Des souvenirs fumants

Publié: 14 octobre, 2012 dans Réflexions, Société, souvenirs

Aujourd’hui, quand on entend « cigarette », on pense cancer, contrebande et coût élevé, mais pour moi, le tabac est aussi associé à des souvenirs agréables d’enfance et d’adolescence.

D’abord, je dois vous dire que mon père a travaillé toute sa vie dans le domaine du marketing pour une compagnie de tabac, alors, sans nous en rendre compte, nous avons appris tout jeunes quelles étaient les bonnes marques et les marques de la concurrence. Ainsi pour moi, Players, Du Maurier, Peter Jackson, Sweet Caporal sont toutes des marques amies, tandis que Mark Ten, Belvedere ou Export A étaient des marques ennemies.

Enfant, nous passions tous nos été à Venise-en-Québec. Je me souviens particulièrement de deux marques de cigarettes. D’abord les Sportsman, plus rares et qui, à mon souvenir, étaient surtout des cigarettes fumées par les américains qui franchissaient la frontière. Et il y avait les Sweet Caporal. La particularité de cette marque, c’est qu’on retrouvait, à l’intérieur du paquet, derrière le papier métalisé, une série de petites cartes qui permettaient de composer des mains de poker. Avec la bonne main, on pouvait gagner gros, alors régulièrement, mon ami et moi, faisions le tour des poubelles des endroits publics, le lundi matin, pour vérifier les paquets dont on avait oublié de vérifier les cartes et qui contenaient peut-être la suite manquante pour une Flush royale ou un carré d’As.

Un peu plus tard, alors âgé de 12 ou 13 ans, je me souviens d’un petit voilier que mon père avait ramené au chalet un vendredi. La voile, tout verte, aux couleurs de Caméo, visait évidemment à faire la promotion de cette marque de cigarette. Ce petit voilier d’à peine 12 pieds avait une coque en styromousse que l’on avait recouvert de fibre de verre. Très légère, je pouvais facilement la porter seul sur mes épaules pour traverser la rue jusqu’au lac. Avec ce voilier, même en chavirant, il y avait peu de danger, puisque sa légèreté permettait aisément de le redresser, malgré les vagues. J’ai appris par essais et erreurs à progresser face au vent, comment prendre les vagues de travers et sentir le vent. J’étais devenue assez habile à manoeuvrer ce petit volier et j’en conserve des souvenirs impérissables de plaisir et de liberté.

À 15 ans, je fumais déjà. En mettant mon paquet de cigarettes dans la manche de mon t-shirt, je me sentais nécessairement plus viril pour impressionner les filles. La publicité était habile à nous passer ce genre de message. D’ailleurs, vous vous sonviendrez peut-être d’une publicité de Belvédère à la télé, au Québec au début des années ’70. On y voyait l’acteur Jean Besré, dans une scène noir et blanc et dès qu’il allumait une cigarette, les couleurs fusaient de toutes parts et on entendait une chanson jouer en boucle: « Chanter en couleur, fumez Belvédère… ». C’était au début de la télé couleur et à cette époque, il y avait certaines émissions et noir et blanc et d’autres en couleur, alors on jouait un peu sur ce concept pour vendre les cigarettes.

Du Maurier était associé au Tennis, par la commandite du « Du Maurier Open ». Peter Jackson commanditait des événèments reliés au Golf. Cette marque, dont le paquet était tout noir, traînait une certaine aura de bourgeoisie. On ne voyait pas d’adolescents fumer des cigarettes Peter Jackson. Et il y avait Players, très associé aux courses automobiles. Je me souviens d’ailleurs avoir assisté à un Grand-Prix à Sanair où les cartes d’accès privilégiées que détenaient mon père nous donnaient même accès aux paddock.

Aujourd’hui, la perception du tabac et des cigarettes est complètement différente. À l’époque on fumait partout à tous âges sans que personne ne s’y oppose: Dans les autobus, dans les avions et même dans les hôpitaux. Maintenant, c’est devenu impensable. Mes enfants ne fument pas et j’en suis des plus heureux, quand on connaît maintenant les méfaits du tabagisme.

D’aussi loin que je me rappelle, j’ai aussi toujours vu mon grand-père fumer. Je me souviens d’ailleurs de ses bouts de doigt tous jaunis par le tabac. Une fois, il m’avait raconté avoir fumé toute sa vie. Originaire de la région de Saint-Jacques-de-Moncalm où on cultivait le tabac, dès 5 ans, il se roulait et fumait des feuilles de tabac. Dans sa cave, il faisait aussi sécher des feuilles de tabac, qu’il coupait et fumait ensuite dans sa pipe. Il fumait indistinctement la cigarette, la pipe et occasionnellement le cigare. Il est décédé à 86 ans et souffrait d’emphysème et je pense que s’il n’avait pas fumé ainsi, il aurait probablement passé le cap des 100 ans, parce qu’il était très actif.

N’empêche que mon père, retraité depuis plus de 20 ans, est malgré tout resté loyal à son employeur et encore aujourd’hui, il prend la défense des manufacturiers de tabac en disant que ce sont les Gouvernements qui sont hypocrytes, en interdisant la publicité et les commandites, mais en profitant largement des taxes découlant de la vente des produits dutabac. Il n’a pas tout à fait tort.

Ce qui est paradoxal, quand on y pense, c’est que ce sont les améridiens qui fait découvrir le tabac à l’homme blanc et qu’aujourd’hui, on les accuse de contrebande de cigarettes, parce qu’ils vendent ces produits d’origines ancestrales sans verser les taxes aux Gouvernements de l’homme blanc.

Quelques marques de l’époque:

commentaires
  1. Solange dit :

    Tu n’as pas mis les Craven A, c’était ma marque. Mais je ne fume plus depuis 40ans et mes enfants n’ont jamais fumé

  2. étoile dit :

    Que c’est drôle de venir lire ton billet car justement en fin de semaine avec la mauvaise température j’ai ouvert mon album photo et j’étais photgraphiée avec ma cigarette. ¨Ca m’a fait bizzarre de me voir ainsi. J’ai commencé à fumer à 16 ans et j’ai arrêté à trente ans.J’ai commencé avec Du Maurier,puis Matinée .Mais celles que j’aimais le plus c’était les Caméos..J’ai toujours fumé un paquet par jour et parfois plus.Mon fils n’a jamais fumé et déteste la boucanne.Ce plus en plus je vois moins de fumeurs dans mon entourage.Je trouve très dommage que des jeunes commencent car ils sont plus informé que jamais.Mais si je me souviens mon adolescence,je ne m’en serait pas faite avec ça. C’est comme embarquer avec des amis en boisson je l’ai fait souvent et on a été tr;es chanceux de n’avoir pas d’accidents. mais c’est un autre sujet. Jamais je ne rsiquerai de reprendre un puff j’aurais trop peur de recommencer car je suis assez excessive. Bon billet Pierre et merci!

  3. Les compagnies de tabac n’ont pas abandonné et s’attaquent avec agressivité au marché asiatique. Je reviens d’un mois en Indonésie, la cigarette est partout, dans la main des hommes (les femmes ne fument pas, pays musulman) dès la très jeune adolescence et sur tous les panneaux d’affichage. Des spectacles gratuits dans les villages les plus reculés et les plus pauvres, financés par des compagnies de tabac, avec des chanteuses affriolantes en jupe courte qui se déhanchent en portant évidemment un foulard qui cache soigneusement le moindre cheveu. Pays de contraste mais pays de tabac! En Chine, au Vietnam, au Cambodge, la cigarette est également un marché en croissance.

  4. pierforest dit :

    @Solange: Oui, j’avais oublié quelques marques ennemies 🙂

    @etoile: Oui, c’est plus difficilement compréhensible aujourd’hui qu’il y ait encore des jeunes qui fuments. Remarque, peut-être que leurs parents fument également. Dans ce contexte, l’exemple est différent.

    @UneFemmeLibre: Wow, un mois en Indonésie. Beau voyage ça. Votre fille vous a-t-elle accompagnée cette fois encore?

    Je pense que les compagnies de tabac, face aux levées de boucliers du monde occidental se sont simplement tourné vers des sociétés qui n’en sont pas aussi consciente des méfaits du tabagisme. Un peu comme en amérique il y a 30 ou 40 ans.

    D’ailleurs, qui sait, peut-être que dans 30 ans, l’alcool, les OGM et le junk food feront les frais des mêmes campagnes anti-produit que l’on voit actuellement avec le tabac.

  5. Non, je suis partie avec Voyages Lambert et ma fille est restée toute seule à la maison. Elle a un stage payé de six mois, trente-cinq heures par semaine, ce qui est magnifique et elle s’est fort bien débrouillée sans moi.

    L’alcool, en quantité raisonnable, c’est bon pour la santé. En tout cas, je prends une série de cours sur le vin et c’est incroyable tout ce que j’apprends.

    Bon, bon, bon, je suis en train de vous donner plein de nouvelles là… eh eh!

    Portez-vous bien!

  6. pierforest dit :

    @UneFemmeLibre: C’est vraiment super pour votre fille.

    « Quantité raisonnable » est une expression qui me rappelle les termes de la Cour Suprême du Canada (« Appui substantiel des provinces » ou « majorité claire »). Elle laisse place à interprétation. 🙂

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