Richesse individuelle et collective

Publié: 22 octobre, 2010 dans Politique, Questions existentielles, Réflexions, Société
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Plus une société est socialiste, plus on y privilégie la richesse collective et plus une société est capitaliste, plus on privilégie la richesse individuelle.

Généralement, une société pauvre devra partager davantage, avoir des biens communs, parce que personne n’a les moyens de tout posséder. Au cours des 50 dernières années, force est de constater qu’il y a eu une individualisation croissante au sein des pays occidentaux.

Le cocooning est un  exemple de ce phénomène. Il est lié avec l’enrichissement général de la société. Posséder un téléviseur (à écran plat), un four à micro-onde, une laveuse, sécheuse, un lave-vaisselle, une automobile n’est pas réservé qu’aux plus riches. On considère ces appareils comme faisant partie des biens normaux de la classe moyenne, celle qui forme la majorité.

Ce qui est vrai pour les biens, l’est également pour les valeurs. On s’individualise. On pense davantage à soi qu’aux autres. C’est le concept du « Pas dans ma cours ». Tous sont d’accord pour qu’on coupe dans les dépenses gouvernementales, mais personne n’accepte que les services auxquels on a droit soient limités. Coupons allègrement dans les folles dépenses, réduisons le salaire des élus, des fonctionnaires, réduisons le nombre d’employés de l’état, mais ne venez surtout pas me dire qu’il me faudra attendre plusieurs heures si je me présente à l’urgence d’un hôpital, c’est inacceptable. Ce n’est pas une question d’argent, mais d’organisation se dira-t-on. C’est plus facile d’adopter cette approche. Ainsi, on peut se dire que les services pourraient être améliorés, même en coupant dans les coûts. Il y a un peu de pensée magique dans tout cela.

En s’individualisant, en se cocoonant on développe aussi une certaine nostalgie pour le collectif, pour les causes communes. On reste tiraillé entre les deux extrêmes. On souhaiterait la richesse individuelle au niveau des biens et la le partage, le collectif au niveau des valeurs, or les valeurs communes diminuent à mesure que s’accumulent les richesses individuelles. Quel dilemme.

Cette question m’amène sur le terrain de la langue. Au Québec, il a fallu lutter fort, au cours des 50 dernières années pour que le français soit reconnu pour ce qu’il est aujourd’hui, soit la langue principale du Québec. Il y a 50 ans, même si 82% de la population avait le français pour langue d’usage courant,  tout ce qui concernait le pouvoir et l’argent se passait en anglais. Le français était la langue « que l’on parle à la maison », un peu comme celle de l’immigrant qui s’installe dans un nouveau pays.

Les choses ont bien changé. Les jeunes aujourd’hui, ne perçoivent pas de menace particulière, ne sentent pas que le français est une langue qui les exclu du pouvoir et de l’argent. Par contre, être en mesure de parler l’anglais est un plus pour eux. On voyage plus aujourd’hui qu’autrefois et l’anglais est devenu une langue neutre, la principale langue seconde à travers le monde, celle qui permet à un étranger de se faire comprendre dans la plupart des pays.

L’apprentissage de l’anglais est donc une richesse individuelle.

Ce qui est vrai pour l’individuel, par ailleurs, n’a pas la même signification quand on le porte au niveau collectif. Si pour un individu, maîtriser plusieurs langues est une richesse, pour un peuple, le bilinguisme n’est que le passage d’une langue à une autre, celle qui sera la plus utile et la plus dominante.  Certains experts prévoient qu’au cours du présent siècle de 50 % à 90 % des langues parlées actuelles disparaîtront, c’est-à-dire de 3000 à 4000 langues.

 

commentaires
  1. Comme c’est intéressant. Je suis choquée par le discours de certains nationaleux qui ont du pouvoir et qui, bien que parlant plusieurs langues, eux, s’insurgent contre l’enseignement de l’anglais à nos jeunes. Pas trop, pas trop tôt, pas trop bien. Nourris de miettes d’angliche, les jeunes francophones s’en tirent plutôt très mal en anglais et la plupart ne le maîtrisent pas à la fin du secondaire. La connaissance des langues et la culture par-dessus le marché sont devenus en effet des richesses individuelles, pour lesquelles on paie ou mendie. Pendant ce temps, les jeunes anglophones ont très tôt des classes d’immersion en français et les vrais bilingues, ce sont de plus en plus eux.

    Comment l’ignorance pourrait-elle protéger la langue? Je ne comprends pas ce raisonnement frileux et fermé.

  2. Solange dit :

    La mentalité de voir petit est encore ancrée en nous, même si la religion n’a plus l’importance qu’elle avait. Nous sommes toujours en retard sur tout, pendant que les Anglais progressent, nous on stagne. Ce n’est que quand les dommages deviennent trop évidents qu’on passe à l’action.

  3. unautreprof dit :

    Il me semble encore que l’équilibre entre les besoins de l’individu et ceux de la société reste l’idéal.
    En même temps, ce discours sur l’apprentissage de l’anglais me choque toujours. Je suis bien bilingue et j’écoute musique et télé autant en anglais qu’en français, tout comme je lis aussi bien en anglais qu’en français. C’est une richesse et cela fait partie de ma culture. Mon coeur préfère évidemment le français.
    well… 😉

  4. pierforest dit :

    @UneFemmeLibre: Oui, les anglophones, mais ceux du Québec. Ailleurs au Canada, le bilinguisme est plutôt marginal. Ma fille, actuellement en Colombie-Britannique a entendu plus de Mandarin que de Français là-bas. Il y a encore un vieux réflexe ici au Québec: J’ai, à plusieurs reprises, participé à des conseils d’administration où 9 voire 10 participants sur 11 étaient francophones et on nous annonçait que la rencontre se déroulerait en anglais pour accommoder cette personne unilingue. Dans ce contexte, à moins d’être parfaitement bilingue et à l’aise dans une langue comme dans l’autre, ce sont les francophones qui se trouvent désavantagés. Et quand la conversation tourne au français, on nous redemandais de revenir à l’anglais. Ce genre de situation suscite en moi le désir de me battre pour faire valoir mon droit de m’exprimer en français. Quand le Gouvernement dit que les Juges de la Court Suprême n’ont pas besoin d’avoir une connaissance suffisante du français pour être en mesure de comprendre sans recours à la traduction simultanée, encore une fois, je suis insulté. Alors, je reste tiraillé. Je suis heureux d’être en mesure de m’exprimer dans plus d’une langue, mais je demeure persuadé que la survie du français en amérique ne peut se faire sans que les Gouvernements ne soient proactifs dans la façon dont ils légifèrent.

    @Solange: On a tendance à être dur face à nous-même, à se dénigrer et c’est une attitude typique des peuples colonisés. J’ai eu de longues discussions avec un ami Kabyle qui retrouvait d’énormes similitudes entre les attitudes des Kabyle en Algérie et celles des Québécois au Canada. Même si çà s’est passé des dizaines ou des centaines d’années auparavant, il reste des traces dans la conscience collective, qui sont transmises de générations en générations.

    @UnAutreProf: Oui, difficile équilibre à atteindre. Au Québec, il est facile d’être baigné dans les deux langues. J’écoute, regarde, lis également pratiquement autant en français qu’en anglais et je me trouve privilégié d’avoir développé ces connaissances. Mes enfants se débrouillent également très bien en anglais et la qualité de l’enseignement qu’ils ont reçu est supérieur à ce qui se faisait dans mon temps. Je les ai encouragé de diverses façons à améliorer leurs connaissances. Ainsi, en allant au cinéma, je leur offrais de payer leur entrée si on choisissait la représentation en anglais et ils payaient s’ils préféraient la version traduite en français. Une façon comme une autre, de les amener à apprivoiser cette langue seconde. 🙂

    • Accent Grave dit :

      Votre billet traitait de divers sujets mais les commentaires ne traitent que de la langue. Alors, je fais de même!

      Un meilleur apprentissage de la langue anglaise à l’école serait certainement de mise mais en ce qui concerne la langue officielle, elle doit être encadrée, encore plus qu’elle ne l’est présentement. Autrement, nous ne parlerons plus de bilinguisme mais d’anglicisation, cela me semble évident.

      Ceux qui apprennent bien leur première langue, le français, n’éprouvent pas de difficulté à apprendre d’autres langues.

      Au sujet de nos services publiques, je suis en désaccord avec vous sur un point: ajouter de l’argent ne changerait rien, le fric se perd dans une administration lourde. Nous pourrions faire beaucoup plus avec bien moins. Toutefois, je ne sais pas comment y arriver avec les structures actuelles. Peut-être faudra-t-il vivre une vraie crise pour y arriver!

      Pour le reste, j’ai beaucoup apprécié le contenu de ce billet, je reviendrai.

      Accent Grave

  5. Zoreilles dit :

    Quel billet riche de réflexion, j’aime ce point de vue réaliste sur la société que nous sommes. J’aurais eu le goût de discuter de la langue française et de sa place ici, ce sujet me tient à coeur, mais c’est cette phrase que tu écris, qui m’interpelle davantage,

    « En s’individualisant, en se cocoonant on développe aussi une certaine nostalgie pour le collectif, pour les causes communes ».

    Ce que tu décris dans une économie de mots a des impacts incommensurables dans notre réalité de tous les jours, nos choix individuels qui, multipliés par millions, deviennent nos choix de société, nos politiques, nos programmes sociaux, nos services de santé, la façon qu’on a de traiter nos aînés, nos tout petits, notre économie, notre culture, etc.

    Par nostalgie sans doute, je reste attachée à des exemples, des valeurs, des initiatives, des solidarités constructives, des réalisations formidables d’une époque déjà révolue, du temps où l’on ne perdait pas nécessairement sa vie à vouloir la gagner.

    Chez des jeunes de mon entourage, je vois se dessiner un autre courant, c’est le retour du balancier et ça me donne des ailes de constater qu’ils veulent faire les choses autrement. Et qu’ils y arrivent!

  6. pierforest dit :

    @AccentGrave: Oui, parfois certains éléments d’un billet interpellent plus que d’autres et il est clair que la question de langue au Québec est toujours un sujet sensible sur lequel on a tous quelque chose à dire.

    Ajouter de l’argent directement là où se livrent les services d’abord améliorerait sans doute rapidement le système. Donc, plus de profs et moins d’élèves par classe, plus d’infirmières sur le terrain de façon à améliorer leurs conditions de travail. C’est un peu comme si on embauche des légions de conseillers et spécialistes pour aider le général à élaborer une stratégie pour gagner une guerre où l’ennemi est plus nombreux, alors qu’à la base, il aurait simplement fallu plus de soldats. Mais bon…est-ce dans l’intérêt des conseillers d’offrir des conseils simplistes? Plus le haut d’une structure veut contrôler plus on aura une structure intermédiaire lourde et contrôlante et c’est ce qui coûte le plus cher au final.

    @Zoreilles: Ah, le fameux jeu du balancier. À force de vouloir tout réformer de façon drastique, on ne fait souvent que donner un élan au balancier qui repart pour l’autre extrême. On va devoir apprendre à construire sur ce qu’on a plutôt que de vouloir faire table rase et tout réinventer à chaque fois. D’ailleurs toute la saga du bulletin est assez éloquent. Après toutes ces démarches, on revient finalement à peu de choses près au format que l’on avait au tout début. Je suis tout à fait d’accord avec toi. Ce sont nos choix individuels qui deviennent au final nos choix collectifs.

  7. Pur bonheur dit :

    Pour avoir grandi dans le ‘West Island’ mon mari et moi, nous savions l’importance de bien connaitre l’anglais. Nous avons eu nos enfants en milieu rural en banlieue de Montréal et ils ne voyaient pas l’utilité de parler anglais jusqu’à ce qu’on les emmènent en voyage avec nous un peu partout aux État-Unis. Ils ont réaliser eux même très jeunes qu’une barrière les empêchaient de communiquer avec les autres enfants. Nous avons donc pris les grands moyens et fait installer un satellite T.V. où tous les postes étaient tous en anglais et ça, depuis 20 ans. Mes deux enfants sont maintenant dans la vingtaine et sont parfaits bilingues parlé et écrit . Disons que ce fut une bonne idée parce que ce n’est pas à l’école ou dans la rue qu’ils auraient appris tout ce qu’ils savent maintenant.

  8. pierforest dit :

    @PurBonheur: C’est effectivement un choc culturel quand un unilingue francophone sort de la province. La télévision, les jeux en ligne, la musique sont autant de moyens pour se faire l’oreille à une langue étrangère. J’ai lu qu’il fallait, en moyenne, être en contact direct 1200 heures avec une langue étrangère pour être fonctionnel. Au fond, ce n’est pas tant que çà quand on y pense. C’est l’équivalent de 4 mois d’immersion.

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