Histoire inachevée

Publié: 19 juillet, 2015 dans L'essentiel, motivation, psychologie
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Atelier d’écriture de Leiloona:

En s’inspirant d’une photo de Julien Ribot, écrire, juste pour le plaisir d’écrire.

BistroMarco était assis à un tabouret du bar, écoutant le match de foot qui se déroulait en sourdine à la télé, derrière le barman. C’était la finale entre Liverpool et Manchester. Liverpool, son équipe favorite menait 1 à 0. Derrière lui, une voix plaisante, un peu moqueuse attira son attention. Il tourna la tête. Elle était assise un peu plus loin, près de la fenêtre.

À l’œil, on lui donnait le début quarantaine, à cet âge où les femmes sont si belles et désirables. Un long cou et des yeux noirs piqués d’une étincelle de malice. Quelques rides lui décoraient le coin  des yeux, comme chez ceux qui ont beaucoup rit et beaucoup aimé. Elle portait ses bijoux à la bohème, multiples et colorés, mais bien agencés à ses vêtements dont le bleu était la couleur dominante. Elle sourit au serveur qui lui apportait une bière en fût, dévoilant du coup, une dentition imparfaite, mais parfaitement sympathique, voire coquine. Ses cheveux courts d’un brun-noir naturel,  brillaient de minces traînées lumineuses, reflétant les rayons du soleil qui s’infiltraient sans gêne par les fenêtres du petit bistro. Elle lui rappelait Jolène, sa  femme. Autrefois. Il soupira. Jolène. Elle avait été emportée huit ans plus tôt par un cancer agressif dont ils ne s’étaient pas remis. Elle moins que lui. Il ferma les yeux, pris une longue respiration, expira complètement et vida son verre d’un trait, dans l’espoir de remplir ce vide accablant. Oubliant la finale de foot, il quitta rapidement le bistro, pressé par l’urgence de prendre l’air, de s’évader, de fuir, de s’immerger dans l’action pour échapper quelques instants aux pensées obsédantes qui l’assaillaient, tel une nuée de moustiques. En franchissant la porte, il vit une jeune femme rousse qui passait par là, portant à l’épaule, un sac bien rempli d’où émergeait la pointe d’une bouteille de vin. Pour préparer un repas à deux, pensa-t-il. Le toc régulier de ses talons contre le pavé et l’ondulation parfaitement rythmée de ses hanches sous sa robe légère, aucunement déphasée par le poids du sac, lui rappelèrent Jolène, forte et fière. Depuis son départ, elle revenait sans cesse le hanter, comme le signet d’un livre oublié sur le banc d’un parc, qui marque à la fois les pages lues et ce qui reste d’une histoire inachevée.

commentaires
  1. Albertine dit :

    Les souvenirs des êtres aimés se rappellent toujours à nous… Beau texte sur la perte. J’aime beaucoup le style très descriptif.

  2. blogadrienne dit :

    tout vous rappelle l’être aimé, c’est bien vrai…

  3. Vudemeslunettes dit :

    C’est un très joli texte, plein d’émotions … J’espère qu’il pourra être heureux et que Jolène lui laissera un peu de place pour (re)vivre à l’avenir …

  4. adèle dit :

    Jolie nostalgie. Cinq ans déjà, il est temps qu’une de ces inconnues lui sourie …

  5. Un texte poignant et rempli de nostalgie

  6. C’est donc bien court! C’est frustrant ça. C’était dans les consignes de frustrer les lecteurs? Il va lui arriver quoi? La première jeune femme, il va la revoir ou bien celle sur la rue va se révéler sa voisine? Il ne va pas passer le reste de sa vie tout seul quand même? Pierre, please, écris une suite!

    • pierforest dit :

      Comme il y a plusieurs participants à ces ateliers d’écriture et que les textes sont tous publiés en même temps, je privilégie les textes courts. Ce n’est pas une règle formelle, mais c’est disons, une règle officieuse. Dans les concours officiels, il n’est pas rare de voir les textes limités à 1200 ou 1500 mots. C’est quand plus que ce texte-là, j’en conviens. Mais bon, l’objectif n’était sûrement pas de frustrer le lecteur.

      Je ne sais pas trop ce qu’il va lui arriver à Marco. C’est vrai qu’il va devoir éventuellement faire un deuil de son deuil et d’ailleurs, je pense que d’une certaine façon la transition est déjà amorcée, parce qu’il n’est pas complètement enfermé dans sa bulle. Il est sensible au charme des femmes qu’il croise. En fait, je pense qu’il est sorti trop rapidement du bistro et qu’il a oublié son cellulaire sur le comptoir du bar. En y retournant, il s’arrête à la table de cette femme pour lui dire qu’elle lui rappelle quelqu’un. « Ah, voilà une bonne nouvelle », répondit-elle, « C’est bien la preuve que vous ne souffrez pas d’alzheimer » enchaîna-t-elle, un sourire en coin. Marco sourit également, amusé par sa remarque…..(et bon…c’est reparti!) 🙂

  7. Leiloona dit :

    J’aime beaucoup la métaphore finale qui donne toute sa poésie à l’ensemble.

  8. De plus en plus intéressant… je suis très contente qu’il ait oublié son cellulaire!! ;o)

  9. Zoreilles dit :

    Eh que c’est donc bien écrit, j’en prendrais davantage! Quand est-ce que tu t’investis dans un roman? Ça prend du souffle mais t’en as! Un recueil de nouvelles pour commencer ta future carrière d’écrivain ou de scénariste? Il me semble que tu as le don… et le ton!

    Quelle fluidité…

    • pierforest dit :

      @Zoreilles, t’es donc ben fine. Merci, ça me fait chaud au cœur. Écrire un livre est une idée avec laquelle je jongle depuis assez longtemps. Je m’y suis essayé, à quelques reprises, mais un roman complet c’est tout un contrat. Écrire des petites histoires, comme ça, c’est amusant, sans réelles contraintes et ça peut s’écrire d’un trait, mais un roman demande souvent un plan de travail, élaborer l’intrigue, définir les personnages et ces contraintes me tentent moins. Je veux juste m’amuser. Un recueil de nouvelles, ah, là, peut-être…

      • Zoreilles dit :

        Un recueil de nouvelles, oui, c’est ça. Tu devrais… T’en écris une de temps en temps quand l’inspiration te vient, sans contraintes, tu vas au bout de ton imaginaire, tu crées des situations, des décors, des lieux, des personnages. Un jour pas trop lointain, tu les rassembles toutes avec un fil conducteur qui s’est imposé de lui-même au fil de tes écrits, tu trouves un titre évocateur et ça y est, on pourra tous se procurer le premier recueil de nouvelles de Pierre Forest!

        Pour le roman, je suis d’accord avec toi, ça demande beaucoup trop d’investissement de toi-même, un travail colossal et tellement structuré, organisé, concerté, mais tu dois continuer de t’amuser en écrivant pour qu’on puisse s’amuser nous autres aussi en te lisant!

        Si les maisons d’édition se font frileuses (elles ont d’excellentes raisons de l’être, c’est un domaine tellement difficile) publie à compte d’auteur, tu seras le maître d’œuvre!

        Je te le souhaite sincèrement, t’as tout ce qu’il faut et tu aimes aller au bout de tes rêves…

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