscar  De Sève 1966

époux de

1887 Cécile Barrette _ _ _ _

Il ne restait qu’à remplir la case vide à droite de son nom en inscrivant l’année où Cécile irait rejoindre son bien-aimé.

Quand on perd un être cher, la douleur s’installe brutalement, prenant toute la place, comme une plaie sanguignolante, comme un état de manque omniprésent. Chaque fibre de notre corps, tous nos sens nous rappellent de façon intense la présence de la personne disparue. Une douleur qui semble ne jamais vouloir s’arrêter. Puis, progressivement, le temps fait son oeuvre. Le plaisir de vivre n’est pas revenu, mais doucement la douleur s’estompe,  laissant un peu de répit. Quand une fleur perce le sol, le travail est déjà débuté depuis un certain temps. Il en est de même du deuil.  Les blessures se referment éventuellement, ne laissant qu’une longue cicatrice, témoin indélébile de la douleur passée, un souvenir marqué dans la chair. Vient un temps où l’on reprend goût à la vie, où l’on redécouvre les petits bonheurs, les sourires, la valeur de l’amitié. Parfois même, plus tard, on sentira son coeur battre à nouveau pour un autre, l’amour renaissant de ses cendres tel un phoenix .

Si Cécile était encore là aujourd’hui, elle aurait 123 ans. Elle est donc vraisemblablement décédée.  Pourtant, on n’a rien gravé dans cette petite case à droite de son nom, laissant place à différents scénarios. Je me plait à croire qu’elle a  été amoureuse, une fois de plus et qu’elle aura voulu être mise en terre auprès de ce dernier grand amour avec qui elle aura vécu une fin de vie magnifique.

commentaires
  1. Emma dit :

    Que je trouve cette histoire jolie !
    Triste aussi.
    Douce ! c’est le mot qui convient le mieux je pense.

    Ceci inspirerait bien des écrivains, en effet !

  2. pierforest dit :

    @Emma: Il y a d’autres scénarios possibles: Ainsi, il se pourrait qu’elle ait découvert que son mari n’était pas celui qu’il prétendait être et se sentant trompée, n’aurait pas voulue être mise en terre à ses côtés. Il se pourrait également qu’ils n’aient pas eu d’enfant et que Cécile, soit décédée très âgée, souffrant Alzheimer et que personne n’ait su qu’elle avait une place l’attendant au côté de son époux. Un troisième scénario serait qu’elle serait décédée dans accident terrible, tremblement de terre ou d’avion en mer et que l’on n’ait jamais retrouvé le corps. Bref, plusieurs pistes possibles, mais je préférais celle-là.

  3. Solange dit :

    Et si elle était parmi les plus vieilles femmes du monde?

  4. Air fou dit :

    J’adore ton titre et j’ai toujours trouvé morbide ces petits traits…… Vraiment, vraiment morbides.

    J’ai encore rencontré Cécile hier à la discothèque. Elle ne semble pas s’être assagie du tout!!!

    Zed ¦D

  5. Pierre F. dit :

    @Zed: Encore aussi en forme à 123 ans, hmmm, elle est peut-être originaire de Transylvanie. 🙂

    @Solange: J’y avais pensé. Jeanne Calment est décédée, il y a quelques années à l’âge de 122 ans. On la considérait alors comme la doyenne de la planète. Si Cécile avait battu ce record, sans doute qu’on en aurait entendu parlé, mais tout de même, çà reste un scénario possible, même plus probable, selon moi que celui de Zed qui dit l’avoir vu dans une discothèque. 🙂

  6. […] portant la misère sur son dos, accoste une toute petite vieille dame (qui me fait penser à la dame mystérieuse de […]

  7. Air fou dit :

    Comment, comment? Tu n’en auras entendu parler, du record battu, que lorsqu’elle sera décédée, voyons donc. Comme nous avions hier échangé nos numéros de téléphone, elle te fait dire qu’elle en a marre qu’on fasse tout ce tapage comme si on la souhaitait effectivement morte. Ce ne sera pas beau si elle se fâche, dit-elle, et elle assure qu’elle saura où te trouver!!!

    Gare à toi, M’sieur Forest!!!

    Zed ;o)

  8. pierforest dit :

    @Zed: Et elle est sûrement une experte en arts martiaux, je vais aller m’assurer que la porte est verrouillée. 🙂

  9. Zoreilles dit :

    J’aime ta manière d’imaginer la finale à ton goût. J’aurais fait le même choix, après tout, quand on rêve, c’est comme quand on écrit de la fiction, on s’imagine les histoires comme on les voudrait…

    Et pour renchérir sur ce que disait Zed à propos du trait qu’elle trouvait morbide, moi, c’est l’autre trait que je trouve insignifiant, celui entre les deux dates, l’espace et le temps de toute une vie, tant et tant de vie, d’amour, de réalisations, de souvenirs et de moments vécus, par exemple, dans la vie de mon père, 1927-2005. Ce trait-là entre deux dates, c’est 77 ans de tout ce qu’il y avait de plus beau comme sourire à la vie.

  10. Nanoulaterre dit :

    Quel beau billet sensible tu nous a écrit là Pierre, vraiment… Oui, la perte d’êtres chers laissent une trace indélébile mais la douleur fait place aux doux souvenirs et, ce qu’il y a eu de meilleur. Puis, on peut encore entendre la voix en fermant les yeux et les rires aussi… Lorsque Luc est décédé, je voulais mourir aussi, j’avais perdu la moitié de moi-même, j’étais inconsolable. Pourtant, à présent, je suis heureuse de l’avoir eu dans ma vie car son passage a fait en sorte que je suis devenue le meilleur de ce qu’il était.
    Si jamais tu veux lire, il y a un libellé « Luc. »

    Merci beaucoup Pierre…

  11. pierforest dit :

    @Zoreilles: On attribue 4 caractères à la date de naissance, 4 à la date du décès et un seul pour tout ce qui se passe entre ces deux moments, alors que l’essentiel se trouve là.

    @Nanou: Une fois passée la peine des moments qui ne se répèteront pas, on peut savourer les bons moments vécus.

  12. Jacks dit :

    Bonjour Pierre

    Comment ai-je prendre tant de temps avant de voir ton billet. J’ai failli manquer le rendez-vous. Et pourtant, c’est le titre qui m’a séduit. À lui-seul, il vallait le détour. On a tous des rendez-vous manqués. Je me dis souvent qu’il me faut toujours être en alerte pour les rendez-vous dont la date limite n’est pas encore échue. En ce sens, ta photo, c’est une perle. Le reste: de la poésie.

  13. pierforest dit :

    @Jacks: Merci. Les rendez-vous sont également très souvent sur le chemin d’un détour improvisé. J’admire cette folie que tu as de laisser tes sens dicter la route à suivre et savoir par la suite profiter de chacun des cadeaux qu’elle t’offrira.

  14. Jane dit :

    Je trouve cela bien triste 😦
    Mais s’aurait fait un beau jeu d’écriture!
    xoxo

  15. pierforest dit :

    @Jane: Oui, j’ai vu votre jeu d’écriture avec « Charles Ray ». Je l’ai vu un peu tard, sinon j’aurai participé.

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