Juste au cas où

Publié: 3 novembre, 2010 dans amour, L'essentiel, motivation, plaisir, Réflexions
Tags:,

Quand je préparais mon premier voyage à Compostelle, on m’avait fortement conseillé d’amener un sac à dos aussi léger que possible.

« Ton sac à dos sera à la fois ton meilleur ami et ton pire ennemi » m’avait-on dit.

Marcher durant 300 ou 400 kilomètres, en le portant sur ses épaules donne une perspective différente au contenu de son sac. Tout ce  dont on aura besoin durant ces 4 ou 5 semaines, est dans ce sac et évidemment, on ne veut manquer de rien.

De nombreuses personnes, en Chemin, ouvraient leur sac, en refaisaient l’inventaire et se débarrassaient d’une bonne partie du matériel de départ. C’est une leçon très pratico-pratique de ce qu’est l’essentiel. Le plus lourd des fardeaux, dans un sac, ce sont nos peurs. La peur de manquer de quelque chose, nous amène à ajouter un peu de ci, un peu de çà…juste au cas où. Rapidement, les grammes se transforment en kilos et ces ajouts visant à nous sécuriser deviennent alors notre fardeau quotidien et nous rendent la vie plus difficile… inutilement.

C’est très physique. Au fur et à mesure que les kilomètres s’additionnent, on prend douloureusement conscience du poids de nos choix. On réalise alors à quel point nos peurs peuvent contribuer à réduire la qualité du voyage. On révise alors, on refait des choix et on en vient au coeur de ses besoins, on découvre ce qu’est l’essentiel et ma foi, l’expérience est plutôt enrichissante. L’essentiel tient à bien peu de chose finalement, on le réalise rapidement.

Nécessairement, cette expérience m’a amené à faire également des liens, au retour, avec la vie que je mène. Elle m’a permis de m’interroger sur ces peurs qui m’accompagnent au quotidien et pour lesquelles je me suis prémuni de toutes sortes d’artifices pour me sécuriser…juste au cas où. Ces peurs deviennent alors un fardeau qui alourdit inutilement mon voyage.

Voyager léger, c’est accepter de ne pas tout prévoir, c’est accepter de faire possiblement face à un manque, mais c’est surtout se donner la chance d’apprécier son propre voyage ici-bas à chaque pas que l’on pose.

commentaires
  1. Éléonore dit :

    C’est très beau cette réflexion !
    « Voyager léger, c’est accepter de ne pas tout prévoir, c’est accepter de faire possiblement face à un manque, mais c’est surtout se donner la chance d’apprécier son propre voyage ici-bas à chaque pas que l’on pose. »
    L’anticipation est un mal qui peut détruire.
    Comme ceux qui en cas de possible pépin conditionne toute leur vie autour du pépin.
    Dans le genre « il me faut plus d’argent », « Il me faut un autre travail », il me faut çi ou ça.

    En passant, j’aimerais bien que tu nous parles plus en détails de tes voyages à Compostelle, j’ai justement un ami qui part en mai et moi aussi j’aimerai y aller un jour prochain.

  2. Miss Flower dit :

    J’adore ce texte. La véracité. Les questions qu’il sucite en moi.

    « L’essentiel tient à bien peu de chose finalement…… » :tellement vrai et ce dans toutes les sphères de notre vie.

    Merci pour ce texte.

    J’aimerais lire si tu le veux bien sure un partage de ton expérience compostelle et aussi savoir un peu comment fonctionne le côté logistic une fois rendu sur place. On dort et mange ou ? Mais aussi le côté humain: On se sent comment ? Les changements qui s’opèrent en nous ? Merci

  3. Zoreilles dit :

    Quel merveilleux texte! Quiconque a déjà fait la moindre expédition a déjà amorcé cette réflexion. L’appliquer ensuite dans son quotidien devient naturel, on y arrive parfois, un peu, beaucoup mais souvent pas assez.

    Cette perspective me sourit. J’aime la cultiver. Je ne dis pas que j’y arrive toujours mais j’y aspire sans cesse. Et chaque fois que je réussis à voyager léger (dans ma vie), je ressens une grande liberté.

    Si les gens avaient compris ce que signifiait la simplicité volontaire, faire plus avec moins pour un mieux-être et une plus grande liberté, c’était en plein ce que tu écris si merveilleusement dans ce billet.

  4. xjanesatticx dit :

    Clever. C’est tout ce que je trouve à dire. Chapeau! 🙂 xoxo

  5. Emma dit :

    Jolie leçon de vie et tellement vraie !
    J’ai connu une situation identique il y a très longtemps avec des placards débordant…

  6. Moins on possède, plus on est libre. J’ai pu le constater concrètement en passant d’une grande maison qui déborde à un petit appartement dépouillé. La vraie richesse, elle est en soi. Beau billet!

  7. pierforest dit :

    @Éléonore: Je pense que tu aimerais beaucoup Compostelle et que tu reviendrais de là-bas avec une série de photos fantastiques. Il existe une association Québécoise des amis de Compostelle http://www.duquebecacompostelle.org Cette association bénévole se donne justement pour mission d’aider les futurs randonneurs à préparer leur voyage sur l’un ou l’autre des Chemin de Compostelle. C’est à travers eux que j’ai préparé mon premier voyage et çà a fait toute la différence. J’ai su comment préparer mon sac, où on couchait là-bas, combien ça coûtait, quels sont les itinéraires possibles, l’avion, le train, etc. En plus, il y a régulièrement des gens qui viennent faire un témoignage de leur voyage. ils ont des associations dans la plupart des régions du Québec. Ça vaut vraiment la peine. En plus, avec l’association, on obtient la « crédential », ce genre de passeport qui permet de coucher à peu de frais (3 à 5 euro) dans les gîtes en Espagne.

    @MissFlower: On ne voit pas les changements s’opérer tout de suite, mais nécessairement, il y a un changement. Prendre conscience de ce qu’est l’essentiel est souvent une révélation. Le penser, se dire que ça a ben de l’allure est une chose, mais l’expérimenter vraiment, le ressentir vraiment, ça ouvre les yeux sur un paquet de trucs. Au retour, mes repères entre richesse et pauvreté avaient changés. on vit dans un tel luxe, ici en occident qu’on a perdu ce qu’est la notion d’essentiel. Je n’ose pas trop y penser, parce que ça m’amène un sentiment de culpabilité, celui de n’avoir pas le courage de donner à ceux qui en ont besoin, l’excédent à mes besoins.

    @Zoreilles: Moi aussi, j’aime bien cultiver l’idée, parce que c’est à force de le faire qu’il en sortira des fruits.

    @Jane: merci! 🙂

    @Emma: Personnellement, ça me fait un bien immense de me débarrasser de trucs qui ne me servent plus, surtout si je peux les donner à quelqu’un à qui ce sera utile.

    @UneFemmeLibre: Je vous comprends tout à fait. Tout ces trucs qu’on accumule, on doit s’en occuper. Plus on en a, plus on devient dépendant. J’ai vu un reportage, à la télé, sur les nomades du désert. En l’espace d’une heure, ils avaient fait tout leur bagages, avaient atelés leurs chameaux et avaient quitté. J’admire cette façon d’être, même si je ne crois pas que ça me conviendrait. J’ai besoin d’objets et de lieux familiers autour de moi pour me sentir bien.

  8. Solange dit :

    C’est une belle réflexion, j’évite d’accumuler des choses en essayant de ne garder que l’essentiel, ce n’est pas toujours facile.

  9. unautreprof dit :

    Superbe parallèle.
    C’est vrai que les biens inutiles pèsent, comme les liens inutiles.
    Se centrer sur l’essentiel rend plus léger et serein. J’y crois.
    Texte que j’aime beaucoup Pierre.

  10. pierforest dit :

    @Solange: Dans notre société sédentaire et capitaliste, l’accumulation de biens est devenu une seconde nature contre laquelle on doit se battre pour ne pas en devenir esclave.

    @UneAutreProf: Ton premier commentaire « amen » s’est retrouvé automatiquement dans les commentaires indésirables. C’est à croire que WordPress a un filtre anti-religieux. 🙂

  11. Air fou dit :

    Dans l’exercice de feu que je faisais auparavant fréquemment, il y a ceci qui m’est essentiel, par ordre d’importance : mes chats, mes disques durs, les photos de ma famille.

    Chaque décembre, mais de plus en plus fréquemment, je fais une razzia ici. J’élague, je donne et demande à toutes et tous de ne pas me donner d’objets. J’adore les objets, les images (ah ces artistes) et mes outils de création, technologiques. Tous les livres peuvent se remplacer et les disques durs contiennent une grande partie de ma vie.

    Par contre, porter tous mes chats, ciel, je ne ferais pas un coin de rue! :DDD

    Ton billet est extra, Pierre Je dois avoir un peu de Compostelle en moi mais faut dire que mes conditions de vie sont souvent passées du extrêmement réduit au camping de luxe, avec une jolie petite trêve entre les deux.

    Zed ¦)

  12. pierforest dit :

    @Zed: Tu pourrais régler la question de tes disques durs en faisant une copie de sécurité que tu conserves à l’extérieur de chez toi. Sur le web, si tu as confiance ou alors dans un coffre à la banque pour une trentaine de dollars par année. Et puis les photos de ta famille pourraient également être numérisées et mises sur ces mêmes disque dur. Tu n’aurais qu’à te préoccuper de tes chats en cas de catastrophe.

    Dans notre société, si on apprenait à se donner du temps, plutôt que des objets matériels, on s’en porterait tous beaucoup mieux.

  13. Air fou dit :

    Pierre, tu lis dans mes pensées. C’est exactement mon plan. J’ai vu qu’existait maintenant un petit appareil qui numérise les négatifs. Je suis en train de copier mes ordis sur des disques externes exprès pour ça.

    Je vais te dire qu’après mes chats, le reste me ferait grand peine, mais mes poilus d’abord et avant tout.
    Et le reste, à moi de m’organiser.

    ¦D (Tu me dirais ce que tu vois d’autre dans ma tête que ¸ça m’arrangerait bien!!! 😀 😀 😀

    Zed

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s