Après la pluie…

Publié: 29 mai, 2011 dans Environnement, Politique, Société

Pendant près de 2500 ans, tout le territoire de l’actuelle vallée du St-Laurent fut recouvert d’une mer intérieure:

La mer de Champlain.

Progressivement, cette mer s’est retirée, laissant le paysage que l’on connaît aujourd’hui. En se retirant, la mer a laissé de nombreux sédiments, sur une épaisseur de plusieurs dizaines de mètres. La présence du sel de mer a ainsi contribué à solidifier ces sols argileux.

Avec les années, toutefois, la pluie et l’eau douce ont progressivement drainé le sel du sol, laissant ainsi une terre argileuse beaucoup plus sensible structurellement.

Quand on assiste à un glissement de terrain au Québec, c’est généralement le résultat de ce sol argileux qui, sous l’effet de pluies diluviennes ou de la fonte des neiges, se gorge d’eau, perd sa structure solide et se liquéfie. Dans les terrains en pente, c’est l’effet domino, entraînant le sol vers un point plus bas, généralement vers une rivière ou un point d’eau.

Ce fut le cas de Saint-Jean-Vianney en 1971 et plus récemment à St-Jude, en montérégie. La vallée du Saint-Laurent toute entière demeure donc une zone sensible.

Les archives relatent notamment l’un des plus gros glissement de terrain à être survenu dans l’histoire du Québec, bien qu’il soit moins connu parce qu’il fut moins meurtrier.

En 1859, à Saint-Hilaire, sur la Rive-Sud de Montréal, une immense coulée argileuse a précipité plus de 6 millions de mètres cubes de matériel dans la Rivière Richelieu, la bouchant à moitié. Encore aujourd’hui, en y jetant un coup d’oeil avec Googlemap, on peut saisir les vestiges de cette immense coulée d’argile qui s’avance dans la rivière Richelieu, juste un peu au sud de l’actuelle autoroute 20.

La vallée du Saint-Laurent est par ailleurs le lieu ou le Gouvernement prévoit permettre l’exploitation du Gaz de schiste. Comme vous le savez sans doute, le processus utilisé pour extraire le gaz de schiste, consiste à injecter de très grande quantité d’eau dans le sol, de façon à fractionner la pierre et permettre ainsi la libération du gaz.

Compte tenu de la nature des sols, dans cette région, je vous laisse tirer vos conclusions des conséquences potentielles.

commentaires
  1. Air fou dit :

    Vraiment très intéressant! Merci!

    Zed ¦)

  2. Zoreilles dit :

    Je copie-colle le commentaire de Zed. ¸

    Ton billet est d’une telle clarté avec ces cartes que tu nous montres et les exemples que tu amènes. Le passé (ici géomorphologique) nous aide à comprendre le présent et prévoir l’avenir. Pour peu qu’on soit à l’écoute, évidemment. Ça fait partie du respect qu’on a (ou qu’on n’a pas) pour notre environnement. Et ça me fait penser à une évidence qu’on oublie trop souvent : la nature a ses propres lois et elle reprend toujours ses droits.

    Quand on parle de l’exploitation des gaz de shiste, on ne tient pas compte des lois de la nature, ni même des droits des citoyens non plus d’ailleurs.

    Le même phénomène existe dans le Nord du Québec, on harnache des rivières, on les dévie de leur lit, de leur parcours millénaire, on les dénature sans tenir compte des impacts à court et à long terme sur les populations locales, la faune, la flore, la géographie des lieux. Heille, on tripote la planète là… Mais pour qui on se prend?

  3. pierforest dit :

    @Zoreilles: Quand on regarde le monde d’une perspective géomorphologique, comme tu le dis, le temps nous apparait sous un angle différent. Je trouve intéressant de savoir que je vie au fond ce qui a été une mer autrefois, même si çà date de quelques milliers d’années. Çà me donne aussi une autre perspective des paysages marins actuels, me disant que dans quelques milliers d’années, ils seront peut-être à sec ou alors, à l’inverse, peut-être sera-t-on submergé à nouveau, avec la fonte des glaciers et le réchauffement planétaire. L’homme a souvent l’impression qu’il dompte la nature, mais elle nous rappelle régulièrement à l’ordre. Depuis hier, nous avons une infestation de fourmis dans la maison. Ma blonde me demandait: « Mais dans l’univers, à quoi elles servent les fourmis? », faisant référence à une logique ou chaque espèce a un rôle à jouer bien particulier. Je lui ai répondu par une question: « Et l’homme, il sert à quoi dans l’univers? » 🙂

  4. Edmonde dit :

    Vous êtes un homme très clairvoyant…
    L’homme serait le résultat d’une sélection naturelle. La nature n’aurait pas de projet : elle n’avait pas le but de faire des hommes, ni de leur donner une place particulière. Donc en ce sens l’homme ne SERT à rien. C’est sa grande liberté d’être pensant, qui lui donne la possibilité de se donner des buts avec des objectifs. La nature n’a pas non plus donné une place particulière à chaque animal. Il se trouve que cet animal là a pu survivre mieux que ses concurrents en prenant sa place dans l’écosystème, car il y était mieux adapté, par hasard.

  5. pierforest dit :

    @Edmonde: Il y a des coincidences amusantes dans la nature, que la sélection naturelle n’explique pas tout à fait. Je pense notamment au fait que les écureuils enterrent les glands de façon à se faire des réserves pour l’hiver. Sauf que l’écureuil a mauvaise mémoire, alors il les oublie là. Ainsi, sans le savoir, il a hérité de rôle de « planteur de chênes ». Cela ressemble à une sorte de clin d’oeil de la part du Grand Architecte, pour autant qu’on y croit, non?

  6. Accent Grave dit :

    Heureux que parliez de cette coulée de Mont-St-Hilaire. De fait, il y en eu deux. Ces coulées ont inondé les terres jusqu’à Ste-Julie. La terre « glissait » à la vitesse d’un cheval au trot parait-il.

    Il est resté un lieu que l’on nomme Les Éboulis, au pied du Mont-St-Hilaire. Ce lieu, une grande dépression constituée de dénivellations abruptes et assez profondes, constitue la cicatrice des événements passés.

    Le sol était considéré instable, on ne pouvait y construire des maisons. On y a simplement bâti une usine pour transformer les betteraves en sucres. Économiquement non rentable, on a démoli l’usine et autorisé la construction d’un terrain de golf, puis des condos de luxe sur ce même terrain de golf! On dit que les égouts fluviaux compensent pour l’instabilité du sol.

    Le terrain est considéré comme un lieu exceptionnel pour le golf mais personne ne connaît l’histoire des lieux. Un jour on se surprendra qu’un glissement de terrain ait emporté quelques condos de luxe!

    Ce qu’on peut être bête!

    Accent Grave

  7. pierforest dit :

    @Accent Grave: J’ai trouvé peu d’information sur cet évènement. Quelques traces, relatant celui de 1859, mais pas plus. J’aimerais en savoir plus. Avez-vous eu accès aux archives de la Société d’histoire du Mont-Saint-Hilaire?

  8. Nanoulaterre dit :

    Pierre,
    tes petits billets sont toujours extrêmement intéressants! Oui, le sol argileux. Je l’ai bien senti cette fragilité lors du tremblement de terre de 1988. Je demeurais à l’époque sur la rive sud de Québec, et, plus précisément à St-Rédempteur. Le sol est devenu « mou ». J’avais l’impression de ne pas être dans une maison mais bien dans l’arche de Noé, en pleine tempête au beau milieu de l’océan.

    Que d’inconscience de la part de nos dirigeants. Le respect de notre terre c’est sacré et cela devrait devenir une priorité de tous les instants.

  9. pierforest dit :

    @Nanou: Heureux que ça te plaise. Je me souviens aussi du tremblement de terre de cette année-là. On l’avait ressenti jusqu’à Montréal.

  10. Accent Grave dit :

    De fait, le meilleur article lu jusqu’ici a paru dans Les Cahiers d’histoire no. 1 de la Société d’Histoire de Beloeil – Mont-Saint-Hilaire en février 1980. Il s’intitule « Histoire du Lieu-dit Le Déboulis, Mont-Saint-Hilaire par Pierre Lambert.

    J’ai assisté à des conférences sur le sujet et lu d’autres choses mais je ne peux sans que je ne puisse vous préciser lesquelles.

    Dans cet article, on parle du Déboulis de 1859, celui dont on a le plus parlé. Cependant il existe des écrits datant de 1843 où l’on fait mention de déboulis passés. Puis il y en a eu un autre, assez important en 1888, d’autres aussi vers les années 1920 et plus récemment, en 1943 et lors de la construction de la raffinerie de sucre en et quelques glissements mineurs après cette date. Selon les dires, lors de la construction de la raffinerie de sucre, il fallu installer des pilotis jusqu’au roc, à 150 pieds de profondeur et que ces mêmes pilotis s’enfonçaient tout seul au point qu’il fallait les enchainer pour ne pas les perdre! Jusqu’à récemment, des fermiers se plaignaient de perdre des bêtes dans de petits glissements de terrains, qu’ils devaient secourir d’autres animaux qui s’enfonçaient.

    De là ma surprise d’apprendre qu’on construirait des maisons sur cette zone instable. Certains membres de familles anciennes font toujours partie de la Société d’Histoire et ces gens dont les parents ou grands-parents avaient perdu des terres lors de déboulis exprimaient leur étonnement.

    Accent Grave

    • Xavier Vincent I. dit :

      Bonjour Accent Grave, par pure curiosité j’essaie de trouver les Cahiers d’histoire no. 1 et 2 de la Société d’Histoire de Beloeil – Mont-Saint-Hilaire. Ainsi que toute information se rapportant au Déboulis de 1959, dont la date et l’heure exacte de l’événement.
      As tu des trucs à me donner pour trouver de la littérature la dessus, il n’y a pas grand chose sur le net.

      Xavier Vincent I.

  11. Accent Grave dit :

    Très difficile de laisser un commantaire, il y a un problème avec l’affichage de votre blogue (commentaires)

  12. pierforest dit :

    @Accent Grave: Merci pour ces références. Je vais tenter de m’en procurer un exemplaire.

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