Si le temps ne nous était pas compté, nous pourrions réaliser absolument tout ce qui nous vient en tête. Imaginons, que demain matin j’annonce: « Je veux devenir pilote de ligne! ». Toutes sortes de bonnes raisons pourraient être invoquées pour me ramener à la raison. « Pierre, à 49 ans, tu es trop âgé pour entreprendre une telle carrière ». « La formation coûte une fortune ». « Il faut avoir accumulé des milliers d’heures de vol avant d’être éligible ». Si on regarde bien à ces objections, l’élément central, c’est le temps.

Pensez à un projet fou, n’importe lequel que vous aimeriez réaliser et fondamentalement, ce qui pourrait vous retenir c’est le temps. Le temps d’accumuler les sous pour la formation, le temps que durerait la formation, le temps déjà accumulé au compteur. C’est donc dire que si le temps ne faisait pas partie de l’équation, on pourrait réaliser n’importe quoi, absolument n’importe quoi. Je pourrais devenir un athlète olympique si j’en avais envie. Oui oui, un athlète olympique. Si j’y mettais le temps, l’entraînement, si je consacrais toutes mes énergies pendant quelques années à une discipline olympique, je deviendrais nécessairement meilleur que ceux qui ne s’entraînent pas et au bout d’un certain nombre d’années, je pourrais aspirer à rejoindre l’élite.Ahhh, mais je vous entend penser là… « Oui, mais Pierre, tu as 49 ans, tu n’es plus en mesure de compétitionner avec de jeunes athlètes ». Mais l’âge, c’est aussi le temps non?

Si le temps ne m’était pas compté, logiquement, je ne vieillirais pas non plus. Au tout début de la création, si on croit ce qu’on raconte, Adam aurait vécu 930 années. C’est tout de même pas mal. En comparaison, cela signifie qu’on serait aujourd’hui en présence d’une personne née en 1080. C’était l’époque des tournois de Chevaliers et des Croisades. À cette époque, imaginez, seulement 10,000 personnes vivaient à Londre. C’était un petit village quoi.  Quand on vit 930 années, avoir 20 ans ou 49, ce n’est pas significatif. Imaginez tout ce qui s’est réalisé durant un millénaire, c’est fou quand on pense qu’un individu pourrait avoir vécu tout cela. On imagine souvent que Caïn était adolescent ou jeune adulte quand il a tué son frère Abel. Il avait pourtant déjà 100 ans.

Ainsi, le temps est la seule limite à la réalisation de nos rêves. C’est donc une ressource non-renouvelable et comme toutes les ressources de cette nature, on se doit de les utiliser avec précaution, s’assurer qu’on les destine au bon usage. Si on vit un pays qui regorge d’eau douce, un robinet qui fuit ne semble pas un cas urgent, mais dans un pays où l’eau est rare, on ne permettrait pas une telle chose. Ainsi, mon temps, ressource non-renouvelable, doit être utilisé au meilleur usage que je puisse en faire et dans ce contexte, n’est-ce pas une priorité de réaliser ses rêves, entreprendre dès maintenant ce qui nous tient le plus à coeur?

Réaliser ses rêves demande du temps. Les résultats ne sont jamais immédiats. D’ailleurs, s’ils l’étaient, ils ne feraient pas partie de nos rêves, puisqu’on les aurait réalisés, le temps d’une publicité pendant une émission de télé. Un projet de cette nature demande donc un plan d’actions, une suite d’activités qui doivent être réalisées, les unes à la suite des autres pour se rapprocher de l’objectif. Pour passer du rêve, à la réalisation, la première étape consiste toujours à établir cette liste d’actions qui doivent être réalisées pour parvenir au but souhaité et quand on s’y met, on réalise rapidement que la partie la plus enrichissante d’un rêve, ce n’est pas l’aboutissement final, mais davantage tous le temps consacré à le réaliser. Au fond, tout cela revient à la même chose: Le bonheur, ce n’est pas une destination. Le bonheur, c’est un voyage et s’il vous tient à coeur, faites un premier pas, sans attendre.

commentaires
  1. Le temps, le temps, certains arrivent à le vaincre. Quand une forte volonté est là, presque tout est possible. Ce qui me ramène à mon ex, celui que j’ai rencontré alors qu’il avait 37 ans. Ce gars-là avait fini son cegep à dix-huit ans mais depuis, il avait travaillé dans la restauration, jusqu’à avoir son propre restaurant. Quand on s’est rencontrés, son restaurant faisait faillite et il couchait dedans, car il était séparé de sa femme qui, elle, habitait dans le logis du dessus avec les enfants. Il est déménagé chez nous et s’est inscrit en génie mécanique (un des plus difficiles) à l’université Concordia. Il a obtenu en même temps, pas mal malgré lui (sa femme était complètement inapte) la garde des ses jeunes enfants. Et comble du malheur, on s’est séparé un an plus tard. ll n’a pas lâché ses cours, jamais et s’est retrouvé à quarante et un an avec un diplôme d’ingénieur. Mausus que je l’ai admiré et que je l’admire encore pour ça!

  2. Zoreilles dit :

    Étant condamné dès ma naissance à ne vivre que quelques heures, le temps de me baptiser en catastrophe pour ne pas que j’aille « dans les limbes » (aujourd’hui ça me fait rire) j’ai aussi été confrontée à ma propre mort à l’âge de 27 ans et à 39 ans. L’urgence de vivre, mon rapport au temps, ça fait partie de moi depuis toujours, ça oriente toutes mes actions, tous mes choix. Il faut que j’aime énormément quelqu’un ou quelque chose pour lui consacrer du temps… Rien ne me met plus en rogne qu’une perte de temps, un gaspillage d’heures et de minutes.

    Un vieil ami de ma famille, Ludger, m’avait déjà donné une belle leçon de vie. Il avait rêvé toute sa vie de fabriquer son propre violon et d’apprendre à en jouer. Au décès de sa femme, pour la première fois de sa vie, à 78 ans, il s’était retrouvé avec un chagriin immense et trop de temps libre. Alors, il avait fabriqué son violon et appris à en jouer. Quand je lui ai dit : « À 78 ans? » il m’avait répondu : « Oui, je me suis dit c’est maintenant ou jamais ». À 83 ans, il m’a dit qu’il achetait toujours ses bananes vertes, confiant de vivre encore au moins deux ou trois jours.

  3. Caro et Cie dit :

    Quel beau billet Pierre… Un billet qui rejoint en tout point ma philosophie de vie…

    Je suis de ceux et celles que le temps et autres contraintes n’arrêtent pas. Quand j’ai une idée en tête, j’évalue, j’organise et je fonce…

    Je remarque que ma propension à vivre ma vie de cette façon bouscule énormément ceux qui ne foncent pas… En renonçant aux projets à cause de contraintes comme le temps par exemple, que de belles occasions, de beaux moments de satisfaction personnelle, de belles opportunités de toutes sortes et de moments présents sont ratés…

    Je pense que pour oser, il faut sortir de sa zone de confort et c’est là,que toutes les raisons de ne pas le faire surgissent : temps, argent, contraintes de toutes sortes!!!!

    Caro

  4. pierforest dit :

    @UneFemmeLibre: Je pense qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre et votre ami l’a très bien démontré. Est-ce qu’il a par la suite eu un job d’ingénieur?

    @Zoreilles: Il semble que de frôler la mort modifie effectivement notre rapport au temps. C’est également vrai pour l’ami Jacks. Ton ami Ludger m’apparaît bien sympatique. 🙂

    @Caro: Quand je regarde ce que tu réalises, tes études, tes projets de voyage, je me dis que tu es un bel exemple de ceux qui mordent à pleines dents dans la vie et qui prennent les moyens de réaliser leurs rêves. Cette passion de vivre est communicative.

    • L’âge était un élément mais aussi le fait qu’il avait deux jeunes enfants à charge et qu’il était seul à s’en occuper. Et la pauvreté aussi, l’extrême pauvreté. Oui, il a eu un job d’ingénieur et sa situation financière a changé rapidement du tout au tout!

      • pierforest dit :

        @UneFemmeLibre: IL faut effectivement beaucoup de courage, pour faire face à la pauvreté, pour soi, mais aussi et surtout pour sa famille afin de réaliser un rêve futur. C’est par contre, une excellente motivation pour réussir.

  5. Air fou dit :

    Je ne crois pas que l’humain ait ce pouvoir de maitrise qu’il aime bien se vanter d’avoir. Si on aborde les effets de son passage, qui diminue la qualité de celui qui reste ou resterait si la chemin est vraiment endommagé, on comprend assez vite l’humilité qui doit nous habiter. Plutôt, selon moi, composer avec le peu que nous avons (beaucoup pour tant de gens qui n’en auront pas ou seulement une miette), car justement, c’est la vie, incluant cet aspect fondamental qui décide. je ne dirai pas maitriser, un concept trop humain..

    Ce que tu dis est super important. Un mélange, pour moi, d’éternité (qui permet d’acheter des bananes mais aussi de construire un violon et d’apprendre à en jouer à l’âge de cet homme et de fin imminente. Et le bonheur d’avoir ainsi au maximum, chaque fois que c’est possible, « hâte à maintenant », tu connais mon expression.

    Voilà, j’ai pris le temps de te lire, à deux fois, et de t’écrire. Quelle valeur cela a-t-il? Cela dépend de la valeurs que l’on s’accorde et de nos décisions y compris celle qui concerne la valeur de notre temps.

    Très beau, ta photo sur fond gris. Tu viens de personnaliser ton blogue et c’est très esthétique aussi.

    Zed ¦D

  6. pierforest dit :

    @Zed: Je m’intéresse beaucoup au temps. On peut voir au téléscope des étoiles qui n’existent plus depuis des dizaines d’années. Ce que l’on perçoit demeure une perception, mais pas forcément toute la réalité. Einstein a démontré que le temps ne s’écoulera pas exactement au même rythme pour deux individus qui sont dans des contextes différents. Sans prétendre maîtriser le temps, je pense qu’on peut avoir un contrôle sur notre perception du temps. Enfin…je déraille un peu là. 🙂

    J’adore cette expression d’avoir « hâte à maintenant ». À chaque fois que je la lis, elle me rappelle l’importance de savourer chacun des instants qui me sont donnés.

  7. Pur bonheur dit :

    Depuis que j’ai atteint le cap du ’50’ , suivi de 51-52-53 , je suis presque en état de panique tellement je réalise tout ce que j’aimerais faire . Le temps passe vraiment trop vite, c’est un peu pour ça que mon mari a appelé son bateau ‘Tempus fudgit.
    On ne voit pas passer les heures une fois à bord!

  8. xjanesatticx dit :

    C’est beau et ça m’a bcp interpelé, merci mille fois.

  9. pierforest dit :

    @PurBonheur: J’ai aussi l’impression que plus les années passent, plus le temps s’écoule vite. Génial ce nom qu’a choisi ton mari pour son bateau.

    @Jane: Tout le plaisir est pour moi.

  10. Azuldelmar dit :

    Allô Pierre: belle réfléxion sur le temps. Et si celui-ci serait juste une illusion? L’essentiel c’est certain ne passe pas par le tamis du temps. Bonne journée!

  11. pierforest dit :

    @Azuldelmar: L’essentiel est sûrement éternel, je suis bien d’accord.

  12. Méli dit :

    Bonjour Pierre, j’aime toujours vous lire ! Mon rapport au temps ces temps-ci est vraiment l’ici et le maintenant… j’avoue que de penser à l’avenir me secoue trop, puisque mes projets d’avenirs viennent de s’écrouler brutalement… et le seul moyen que j’ai trouvé de ne pas trop souffrir est le lâcher prise et de vivre mon mieux le présent, sans penser à demain, ni à plus tard… c’est trop dur et anyway, je ne contrôle rien alors c’est ça… Je n’ai pas de projet de remplacement… c’est trop aléatoire et hors de mon contrôle… et ça, c’est pas facile…

  13. pierforest dit :

    @Méli: La méthode préconisée par les alcooliques anonymes s’applique à plusieurs aspects de la vie. Quand on vit de dures épreuves et qu’il est trop difficile d’envisager l’avenir à plus long terme, on raccourcit l’horizon, quitte à ne vivre qu’une heure à la fois, voire à ne penser qu’à la prochaine minute.

    Quand j’ai cessé de fumer, il y a plusieurs années, je n’arrivait pas à m’imaginer que je ne fumerais plus jamais, plus jamais de toute ma vie. Juste y penser m’amenait à toutes sortes de scénarios, dont celui qui me disait que j’étais aussi bien de recommencer, mais j’ai tenu bon. J’ai refusé ces scénarios, j’ai refusé d’envisager l’avenir à long terme et je me suis concentré sur le présent, sur ce que je ressentais, j’ai mis mon énergie à passer par-dessus le moment difficile, juste celui-là et peu à peu, j’ai passé au travers. Aujourd’hui, je me sens comme si je n’avais jamais fumé de ma vie, alors que cette idée était impossible à envisager au départ. Il m’a fallu 5 ans pour vraiment me débarrasser de cette mauvaise habitude. Çà parait long quand on pense à la période complète, mais en attaquant les défis un seul à la fois, en décortiquant tout cela en plus petits morceaux, on arrive à réaliser des choses étonnantes.

    On a déjà d’ailleurs dit que la seule façon de manger un éléphant tout entier, c’est d’y aller par petites bouchées.

    Se concentrer sur le moment présent, travers les tempêtes une à la fois, voilà ce qu’il faut faire et plus tard, et bien, on verra bien, mais chacune de ces tempêtes qu’on arrive à traverser deviennent des victoires qu’on accumule. C’est une approche que j’applique dans toutes les épreuves, les plus petites comme les plus grandes et jusqu’à maintenant, elle m’a toujours bien servi.

    Je te souhaite bon courage dans cette difficile épreuve que tu traverses.

  14. Méli dit :

    Merci Pierre, il faut croire que j’ai adopté cette « méthode » d’instinct… Je ne sais pas, c’est tout simplement ce que j’ai trouvé à faire… et en un sens, contrairement à « arrêter de fumer » qui découle d’un choix personnel et qui est pour un mieux-être et qu’on peut aussi décider de changer d’idée en recommençant… un deuil n’est pas une décision, c’est quelque chose qu’on subit et qu’on ne choisit pas… Sauf, que malgré tout, j’ai choisit de ne pas m’empoisonner la vie encore plus et au delà de ce que je ne peux éviter… et au moins, je continue d’apprécier tout ce qui est beau… ce qui est tout de même pas rien ! et pour ça, je suis fière de moi !

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