Le sentier des douleurs

Publié: 9 juillet, 2011 dans Questions existentielles, Réflexions

Je ne sais trop comment je me suis retrouvé là.

D’habitude, je m’endors presqu’instantanément, mais au cours de mes vacances, je me suis couché à des heures variables, alors il m’arrive de prendre un peu plus de temps pour m’envoler vers le pays des rêves. De pensées en pensées, je me suis, un peu par hasard, retrouvé sur le sentier des douleurs et j’ai revisité certaines blessures infligées au cours de ma vie. J’ai été alors un peu étonné de constater à quel point elles étaient encore si vivantes, si douloureuses, alors que dans bien des cas, elles pourraient pourtant paraître anodines aux yeux d’un autre individu.

Plus jeune, je n’étais pas tellement doué pour les sports, en général. Je ne l’ai découvert qu’une fois à l’école, parce qu’avant, je jouais avec les voisins du quartier et je me sentais comme tous les autres. Une fois à l’école, j’ai constaté que j’étais moins habile que la moyenne, sur des patins, avec un ballon, une balle de sorte que je me suis toujours retrouvé dans les derniers choisis lorsqu’on formait les équipes. Vous savez comment çà se passe: Habituellement, le prof d’éducation physique choisi les deux élèves les plus forts du groupe et les nomme chefs d’équipe. Il leur demande ensuite, à tour de rôle, de choisir leurs joueurs. Fatalement, voulant gagner, ils choisissent alors d’abord les meilleurs joueurs potentiels jusqu’à ce que tous se retrouvent dans une équipe ou dans l’autre. J’ai toujours trouvé cette sélection humiliante et juste d’y penser me ramène très clairement en mémoire comment je me sentais.

Heureusement, je réussissais bien dans les autres matières, alors çà compensait pourrait-on dire. Une année, j’étais même devenu ami du grand sportif de ma classe. Lui, c’était les autres matières qui lui causaient des difficultés, alors nous formions une sorte d’équipe compensatoire. Je l’aidais dans les autres matières et lui, me choisissait (parfois au premier tour) lorsque les équipes sportives étaient formées. Ce fut plaisant, cette année-là, mais je ne me faisais pas d’illusion pour autant.

En me remémorant ces moments, je me suis mis à penser à quel point cette simple situation ravivait une douleur, là, juste sous le plexus, un sentiment de rejet, qui ne guérira sans doute jamais. J’ai ensuite poursuivi sur le même sentier, revisitant toutes ces douleurs enkystées, ensevelies qui ont parsemé ma vie. Drôle de randonnée, direz-vous, c’est vrai. Je n’emprunte pas ce sentier très souvent, du moins pas délibérément, mais je suis conscient qu’il a eu beaucoup d’influence sur mon parcours et sur ma personnalité.

commentaires
  1. unautreprof dit :

    Je me retrouve aussi par moments confrontée à ces douleurs et je constate que malgré le chemin, les blessures d’enfance sont encore à vif. Je pense que la vie nous apprend à vivre avec ces douleurs. D’ailleurs, ça m’agace toujours les gens qui disent avoir réglé leur passé. Hein?

    En classe, j’aime bien former moi-même les équipes, mais par moments, je leur laisse le choix aussi. Toujours difficile de voir ceux qui ne sont pas choisis, qui ne sont jamais choisis.

  2. Air fou dit :

    Le rejet… cette horrible plaie toujours prête à saigner. Tous les animaux, tout ce qui est vivant y passe. Ne peut-on pas tricher un peu et préformer des parties d’équipes équilibrées? Et elles alterneraient leur chef d’équipe?

    Le sport, est aussi le signe de santé, de la capacité à participer au maintien et à la défense du groupe. Mouais, je pense qu’on devrait tricher un peu sur ce plan, tout en développant un esprit critique chez chaque enfant, qu’il reconnaisse ses points les plus forts, les autres, ceux qu’il pourrait améliorer, comment. Parce que le monde adulte, est fait comme ça aussi. C’est la bonne vieille survie de l’espèce.

    Les filles sont éduquées pour ne pas occuper d’espace et contrôler tous leurs mouvements (ballet, mouvements, nage synchro, jeux, espace domestique encore omniprésent). On leur donne les mots, mais leur parole demeure non crédible, sauf si sanctionnée par un homme. Les garçons, au contraire, sans mots, sans habileté de langage, surtout relatif aux émotions, prennent occupent toute ;la place, le plus d’espace possible. Claude Saint-Amant, théoricien et chercheur, a écrit un brillant article là-dessus. Il travaille beaucoup sur les stéréotypes et les raisons du décrochage (dont rester assis et attentif alors que tout le reste des jeux et activités vont dans le sens contraire!).

    Et on veut maintenant que les équipes de hockey soient unisexes :les filles aiment mieux jaser et socialiser. Avec les modèles dont nous sommes bombardés, malgré des parents différents, nos enfants sont éduquées aussi par l’extérieur, la force des médias, du groupe, les pressions sociales.

    Nulle en sport, tout ce qui concernait les sports d’équipe, la compétition, une certaine force physique que je percevais comme de la violence, j’avais décidé de devenir la meilleure que je pouvais en gymnastique, Cela me sert encore, je demeure très souple. Je me débrouille en badminton, je patine, très mal, mais j’adore. Un passé de mensonges parentaux, d’écrasement. Comme bien d’autres!

    Le don des mots, de la réflexion, un garçon qui possède cela n’est pas un « vrai de vrai » garçon. Moi, c’est ceux-là que j’aime, et faire du sport, sur le plan personnel, devrait, quant à moi, servir à bouger, se garder en forme, jouer, s’amuser, bien se sentir dans sa peau.

    ru

  3. Quelle façon cruelle de former les équipes. Je connais aussi, même méthode insensible dans mes cours de gyms. Je les détestais les cours de gym. Douleur partagée.

  4. Je vivais aussi cette situation-là quand j’étais jeune. Tellement désagréable et humiliant. Douloureux. Un rejet publique en plus. Mais je crois que j’apprends de plus en plus à guérir. C’est la beauté d’avancer dans la vie.

  5. Zoreilles dit :

    Les blessures de l’enfance ont façonné l’adulte qu’on est devenu. On a appris à vivre avec, à les apprivoiser autant que possible, à en souffrir moins, à s’en servir comme des tremplins pour atteindre nos objectifs, pour développer des manières de faire autrement. Mais c’est toujours prêt à refaire surface.

    Le rejet, je suis pas capable de le vivre sereinement. Et l’indifférence est le pire des rejets. Il y a tellement encore aujourd’hui des avenues que je n’emprunte pas, par peur d’un éventuel rejet. Qui n’a pas peur de ça?

    Pourtant, à l’école, dans les sports, les spectacles de classe, nos jeux dans la rue, je performais partout. J’avais compris, toute jeune, qu’on ne m’aimerait pas pour ce que j’étais mais pour ce que je faisais, je donnais, je projetais, je réussissais, quand je livrais la marchandise, quand je répondais aux attentes. « Un poids juste sous le plexus » ? Je dirais même le fondement de notre personnalité.

  6. Nanoulaterre dit :

    Alors, je m’ajoute comme une autre « poche  » en éducation physique, lorsque j’étais jeune. Étrange, j’ai dû moi aussi me faire choisir en dernier mais je crois que ça me passait 10 pieds par dessus la tête. Je détestais tellement les sports d’équipe. Je me forçais à courir alors que je détestais le faire. Puis, je courais toujours pour rien car finalement, je n’avais jamais le ballon…
    Et le ballon chasseur, ça on n’en parle pas… J’avais peur du ballon car il y en avait toujours une, super athlète qui t’envoyait ça de toute ses forces!

    Le sentiment de rejet, je l’ai vécu en 7e année, seulement cette année-là. Je ne sais pas pourquoi, une petite « gang » s’acharnait sur moi. Peut-être parce que j’étais tranquille dans mon coin. Ils me traitaient de petite fille à maman. Je me rappelle bien le malaise que ça créait en moi. Mais, à la fin de l’année, j’en ai eu assez et j’ai envoyé un de ces coups de points au visage de l’une des filles du groupe. Par la suite, plus jamais on ne m’a harcelé…

  7. étoile dit :

    Bonjour, comme plusieurs je me retrouve dans ce que vous avez écris. Je détestais tous les sports quand j’étais jeune. Par contre j’excellais en classe.Et là croyez moi le rejet faisait partie de mon quotidien. Je me souviens qu’il m’arrivait de me « forcer » pour échouer en épellation où en mathématique pour me faire aimer et accepter. On n’ oublie pas ce passé douloureux mais je crois qu’on fait avec. Aujourd’hui,je marche deux heures par jour,je ne fais aucuns autres sports, je n’aime pas plus cela. Par contre j’ai appris à m’accepter telle que je suis sans faire de courbettes pour me faire aimer. Je fais de mon mieux dans MA VIE.

  8. pierforest dit :

    @UnautreProf: C’est fou comme l’enfance est une période importante de la vie.

    @Zed: Notre système d’éducation semble effectivement conçu pour répondre davantage aux caractéristiques des filles que des garçons. Dans les pays nordiques (Finlande, Suède) où le décrochage scolaire masculin n’est pas aussi fréquent, je serais curieux de savoir la proportion de professeurs masculins. Parallèlement, ça me fait penser à un cours d’histoire que ma fille a suivi au Cegep cette année. Ses résultats n’ont pas été aussi forts que d’habitude et elle me disait que dans ce cours, les garçons réussissaient bien, alors que ses amies avaient toutes la même difficulté qu’elle. Elle me disait qu’elle avait de la difficulté à suivre le professeur dans la façon dont il livrait son cours.

    @UneFemmeLibre: Le sport d’équipe, en principe, doit permettre d’apprendre à se connaître, à découvrir ses forces et faiblesses et savoir, collectivement, utiliser les forces de chacun et compenser les faiblesses de sorte que l’équipe puisse être efficace et plus forte que la somme des talents individuels. Voilà…c’est juste la théorie.

    @Impulsive Montréalaise: Je constate qu’à 50 ans, je ne suis toujours pas débarrassé des conséquences de ces situations vécues durant l’enfance. Y parvient-on un jour? Est-ce que le but de la vie serait finalement d’arriver à surmonter les blessures de l’enfance?

    @Zoreilles: Je pense que la plupart des gens font face au rejet, à un moment où l’autre de leur vie. Peut-être devrait-on donner des outils aux enfants pour apprendre à y faire face.

    @Nanou: Je pense que je vais former le « Club des poches ». :). J’ai aussi vécu une situation similaire à la tienne, avec un jeune qui s’amusait à me frapper, alors que j’étais au primaire. Ça a cessé quand je lui ai rendu la monnaie de sa pièce. Tendre l’autre joue ne fonctionne pas toujours.

    @Étoile: J’ai aussi en des amis qui se forçaient pour ne pas être trop bons, alors qu’ils étaient naturellement doués, de peur d’être qualifié de « bollés » ce qui était une autre forme d’exclusion, même si elle est basée sur une certaine jalousie. C’est curieux de voir, par contre, que jamais je n’ai vu quelqu’un se forcer pour ne pas réussir dans les sports pour se sentir accepté.

  9. Air fou dit :

    Oups, se serait-on mal compris, cher Pierre? 😀

    Ce que je disais, c’était que l’école constituait un maillon majeur dans l’éducation sexiste et stéréotypée dans laquelle nous baignons dès avant la naissance. Non pas que les filles étaient par nature différentes des garçons (j’affirme depuis toujours le contraire). Même physiquement, si elles étaient éduquer pour être autonomes, développer leur force physique, s’approprier l’espace dans le respect des autres (les garçons n’apprennent que la première partie et la suite est au plus fort le terrain), certaines différences s’amoindriraient.et l,estime d’elle-même remonterait drôlement chez les filles.

    C’est souvent (pas toujours, heureusement) tellement tite-madame-sacoche ou touche-pas-à-ma-tasse ou savais-tu-qu’une telle qui ne se posent pas de questions philosophiques ou idéologiques, une maitresse d’école et avec les surtâches, l’exploitation et le mauvais salaire, comment veux-tu attirer des personnes, différentes dans ce milieu. Enfant égale encore maman égale encore femme (traditionnelle).

    Nous sommes dans un cercle vicieux qui eut quelques moments de gloire dans les années où la CEQ avait son mouvement pour éliminer les stéréotypes. Pas duré longtemps. Léa se fait les ongles tandis que Jérôme joue au soccer.

    Très difficile pour les enseignantes différentes, très courageux pour les (le?) enseignants(s?)

    En passant, il y a plusieurs enseignantEs dans ma famille et dans mon environnement. J’admire la détermination des enseignants différents du lot. Ne jamais mettre tout le monde dans le même panier. J’ai aussi fréquenté de très près l,école secondaire pour avoir enseigné plusieurs mois, pendant ma maitrise. Les gars parlaient, dans l’ordre, de sport et de c…, dont les nouvelles étudiantes de 14 – 15 ans qu’ils ne se gênaient pas de tenir bien collées contre eux pendant les fêtes dansantes. Pas un, plusieurs. Pas tous non plus.

    Les filles parlaient maison, déco, recettes.

    Finalement, je trouve dommage que l,on associe sport et activité physique. Mes sports principaux sont la danse et la construction, ces temps-ci, le jardinage féroce.

    J’ai pris assez d’espace, là!

    Zed ¦D

  10. pierforest dit :

    @Zed: Je sais que les stéréotypes féminin/masculin c’est ton cheval de bataille, alors j’avais été un peu surpris, mais je constate que ‘avais mal interprété ton message. Je ne suis pas aussi convaincu que toi que les garçons et les filles ne sont différents que parce qu’on les a éduqué ainsi. Je pense qu’il y a des origines hormonales et physiologiques expliquant les comportements et que les stéréotypes découlent ensuite de l’observation du plus grand nombre. Nécessairement, par contre, certains en sont brimés, parce que si le modèle fait à plusieurs, il ne fait pas à tous et c’est là que ceux qui sortent un peu du rang sont rappelés à l’ordre, par la pression du groupe qui semble avoir besoin que les frontières entre catégories soient bien claires et le demeurent.

    Ainsi, je ne pense pas que la violence physique, largement masculine le soit d’abord pour une question d’éducation. À mon sens, elle est le reflet des origines animales de l’espèce humaine et en ce sens, pas très différentes des autres espèces animales. Ce besoin de se confronter aux autres mâles pour établir une hiérarchie fait appel à des fondamentaux qui sont, à mon sens, plus innés qu’appris. Cette même confrontation animale, dans le monde « civilisé » me paraît l’équivalent des sports de compétitions individuels, un contre un. Les sports d’équipe, me paraissent plutôt un équivalent moins meurtrier et plus civilisé de la guerre.

  11. Air fou dit :

    »Pierre

    Tu sais que je suis une maniaque de la recherche, hein!

    Alors, aux dernières nouvelles… Mais pour comprendre, il faut vraiment lire au complet. Si le cœur t’en dit!

    À savoir ce qui déclenche l’adrénaline, je doute que ce soit du vernis à ongle ou un petit balai (ou ballet, version enfant)!

    Zed ¦D

  12. pierforest dit :

    @Zed: Article intéressant. Ainsi, si j’ai bien compris, l’hormone aurait donc un impact sur l’agressivité, mais le comportement aurait un impact sur le taux d’hormones. C’est la question de l’oeuf ou de la poule.

  13. Air fou dit :

    »Pierre

    N’est-ce pas… En fait, ce que j,ai compris, c’est que la survie de l’espèce est le moteur du changement et que les hormones s’adaptent non pas avant mais après, suite à la situation vécue. Que des changements se produisent lorsque ces situations sont pressenties, en vrai ou en simulé (jeu vidéo, par exemple), devient alors tout à fait compréhensible. J’avais lu, il y a quelques mois un article scientifique démolissant la mauvaise réputation de la sempiternelle testostérone en relation avec la violence et l’agressivité.

    Bon dimanche!

    Zed ¦D

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