Pour le plaisir des mots

Publié: 4 mars, 2014 dans Coup de coeur, Expérience nouvelle, Juste du bonheur, motivation, plaisir

Un petit plaisir, inspiré du blogue de d’Olivia Billington. Est-ce un nom d’artiste, d’ailleurs, c’est fort possible.

L’objectif est d’écrire une petite histoire qui doit contenir tous les mots proposés par les uns et les autres.

Voici les mots:

hésiter – incertitude – énigme – interroger – épreuve – sportif – doper – tricher – punir – injustifié – loi – attraction – terrien – aérien – météo

Consigne facultative : commencer le texte par « regardez-le »

Regardez-le, cet imbécile, assis là depuis vingt minutes à regarder sa page blanche. Il semble incapable de trouver une idée qui se tienne. D’autres se lanceraient sans hésiter, mais lui, accablé de doutes s’en croit incapable. Archh, je vais le laisser à ses incertitudes et me commander un café. Ce sera plus agréable que de le voir souffrir ainsi. D’ailleurs, parlant plaisir, elle est pas mal, la petite dernière embauchée récemment. Elle serait jolie même sans maquillage, j’en suis persuadé. Ses cheveux, légèrement décolorés et cette mèche mauve tressée à l’indienne, c’est original et très esthétique. Il y a pourtant une énigme dans son regard. Elle rit des dents, mais pas des yeux, comme si elle cachait un terrible secret. On aurait beau l’interroger, la torturer même, je doute qu’elle en dise plus. C’est comme ça, avec les secrets honteux. Ils sont trop profondément ancrés pour qu’on les déterre à la petite pelle. Je l’ai bien observée, derrière son comptoir. Elle est polie, rapide, efficace. Le patron doit bien l’apprécier. La regarder slalomer habilement entre les tables, parfois de face, parfois de côté, sans jamais renverser une goutte de café est diablement impressionnant. On se croirait aux épreuves de Sotchi, même si à dire vrai, les sportifs ici sont peu nombreux. Pour la plupart, la seule activité consiste à tourner les pages du journal ou porter la tasse à leurs lèvres. Il faudrait peut-être ajouter un petit quelque chose dans leur café, question de doper un peu leurs performances, parce que visiblement, la caféine, c’est insuffisant. Bof, je m’emmerde ici, faut le dire. Et le temps qui s’écoule trop lentement et ce mal de tête qui me laisse un trou béant, un coeur qui bat contre la tempe. Un simple courant d’air soulève un tourbillons de neurones en douleur. J’ai beau faire semblant que tout va bien, je ne peux pas vraiment tricher. Pas à mon âge. Passé la cinquantaine, il y a des plis qui ne déplient plus et de nouveaux qui naissent chaque jour. Ce sont les plaques tectoniques du temps qui créent ces chaînes de montagnes et ces creux dermiques. Ce n’est pas pour me punir pourtant, parce que j’ai fait une bonne vie. C’est carrément injustifié et ça me laisse en colère. Et ça augmente mon mal de tête. Allez savoir. Est-ce la loi de l’attraction ou celle de l’équilibre, difficile à dire. Dans un cas, on attire ce que l’on cherche, dans l’autre c’est la malchance qui s’installe un temps, parce qu’on ne peut toujours gagner. C’est comme ça. Sur une autre planète ce serait peut-être différent, mais je dois me faire à l’idée. Je suis terrien après tout. Plutôt terre à terre d’ailleurs. Trop peut-être. Ça me serait sans doute agréable de quitter un peu le sol, être plus léger, aérien, laisser mon esprit divaguer, porté par le vent, voguer au-dessus des nuages, plus près du soleil, sans avoir à tenir compte des bulletins météo, mais j’ai beau rêver de vitesse, ma Corolla ne sera jamais une Ferrari. Faut assumer qui l’on est.

commentaires
  1. J’aime le cheminement de la pensée de cet homme, fort réussi !

    PS : C’est mon nom. 😉

  2. pierforest dit :

    @Olivia: Merci du commentaire. Quant à votre nom, il faut dire qu’on hérite parfois d’un nom déjà porteur d’un certain destin.

    • Un destin plein de bonheur et de paillettes, je l’espère ! 😉
      Ça me fait penser à un camarade d’université qui, à chaque fois qu’il me croisait, s’exclamait : « Olivia Billington ! Un nom de star ! » 😆

  3. pierforest dit :

    @Olivia: Mais certainement! D’ailleurs on n’a pas à être soumis à un destin déjà tout écrit. À la limite, on peut déchirer les pages déjà écrites qui nous déplaisent, mais surtout, on doit se dire qu’à partir de la page d’aujourd’hui, elles sont toutes blanches et on peut les noircir de lumière, de bonheur et de paillettes comme bon nous semble.

  4. lautrevie dit :

    J’adore! Il y a des bijoux de petites phrases, tu écris bien Pierre.

  5. pierforest dit :

    @UnAutreProf: Content que ça t’ait plu et merci pour le commentaire, c’est plaisant à lire.

  6. jacou33 dit :

    Houlà, ce que les mots se laissent aller à penser, des fois…

  7. pierforest dit :

    @Jacou: Ce que j’aime des mots, c’est qu’ils ne cessent pas de vivre une fois qu’on les a lus. Ils se multiplient et donnent naissance à d’autres, en résonance avec chacun. Bienvenue ici. J’irai explorer davantage chez vous. J’y ai lu d’intéressants billets.

  8. Ethunelle dit :

    Très sympa l’histoire!…qui se déroule très fluide…

  9. pierforest dit :

    @Ethunelle: Merci et bienvenue.

  10. Zoreilles dit :

    Dis donc, toi, quand on te donne un défi, ça fait émerger ton talent et ta créativité. Cet exercice amusant révèle du même coup ta propension à jouer joliment avec les mots, les phrases, les concepts. Bravo!

  11. pierforest dit :

    @Zoreilles: Très honnêtement, j’avais abordé ce défi avec un certain scepticisme, d’où le début du texte finalement :). Puis, j’ai laissé mes doigts courir sur le clavier, sans trop réfléchir et ça a donné cela. À un moment donné, c’était même un peu déjanté, j’étais surpris des images et des mots qui s’imposaient. Ce fut amusant, mais je ne sais pas si je recommencerai. L’angoisse de la page blanche, c’est pour les écrivains et je ne me considère pas dans cette catégorie. Je peux courir jusqu’au coin de la rue sans être trop essoufflé, mais les marathons c’est une autre histoire.

  12. Jacksss dit :

    Je dois dire que tu m’as eu, Pierre,

    En te voyant laisser couler habilement les mots, les émotions et les idées, je me disais que tu ne devais pas connaître le syndrome de la page blanche. Je doute d’ailleurs que tu aies ce problème. J’ai plutôt l’impression qu’il te suffise de t’élancer pour que tout s’enchaîne tout naturellement.

  13. […] textes de Eva, Dame mauve, Aurélia, adrienne, Pierre Forest, Ghislaine, kirkimalatross, marlaguette, moncafélecture, jacou, ethunelle, Coccinelle, […]

  14. cleoballatore dit :

    Quelle belle écriture. C’est un style personnel et recherché. Bravo.

  15. marlaguette dit :

    Des plis qui ne déplient plus… C est drôle, je crois que j ai ça aussi… Un plaisir de se mettre dans le discours intérieur d un homme en plein marathon de réflexions. J aime beaucoup !

  16. pierforest dit :

    @Jacksss: Heureux que ça t’ait plu. Je me demande comment font les chroniqueurs professionnels pour pondre un texte quotidiennement. Il me semble que cette pression doit bloquer la créativité, en tout cas, c’est comme cela que je me sentirais.

    @Cloeballatore: Merci. C’est toujours un petit plaisir de découvrir un nouveau nom dans les commentaires. C’est aussi souvent comme cela que je découvre aussi de nouveaux blogues.

    @Marlaguette: Hi hi, je pense qu’on y vient tous à un moment ou un autre.

  17. Polina dit :

    Le virus de l’écriture se trame jusqu’à toi Pierre ! 😉

  18. pierforest dit :

    @Polina: Un virus attrapé alors que j’arpentais ton blogue. Tu en es donc un peu responsable. 🙂

  19. Solange dit :

    C’est très intéressant à lire tu ferais bien de récidiver.

  20. janickmm dit :

    finalement, non, on ne s’ennuie pas à la terrasse du café, il y a plein de choses à voir à observer et à dire, bel exercice, agréable à lire

  21. C’est vrai qu’elles sont très bien écrites ces divagations inspirées par les mots de cette semaine. Un texte plein de réalisme et d’optimisme.

  22. pierforest dit :

    @Solange: Juste d’y penser, il me semble que j’angoisse un peu. 🙂

  23. pierforest dit :

    @Janickmm: L’imaginaire est un lieu où on ne s’ennuie jamais, je pense. Merci de votre visite.

  24. pierforest dit :

    @Mon café lecture: En passant, je dois vous dire que j’ai beaucoup aimé ce billet où vous discutiez de la question des lieux. Il m’a éclairé. En lisant votre blogue, j’ai cru comprendre également que vous écrivez une nouvelle où chaque épisode est inspiré des mots d’un concours littéraire. C’est un exercice impressionnant.

  25. un très beau texte A la lecture des premiers mots que nous propose Olivia le thème semble impossible à éviter et pourtant le cheminement et l’imagination de chacun est un petit bonheur de lecture

  26. pierforest dit :

    @MissNefer: Je pensais, tout comme vous, que tous les textes se ressembleraient et j’ai été agréablement surpris. Je découvre aussi des tas d’ateliers d’écriture basés sur le même concept. Un nouveau monde à découvrir en ce qui me concerne.

  27. Ceriat dit :

    Très belle écriture. 😀 Les mots s’insinuent en nous et nous font vivre la scène. 😀

  28. Ghislaine dit :

    La page blanche………….ben oui…………Mais tu as su la combler parfaitement.
    Ton texte m’a emballée de suite……….Merci…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s