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Publié: 16 octobre, 2011 dans L'essentiel, Questions existentielles, Réflexions, Société, voyages

«Ce sont les plus pauvres qui m’ont donné le plus. J’ai cogné à la porte de gens fortunés, je leur ai demandé de l’aide et ils me repoussaient, certains me menaçaient. Les pauvres partageaient.».

J’ai été frappé par ces paroles du marcheur Jean Béliveau. Cet homme est une sorte de Forrest Gump qui, un jour du mois d’août 2000, est parti marcher  et n’est revenu à la maison que 11 années plus tard.

Il semble que plus on possède de biens, plus on devienne égoïste. Peut-être vous souvenez-vous également du film « Les Dieux sont tombés sur la tête ». Dans ce film tourné dans le désert du Kalahari, une bouteille de Coca Cola jetée d’un avion est récupérée par un jeune homme vivant dans une tribu de Bochimans en Afrique occidentale. Ils commencent alors à se disputer entre eux le précieux bien et à devenir jaloux les uns des autres.

Quand on a très peu, le partage n’est pas une valeur, c’est une nécessité. Cela devient un réflexe. Il n’est même pas ici question de vouloir faire un bon geste, c’est un comportement naturel dicté par l’instinct de survie. Parallèlement, notre société de consommation nous amène plutôt à consommer et accumuler des biens. Ce faisant, les occasions de partager diminuent et on perd progressivement cette faculté de donner. Plus les sociétés se développent dans le modèle capitaliste et plus elles deviennent égocentriques.

Lorsqu’on apprend un nouveau sport, faire du vélo, frapper un ballon, il y a toujours une période d’apprentissage qui demande des efforts. Au bout d’un certain temps, ces mouvements sont assimilés et deviennent des réflexes. Nous n’avons plus à y penser et ils sont alors utilisés inconsciemment pour atteindre un autre objectif, aller d’un point A à un point B, gagner une compétition, etc.

Ces deux histoires m’amènent à penser qu’une société peut s’entraîner à partager et que plus on le fera, plus ça deviendra facile et ce faisant, nous pourrions atteindre un meilleur partage des ressources à travers la planète et qui sait, peut-être éliminer la pauvreté extrême.

commentaires
  1. étoile dit :

    Votre billet me rejoint beaucoup en ce beau dimanche.Depuis une dizaine d’années, j’ai décidé de changer mon mode de vie. Avant d’acheter quelque chose je me demande toujours: est-ce-que j’en ai vraiment besoin. Je me laisse quelques jours pour y penser et souvent après ce temps je me rends compte que non. Pourquoi s’embarasser de surplus inutile?J’ai tout ce qu’il me faut et non je ne suis pas « grateuse ». Une amie et moi courrons les st-Vincent de Paul et découvrons des beaux tissus. Nous fabriquons des courtes-pointes et les donnons ensuite à des étudiants qui s’en vont en appartements. Au même endroit, j’achète à prix minime de la laine et je fais des bas pour enfants et adultes. J’adore le tricot alors depuis que les soirées sont plus longues tout en regardant la télé je m’amuse au tricot. J’enverrai le tout pour les paniers de Noël c’est ma façon à moi de donner sans attente. C’est avec joie que je le fait car je fait ces tricots sans jamais savoir à qui ils iront. Chacun de nous avons un talent et quel qu’il soit on peux en faire profiter à quelqu’un d’autre. Je m’amuse en donnant et si la personne qui le reçoit est heureuse, eh bien tant mieux. J’appelle ça faire de la récupération. Les occasions de partager ne manquent pas quand on le veux bien.merci pour ce beau moment du jour.

  2. Zoreilles dit :

    Pour ma part, je ne suis pas Mère Térésa ni Jean Béliveau, mais j’en suis arrivée aux mêmes conclusions qu’eux dans ma vie. J’aurais mille anecdotes à raconter pour illustrer toutes les fois où j’ai été témoin de ça…

    Pourtant, le bonheur de partager le peu qu’on a, ça vous remplit le coeur de quelque chose de bon, de profond, d’heureux, de bienfaisant et de durable. Quel plaisir peut-on éprouver à accumuler des biens, des bébelles, des richesses plus grandes que celles qui nous sont essentielles? Tous ces surplus deviennent des chaînes, très très lourdes, qui nous empêchent d’avancer, de grandir, de nous épanouir, d’être heureux, etc.

    Les gens les plus heureux que j’ai connus n’avaient presque rien mais ils étaient prêts à vous le donner et ils n’attendaient rien en retour. Des êtres libres… Un phénomène rare dans notre société.

    Je rêverais que plus de gens pensent comme toi.

  3. pierforest dit :

    @étoile: J’ai beaucoup d’admiration pour ce que vous faîtes. Ma petite soeur avait aussi fait quelque chose d’analogue, il y a quelques années, en tricotant des foulards qu’elle avait ensuite distribué à des itinérants, à Montréal. Ces gestes me touchent énormément.

    @Zoreilles: C’est drôle à dire, mais souvent les catastrophes ont le don de nous ramener à des valeurs fondamentales qui permettant à la société de repartir sur un bon pied.

  4. Diane dit :

    Le partage est effectivement une question d’entraînement. Qu’il s’agisse d’une question de bien matériel, d’idées ou d’attention.
    Il faut à la fois savoir donner et recevoir.
    Les plus fortunés pensent souvent qu’ils sont en postion de donner alors que souvent ils devraient s’ouvrir et recevoir . Recevoir les idées, recevoir la simplicité, recevoir l’essentiel plutôt que de s’enrichir et s’étourdir en tentant de combler des vides par la consommation.
    Je crois que la surconsommation est souvent liée au vide et au manque d’échange.
    Diane

  5. pierforest dit :

    @Diane: Il y a beaucoup de sagesse dans ce que vous dites-là Diane. Il faut effectivement faire preuve d’humilité pour recevoir, surtout quand il s’agit de recevoir sur le plan affectif plutôt que matériel. Est-ce que la surconsommation entraîne le manque d’échanges ou si c’est le manque d’échange qui amène la surconsommation? Toujours cette question de l’oeuf ou de la poule.

    Hier soir, j’en discutais justement avec ma conjointe. Une personne de mon entourage a une maladie chronique (qu’on dit chronique). Périodiquement, son mal réapparaît et est toujours accompagne de stress émotionnel. Est-ce que le mal est à l’origine du stress émotionnel qui l’accompagne ou si c’est le stress émotionnel qui est responsable de la réapparition du mal?

    Je lis actuellement un livre de Jacques Salomé (Si je m’écoutais, je m’entendrais) qui aborde justement la question des maux. Selon lui, trop souvent, on se s’acharne aux symptômes des maux plutôt qu’à leur signification. Ainsi, selon lui, les maux parlent autant que les mots.

  6. Air fou dit :

    Plus on a de réserves, plus on se croit invincible et plus on croit pouvoir échapper au destin ordinaire. L’intérêt à partager devient un réflexe, un instinct de survie quand on sait qu’un jour pas si lointain, ce sera nous le ou la bénéficiaire. Il est extrêmement difficile dans un pays hautement industrialisé et technologique de s’imaginer tomber dans la misère qui touche certains peuples. Partager avec eux nous semblent ridicule. D’autant que ces mêmes gens, dans la grande misère, rêveraient, placés eux aussi en situation moins précaire, d’accumuler et de se faire des réserves.

    Il est difficile de faire la part des choses. Même la reconnaissance n’est plus un réflexe.

    Zed ¦)

  7. unautreprof dit :

    Je pense aussi que lorsqu’on a moins matériellement, on se tourne vers le plaisir accessible: celui de faire des rencontres, de vivre un échange sur le plan humain.

    Souvent, lorsque je vis des moments plus difficiles, je suis toujours touchée de voir les sourires des gens, la gentillesse d’un préposé, d’une caissière, le sourire d’une dame dans la rue ou la galanterie d’un ado qui me tient la porte. Dans des moments où je me sens démunie (pas matériellement) ces gestes deviennent des petites lumières et me réchauffent.

    Juste ici sur la toile, sur mon blog, des commentaires gentils et gratuits ont cet effet. Je me laisse souvent envahir par mon stress de riche, pourtant, parfois, je reviens à l’essentiel et à ce qu’a de mieux à offrir l’humain : sa gentillesse.
    Dans une belle chanson de Jewel, elle dit : «In the end, only kindness matters» C’est vrai, pour moi.

    • Diane dit :

      L’un des plus grand maux de notre société est l’isolement. C’est la course vers le « bien de vivre » comme le disait Claude Léveillé … mais nous oublions qu’à force de s’entourer de bien matériel on s’éloigne de l’essentiel. Tant et si bien qu’on s’isole socialement. Chacun chez soi à protéger nos richesses et notre confort et à s’assurer de notre sécurité. Hors, la première sécurité après le sommeil, la nourriture et un toit est sans doute la famille… l’entourage puis plus largement la société. Les valeurs qui sous-tendent la société actuelle ne sont pas en appui de la construction d’une sécurité sociale. Alors je comprends bien que l’on s’émeuve d’un sourire gratuit, d’un commentaire, d’une réponse à un regard…

  8. pierforest dit :

    @UnAutreProf: Ces gentillesses sont si importantes et il y en tout de même beaucoup quand on y porte attention. Donner au suivant et aussi une approche utile à favoriser l’émergence de ces gestes.

    @Diane: Vous dites, avec des mots différents, l’essentiel de la théorie de Maslow sur les besoins fondamentaux. Cette phrase me rejoint beaucoup: « Les valeurs qui sous-tendent la société actuelle ne sont pas en appui de la construction d’une sécurité sociale. ». Au fond, quand les Gouvernements parlent d’un filet de sécurité sociale, peut-être devraient-ils penser aussi au relationnel, pas juste à l’économique.

  9. Accent Grave dit :

    J’offre à tous ceux qui ont fait des commentaires de m’envoyer leurs biens. Je suis généreux, je leur offre le partage. Et moi, comme je n’ai rien, j’adore le partage!

    Il est normal que les pauvres se montrent généreux, qu’ils souhaitent partager puisque ce partage est un mode de survie. Ce n’est pas une vertu.

    En ce qui concerne nos ancêtres, ils étaient pas mal plus pauvres que nous, ils partageaient d’avantage. Leurs descendants sont plus riches qu’eux et en conséquence ils partagent moins même s’ils décrient la surconsommation, les innégalités. Ils sont rares ceux qui remettent leur fonds de retraite à des organismes de charité, ils sont rares ceux qui remettent leurs maisons à des communautés, ils sont rares ceux qui remettent leurs voitures à des plus pauvres.

    C’est nous ça!

    Accent Grave

  10. pierforest dit :

    @Accent Grave: Ah, je reconnais bien là ton grand coeur. 🙂

    À l’époque, mon grand-père travaillait comme chauffeur de train suppléant. Il travaillait 7 jours sur 7 pour nourrir sa famille. Parfois, il passait la journée à attendre qu’on lui donne du travail et revenait bredouille à la maison sans avoir été payé. C’était vraiment une autre époque, avant que les syndicats ne viennent au secours des travailleurs. Ma grand-mère taillait les vieux uniformes de mon grand-père pour en faire des vêtements pour les enfants. On ne perdait rien. Pourtant, quand le quêteux frappait à la porte, on avait toujours quelque chose à lui offrir. Autres temps, autres moeurs.

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