Départ précipité

Publié: 22 novembre, 2014 dans amour, Écriture, Bonheur

Atelier d’écriture: Une photo quelques mots

Principe: Une photo qui sert de base pour un texte. Ni genre, ni ton imposés. Seul le plaisir d’écrire. Encore et toujours.

Site: Bricabook

flamme

Six mois déjà qu’il m’a quitté. Il me manque tant. Pourtant, je ressens encore très clairement sa présence, près de moi. Il me suffit de fermer les yeux pour le voir, juste là. Il me suffirait d’allonger la main, pour le toucher, pour caresser doucement son épaule.

Cette petite flamme vacillante dans la pénombre me ramène toutefois tristement à la réalité, me rappelant qu’il s’est transformé, qu’il a quitté ce monde. J’aimerais tant m’éveiller, que tout cela cesse, que cette lourdeur s’évanouisse comme une bourrasque de vent qui tombe au sol subitement dans un nuage de feuilles mortes.

Quand je reviendrai à la maison, tout à l’heure, je souhaite qu’il soit là, qu’il me sourit de ses yeux moqueurs, avec un petit signe de tête entendu en soulevant légèrement sa casquette qu’il porte même à l’intérieur. Je souhaite me moquer de moi-même, de m’être laissée entraîner par mon imagination dans un scénario du pire, même si ma raison me dicte qu’une fois encore, mon cœur se serrera de retrouver sa chaise vide et que je pleurerai un peu en silence, déçue, seule, si seule, malgré tous ces gens qui m’entourent, me consolent et s’inquiètent pour moi.

Malgré les doux conseils qu’on me donne, j’ai conservé tout ses vêtements, au cas où il revienne. Je ne peux m’en défaire, j’en suis incapable. Ce serait comme le perdre une seconde fois, alors que tout ce qu’il a tenu ou touché s’est imprégné d’une partie de lui, de son odeur, de sa vitalité, de ses souvenirs. Où que je pose le regard, je vois des objets qui étaient les siens, sa canne, sa tasse préférée, ses bottes à l’entrée, près de la porte, sa casquette que j’ai posée sur le porte-manteau, là où il l’accrochait toujours en fin de journée, le livre qu’il n’a pu terminer, sur la petite table du salon et dont le signet ne sert qu’à marquer un milieu qui n’aura pas de fin. Je le revois avec ses mains calleuses et ce sourire que j’aimais tant et cette étincelle qu’il avait dans les yeux quand il me regardait et son rire communicateur quand il me prenait par la taille pour me faire valser dans la cuisine malgré mes protestations amusées.

Hier soir, j’ai enfilé sa veste de laine par-dessus ma jaquette et j’ai dormi, emmitouflée dans ses bras, comme avant, avant que la maladie ne me l’enlève subitement.

commentaires
  1. Zoreilles dit :

    Et la finale est particulièrement touchante, criante de vérité…

  2. Aragonne dit :

    Oui… Je comprend moi aussi.

  3. Ohlala! L’écriture ne t’inspire rien de joyeux, Pierre. Tu veux nous faire pleurer? Et tu as le talent pour en plus. Snif!

  4. pierforest dit :

    @Zoreilles: Je pense qu’il y a quelque chose de très féminin attaché aux odeurs, aux vêtements de ceux que l’on aime. Je me souviens notamment de ma plus jeune, qui aimait, quand elle était malade, mettre un de mes chandails de laine, beaucoup trop grand pour elle, mais qui devait lui apporter un peu de réconfort.

    @Aragonne: Toi aussi, tu aurais fait cela.

    @UneFemmeLibre: Je me laisse porter par l’image et celle d’un lampion me fait forcément penser à la mort, alors de là, j’ai trouvé une musique inspirante et celle-là, Prélude de Jean-Sébastien Bach est tout simplement superbe. Ensuite, je laisse aller les choses, m’inspirant d’images pigées ici et là dans mes souvenirs, je me projette dans le personnage et ça donne ce que ça donne. On dirait que de me mettre dans la peau d’une femme me permet plus facilement de laisser sortir les émotions. Ah, ces conditionnements. 🙂

  5. sabariscon dit :

    Belle écriture du deuil. J’aime beaucoup l’image de la bourrasque..Je trouve l’ensemble très touchant. Beaucoup d’émotions à te lire ce matin.

  6. milleetunefrasques dit :

    Mes petits yeux sont tout humides… La perte de celui qui ne reviendra pas… Beau texte

  7. titine75 dit :

    Un beau texte sur le deuil, j’ai failli partir sur cette voie également en voyant les cierges.

  8. sarah dit :

    Très beau texte, de belles émotions que j’aurais été incapable d’écrire.
    Voilà pourquoi je ne suis pas partie sur cette idée. Mais ce texte est très touchant.

  9. C’est vraiment émouvant, joli texte.

  10. Vudemeslunettes dit :

    Un texte très émouvant et bien écrit dans lequel chacun peut se reconnaître.

  11. blogadrienne dit :

    ah oui, les vêtements qui ont gardé les odeurs, très important!

  12. Ce texte est si vrai. J’adore la dernière phrase qui me rappelle une des dernières scènes du « Premier jour du reste de ta vie » où une femme désespérée vide sur son visage l’air contenu dans un coussin, gonflé quelques semaines plus tôt par son mari mort depuis peu. Juste pour avoir une dernière fois un contact intime avec lui…
    Bouleversant…

  13. Lydie Hanesse dit :

    oups sous WordPress — les coordonnées ??
    je disais que j’étais absente de la blogo-un aller/retour en Espagne-
    merci pour votre visite en mon chateau !
    je me suis abonnée à votre blog-
    une participation émouvante, de l’amour, du chagrin, des souvenirs encore vivants ( senteur etc )<
    c'est très beau-
    bonne soirée- amitiés !

  14. cleoballatore dit :

    C’est très joli. Il y a de la tristesse et de la nostalgie. J’ai été très émue. Je me demande si l’autre est mort ou s’il l’a quittée.

  15. Ludo dit :

    Tres jolie description du deuil, du vide, du trou… C’est superbe!

  16. trezjosette2 dit :

    Un texte poignant cette bougie éclaire un trite chemin

  17. pierforest dit :

    @tous: Merci de vos gentils commentaires, ça me touche vraiment.

  18. Très beau texte sur le deuil. (En tout cas, je l’ai ressenti comme parlant d’un deuil plutôt qu’une séparation). Juste une question à propos du tire : pourquoi « précipité » ? J’avais l’impression de me retrouver dans l’ambiance des Vieux de Jacques Brel:
    Ils ont peur de se perdre,
    Et se perdent pourtant
    Et l’autre reste là,
    Le meilleur ou le pire,
    Le doux ou le sévère,
    Cela n’importe pas,
    Celui des deux qui reste
    Se retrouve en enfer.

    • pierforest dit :

      @Passion Culture: Magnifiques, ces paroles de Brel, c’est vrai, que l’ambiance y ressemble beaucoup. J’ai choisi départ précipité, parce que souvent, à partir d’un certain âge, quand la maladie frappe, elle est rapide et implacable.

  19. saxaoul dit :

    Espérer rêver en ce genre de circonstance, je crois qu’on le souhaite tous. La fin est vraiment très touchante.

  20. Quel joli texte sur le deuil, j’ai été très touchée surtout par la fin, bravo.

  21. paikanne dit :

    Elle gardera en elle cette petite flamme, malgré tout…

  22. Leiloona dit :

    Comment surmonter l’insurmontable ?
    Joli texte.

  23. Solange dit :

    Tous ces petits détails qui nous reviennent à l’esprit quand on perd une personne aimée.

  24. pierforest dit :

    @Saxaoul: C’est bien vrai.

    @Lestribulationsd’unelectrice: merci!

    @Paikanne: oui, celle qui réchauffe le coeur quand on est triste.

    @Leiloona: Bien dit. Un pas à la fois, malgré la hauteur.

    @Solange: Oui, c’est encore très actuel pour toi.

  25. Jackss dit :

    Bonjour Pierre,
    Il y a beaucoup de sensibilité dans ce texte. Un deuil cache toujours quelque chose d’irréaliste difficile à admettre et comprendre. Le fossé qui se creuse entre la vie et la mort paraît tellement insensé et inimaginable. Il est normal que notre esprit cherche à combler ce vide contre nature.

    Curieusement, je me rends compte que j’ai abordé le même thème sous un autre angle dans mon dernier billet..

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