Archives de novembre, 2014

Artiste de l’éphémère

Publié: 30 novembre, 2014 dans Écriture, motivation

Atelier d’écriture: Une photo quelques mots

Principe: Une photo qui sert de base pour un texte. Ni genre, ni ton imposés. Seul le plaisir d’écrire. Encore et toujours.

Site: Bricabook

tete

Depuis son tout jeune âge, Sylvius aimait dessiner des formes sur le sable. À l’adolescence, son style s’était déjà considérablement enrichi et il érigeait alors sur la plage, face à la villa familiale, des sculptures de sable étonnantes, complexes, magnifiques. Ces formes éphémères, mi-homme, mi-dieu, n’existaient que quelques heures, le temps que la mer, n’étire les bras pour encaisser son offrande.

Sylvius suivait toujours un même rituel, amassant d’abord un énorme monticule de sable humide, devant lequel il s’accroupissait, les mains au sol, en silence, pour méditer, pendant de longues minutes. Par moment, il se levait brusquement, l’esprit tourmenté et marchait d’un pas vif autour de la butte, sans la quitter des yeux, comme un prédateur cernant sa proie et cherchant l’angle d’attaque. Il se rassoyait ensuite sur ses talons, nerveux, concentré, clignant des yeux frénétiquement sous l’effet de son cerveau en ébullition. Il attendait.

Il attendait encore et encore, que se concrétise l’instant magique, que jaillisse l’étincelle dans son esprit qui projetterait sa pensée dans la matière, faisant naître une nouveau personnage inerte, figé et dissimulé sous la dune. Dès l’instant d’illumination, il se mettait fiévreusement à l’ouvrage, avec l’intensité et l’impatience de l’artiste, creusant violemment à pleine main ou découpant finement du bout du doigt, prenant peu à peu possession de sa proie, retirant l’excédent, libérant le personnage enfoui, concrétisant cette image ayant pris naissance dans son esprit et s’étant transposée à la matière. Il se tenait ensuite debout face à sa création en silence, sale et fatigué, mesurant l’oeuvre qu’il  venait d’expulser, puis, satisfait, revenait à la maison sans un regard derrière. Il se sentait libre. Libéré.

Sa renommée s’était fait grandissante avec les années. Souvent, une foule se massait sur la plage, à marée basse, espérant voir Sylvius créer une nouvelle sculpture de sable. Un jour, un long convoi de légionnaires arriva à la villa. L’empereur Marcellus, en personne, était venu voir ces œuvres créées par le jeune artiste qui faisait parler de lui jusqu’à Rome. Il n’y avait cependant rien à voir, puisque chacune d’entre elles avait depuis longtemps, été ravalée par la mer. L’empereur, un peu déçu, lui confia malgré tout la mission de créer un sculpture de sa personne, qui traverserait les siècles, qui témoignerait de sa grandeur et de sa puissance aux générations suivantes. Sylvius hésita, puisque son art, c’était essentiellement le sable, naturellement éphémère, mais on ne dit pas non à l’empereur au risque d’y laisser sa tête, alors, il se montra honoré. Inquiet, mais honoré.

Dans les jours qui suivirent, il se rendit à Rome et fut autorisé à se tenir dans l’entourage de l’empereur. Durant des jours, il l’observa attentivement, s’imprégnant de sa démarche, de son attitude, s’attardant au moindre détail, à la forme de son visage, de ses oreilles, de ses bras élancés et solides, habitués à manier le glaive. Il le vit, dicter, décider avec conviction, s’enflammer devant l’incompétence des uns ou des autres et se montrer tourmenté pour l’avenir de la cité, de Rome, de son empire. Il l’étudia si bien, que le soir venu, seul dans sa chambre, il pouvait mentalement devenir Marcellus lui-même, comme s’il lui avait volé une partie de son âme.

Parallèlement, le forgeron de l’empereur, lui expliqua comment faire une sculpture de bronze qui traverserait les âges. Il suffit, lui dit-il, de sculpter d’abord l’original dans la cire et de le recouvrir ensuite d’un mélange d’argile avant de le mettre au four. Une fois cuite, la cire aura fondu, laissant un moule creux dans lequel on versera le bronze en fusion. Il ne resterait plus, une fois le moule refroidi, qu’à briser la terre cuite pour révéler l’oeuvre finale.

En suivant cette méthode, Sylvius, artiste de l’éphémère, créa ce magnifique bronze de Marcellus qui a non seulement traversé les siècles, mais aussi les millénaires. Le bronze est exposé au palais impérial de Rome, au centre du Palatin au au pied des sept collines.

Départ précipité

Publié: 22 novembre, 2014 dans amour, Écriture, Bonheur

Atelier d’écriture: Une photo quelques mots

Principe: Une photo qui sert de base pour un texte. Ni genre, ni ton imposés. Seul le plaisir d’écrire. Encore et toujours.

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flamme

Six mois déjà qu’il m’a quitté. Il me manque tant. Pourtant, je ressens encore très clairement sa présence, près de moi. Il me suffit de fermer les yeux pour le voir, juste là. Il me suffirait d’allonger la main, pour le toucher, pour caresser doucement son épaule.

Cette petite flamme vacillante dans la pénombre me ramène toutefois tristement à la réalité, me rappelant qu’il s’est transformé, qu’il a quitté ce monde. J’aimerais tant m’éveiller, que tout cela cesse, que cette lourdeur s’évanouisse comme une bourrasque de vent qui tombe au sol subitement dans un nuage de feuilles mortes.

Quand je reviendrai à la maison, tout à l’heure, je souhaite qu’il soit là, qu’il me sourit de ses yeux moqueurs, avec un petit signe de tête entendu en soulevant légèrement sa casquette qu’il porte même à l’intérieur. Je souhaite me moquer de moi-même, de m’être laissée entraîner par mon imagination dans un scénario du pire, même si ma raison me dicte qu’une fois encore, mon cœur se serrera de retrouver sa chaise vide et que je pleurerai un peu en silence, déçue, seule, si seule, malgré tous ces gens qui m’entourent, me consolent et s’inquiètent pour moi.

Malgré les doux conseils qu’on me donne, j’ai conservé tout ses vêtements, au cas où il revienne. Je ne peux m’en défaire, j’en suis incapable. Ce serait comme le perdre une seconde fois, alors que tout ce qu’il a tenu ou touché s’est imprégné d’une partie de lui, de son odeur, de sa vitalité, de ses souvenirs. Où que je pose le regard, je vois des objets qui étaient les siens, sa canne, sa tasse préférée, ses bottes à l’entrée, près de la porte, sa casquette que j’ai posée sur le porte-manteau, là où il l’accrochait toujours en fin de journée, le livre qu’il n’a pu terminer, sur la petite table du salon et dont le signet ne sert qu’à marquer un milieu qui n’aura pas de fin. Je le revois avec ses mains calleuses et ce sourire que j’aimais tant et cette étincelle qu’il avait dans les yeux quand il me regardait et son rire communicateur quand il me prenait par la taille pour me faire valser dans la cuisine malgré mes protestations amusées.

Hier soir, j’ai enfilé sa veste de laine par-dessus ma jaquette et j’ai dormi, emmitouflée dans ses bras, comme avant, avant que la maladie ne me l’enlève subitement.

Aller et retour

Publié: 15 novembre, 2014 dans Écriture

Atelier d’écriture: Une photo quelques mots

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bricabookLa musique plein la tête, Camille n’est plus, n’existe plus. Elle s’est désincorporée pour la durée de sa toune, l’esprit libre, volatile, en expansion dans l’univers, totalement absorbée par le rythme dense, intense qui explose en éclairs de couleurs vives sous ses paupières closes. Camille adore cette chanson de Gun’s and Roses qui la fait voyager, qui endort sa peur, qui prend toute la place, lui fait oublier un instant son mal de vivre. Elle balance la tête, en suivant le rythme, emportée par ces notes qui collent à sa vie comme un coup de poignard en plein cœur.

Les lumières intenses de la station Namur l’incitent à ouvrir les yeux. Elle sera bientôt au bout de la rame de métro. Il ne reste plus que deux stations. Elle connaît ce trajet par cœur pour l’avoir fait si souvent. Il faudra en sortir, revenir sur terre, lourde, embrumée, les yeux qui piquent, le corps fatigué d’avoir peu dormi depuis des jours. Elle pourra reprendre le trajet dans l’autre direction et profiter d’un autre 45 minutes, au chaud, à somnoler, à ne pas être, à s’abandonner à la voix rauque d’Axl Rose. Il faudra pourtant décider, prendre action et c’est épuisant juste d’y penser.

Revenir à la maison? C’est hors de question. Ce serait donner raison à sa mère qui lui fera encore la morale. Aller encore une fois cogner à la porte de l’Accueil Bonneau pour y prendre un repas chaud et passer la nuit? Elle s’était pourtant promise de ne plus y mettre les pieds, d’être autonome, de prendre sa vie en main, de se trouver un boulot, un petit appart et adopter un chien, mais rien de tout cela ne s’est réalisé et la voilà à nouveau à la case départ. Un échec sur deux pattes, comme lui a tant répété sa mère. Il n’y a pas de place pour elle ni ici ni ailleurs. Elle sortira et attendra sur le quai qu’arrive le prochain serpent métallique et hésitera encore une fois, entre un aller-retour et un aller-simple fatal.

fairelepleinSur le trajet pour me rendre au travail, je croise 12 station-services (je les ai comptées). Malgré ce qu’on en pense, le prix de l’essence varie parfois considérablement d’un endroit à l’autre. J’ai notamment remarqué que tôt le matin, l’une d’entre elles, à Chambly, est plus lente à changer ses prix à la pompe, de sorte que si le prix est à la hausse à Montréal, je peux parfois bénéficier, si on peut dire, d’un écart de prix intéressant en y faisant le plein.

À l’inverse, si le prix est à la baisse à Montréal, je n’irai pas à cette station-service, parce qu’ils n’auront pas encore réajusté leurs prix.

Tout ça pour dire que lorsque vient le temps de faire le plein, il faut choisir le bon endroit au bon moment.

C’est la même chose quand vient le temps de faire le plein de soleil. Le soleil, c’est ma source de vitamine D et on sait que les populations de l’hémisphère nord en sont généralement carencés, surtout lorsque viennent les longs mois d’hiver. En fait, on se comprend, le soleil ne produit pas de vitamine D, mais lorsque les rayons ultra-violet touchent notre peau sans être bloqués par un crème solaire, notre corps produit de la vitamine D et celle-ci est, pour ma part, le carburant de la bonne humeur, utile à la fois à la santé physique et mentale. Le soleil, c’est génial tant qu’on n’en abuse pas.

Dimanche matin, la semaine dernière, il faisait un peu froid, mais le soleil était magnifique. j’en ai profité pour prendre une longue marche d’une dizaine de kilomètres par l’un de mes parcours préférés. J’aime notamment ce parcours parce qu’il comporte un tronçon, sur une petite route de campagne peu achalandée où le soleil matinal, immense, éblouissant pointe juste au-dessus de la montagne et nous en met plein visage pendant 3 ou 4 kilomètres. C’est ma façon de faire le plein et c’est fou l’impact que ça peut avoir sur mon humeur.

Tout ça pour dire que lorsque vient le temps de faire le plein, il faut choisir le bon endroit au bon moment.

Et quand vient le temps de faire le plein de bonheur, je suis la même formule. Chaque jour apporte son lot de bonnnes ou de moins bonnes nouvelles et chacun est libre de choisir celles qu’il écoutera. J’ai la chance d’avoir hérité de ma mère, d’une mémoire sélective que j’appelle le gène du bonheur. Je me souviens ainsi très clairement des bons moments, alors que les moments difficiles demeurent diffus, flous, embrumés, comme un mauvais rêve dont on ne se rappelle que quelques bribes. Ça aide, bien sur, mais au quotidien, dans l’instant présent, je peux toujours choisir avec qui et où j’ai envie de dépenser ces minutes de ma vie et faire en sorte qu’elles m’apportent le maximum de bonheur.

Tout ça pour dire que lorsque vient le temps de faire le plein, il faut choisir le bon endroit au bon moment.

cocooningJ’aime les différentes saisons de l’automne. J’aime ces journées de ciel bleu intense, ensoleillées où les températures froides nous font rougir les joues. J’aime les journées grises, nostalgiques, comme aujourd’hui, où l’on s’emmitouffle dans une grosse doudou, juste pour être bien, devant la télé ou avec un livre, ou simplement pour écrire. J’aime aussi l’émerveillement de ces premiers matins tout blanc et je sens que c’est pour bientôt.

Ce matin, j’ai couru 5 kilomètres, toujours avec cette même facilité qui m’étonne et j’y prend terriblement plaisir, surtout très tôt, avant le lever du jour quand la nuit m’enveloppe et que les étoiles se donnent en spectacle. Puis, après déjeuner, après la douche, j’ai terminé et envoyé un texte pour un concours littéraire, le premier concours officiel auquel je participe. C’était un but que je m’étais fixé et je suis satisfait d’avoir atteint cet objectif.

Et demain, on verra demain.