La mémoire du corps

Publié: 29 décembre, 2015 dans L'essentiel, motivation, plaisir

Sois prudent, me dit mon genou, n’abuse pas des kilomètres, sinon je n’irai plus faire de jogging avec toi. Ne soulève pas de poids trop lourds, me raconte mon coude, je te rappelle que tu m’as déjà blessé, l’année dernière, en tombant à la renverse et en me frappant contre le coin de la moulure.

genou

– Oui, oui vous deux, du calme, je ne vous oublie pas. D’ailleurs, je ne vois pas comment je pourrais, puisque que vous me rappelez régulièrement à l’ordre.

Le corps guérit, mais il n’oublie pas.

En 2008, lors de ma dernière randonnée sur le Chemin de Compostelle, je me suis blessé à un genou. J’avais bêtement frappé avec ma botte une roche qui saillait sur le chemin. Une petite douleur est alors apparue et elle a persisté, puis s’est amplifiée progressivement. Il ne nous restait que 100 kilomètres à parcourir, je n’allais tout de même pas arrêter et d’ailleurs, une fois mon genou bien réchauffé, ça n’allait pas si mal. Et puis il y a également eu cette gentille dame, qui parcourait le chemin avec nous et qui me voyait sautiller un peu à chaque pas. Elle m’avait offert des anti-douleurs (attention, ils sont forts, m’a-t-elle dit). J’ai donc pu parcourir un autre 75 kilomètres sans trop souffrir. Le matin du dernier jour, alors qu’on était à peine à 25 kilomètres de Saint-Jacques-de-Compostelle, mon genou a refusé de suivre. Même réchauffé, même avec les anti-douleurs, lui, avait décidé que c’était assez. Parfois la volonté ne suffit pas, il faut aussi écouter son corps. Nous avons donc fait les derniers 20 kilomètres en taxi. C’est dommage, parce que l’arrivée au pied de la cathédrale après cette longue randonnée est une expérience inoubliable, c’est l’aboutissement d’un projet, le couronnement de l’aventure.

Depuis, si je marche plus d’une dizaine de kilomètres, quelques jours d’affilé, mon genou me signale que j’en fais trop. Idem, si je me laisse entraîner par le plaisir et que j’étire un peu trop le parcours de jogging. Ça ne me limite pas spécialement dans mes activités, disons que ça me limite dans les abus et on le sait, ce sont eux qui sont à l’origine de beaucoup sinon de la plupart de problèmes de santé. Une fois un certain seuil atteint, il en restera des séquelles avec lesquelles on devra composer pour le reste du chemin.

En même temps, vivre trop prudemment, ce n’est pas vivre au sens où je  l’entends. L’important n’est pas forcément d’être là très très longtemps, mais d’avoir plutôt fait bon usage du temps qu’on a reçu.

commentaires
  1. Solange dit :

    C’est difficile de se résoudre à diminuer certaines activités. Mais vaut mieux être à l’écoute de son corps si on veut être actif plus longtemps. Meilleurs voeux de bonheur à toi et à ta famille pour la nouvelle année.

  2. Zoreilles dit :

    Referas-tu un jour les derniers kilomètres de marche pour boucler la boucle et ressentir en différé la satisfaction d’avoir accompli tout ce chemin de Compostelle?

    Quant à notre corps qu’il faut écouter aux premiers signaux sinon il nous crie par la tête (la crainte c’est le début de la sagesse disait l’un de mes anciens patrons!…) ah ben là, on a le même âge!

    Jogging? Pas pour moi, non merci. Marche? Ça marche très bien pour moi! Mon activité physique préférée depuis 3 ans? Natation, 3 fois par semaine, une heure à chaque fois. Jamais de douleur, aucun risque de blessure, ça me convient. Les sports d’équipe me manquent, l’aspect social surtout, j’ai dû renoncer à la suite de blessures.

  3. pierforest dit :

    @Solange: Quand on tout jeune, on peut faire toutes sortes de folie, c’est la volonté qui mène et le corps suit, puis on comprends que ça doit être un équilibre. Si on veut travailler en équipe et qu’on ne peut changer les joueurs, il faut y aller au rythme du petit dernier.

  4. pierforest dit :

    @Zoreilles: J’ai fait le Chemin jusqu’au bout une première fois en 2006, alors je ne reste pas avec un sentiment très fort de truc non complété. En 2006, quand j’y suis allé, ma mère marchait à mes côtés. Elle avait 70 ans. Ma plus jeune aimerait qu’on y retourne, père et fille éventuellement, Elle m’en reparle souvent. C’est probablement dans ce contexte que j’y retournerai. Ce sera comme une autre sorte de tradition. 🙂

    • Zoreilles dit :

      Alors vive la tradition! Je te souhaite de le refaire père-fille mais réalises-tu la chance que t’as de l’avoir fait mère-fils? Ta maman est un phénomène, pas du tout du genre à se laisser prendre en charge, bien au contraire. Elle est jeune de cœur et d’esprit, je le comprends à travers tes mots.

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