Souvenir de pêche

Publié: 31 janvier, 2016 dans Bonheur, famille, Juste du bonheur, plaisir
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pecheblancheFlotte dans l’air, l’odeur agréable de bois brûlé qui s’échappe par la petite cheminée des cabanes à pêche. Tout autour, c’est blanc, éclatant et dès que le soleil se met de la partie, on est forcé de plisser les yeux devant cette éblouissante lumière. Le calme domine. Au loin, on entend à peine les bribes de dialogue d’autres pêcheurs, ou leurs éclats de joie quand ils ont une belle prise. Ce qui domine, cependant, c’est le silence et évidemment, le bruit de nos bottes de skidoo qui crounchent dans la neige. On est à Venise-en-Québec. On est venu pêcher sur la glace.

J’ai probablement 9 ou 10 ans. Mon père a loué une cabane pour la saison et on y vient à presque tous les weekends. J’aime ces journées hors du temps. Quand on arrive à la cabane, c’est toujours un peu le même rituel. On débarre le gros cadenas qui verrouille la porte de la cabane et on entre y déposer la glacière dans laquelle ma mère y a mis nos lunchs pour la journée. Puis, mon père allume un feu dans le poêle à bois. Peu après, à l’extérieur de la cabane, il envoie la main au responsable du site qui passe régulièrement avec son camion pour lui commander une douzaine de trous. Le monsieur au teint basané, casquette à oreilles rabattues, cigarette au bec et habit de skidoo une-pièce descend avec sa bruyante perceuse au gaz pour aligner deux rangées de 6 trous près de la cabane. C’est $1 le trou. Il perce des trous cylindriques d’une profondeur de 60 à 70 centimètres et d’une vingtaine de centimètres de diamètre. Dès qu’il perce complètement la glace, l’eau s’engouffre par le trou, remonte rapidement à la surface et déborde légèrement sur la glace. Il passe au trou suivant. On installe ensuite les brinbales, en les piquant dans la neige et en la renforçant d’un petit monticule de neige crystalisée. Avec une grosse passoire, on soulève les ménés dans la chaudière et on en prend un dont on transperce le dos avec l’hameçon, juste sous l’aileron dorsal pour qu’il reste bien vivant et paraisse appétissant pour les prédateurs. On descend ensuite la ligne dans le trou à bonne profondeur, mais sans toucher le fond. L’appât ira nager là sous la glace. Puis, l’attente débute. On sort les chaises de parterre quadrillées de bandes plastifiées jaune ou verte, qu’on appuie dos à la cabane et on s’y installe. Au bout d’un certain temps, on se lève pour une tournée de déglaçage. On prend la passoire de la chaudière à ménés et on s’en sert pour enlever la glace qui commence à se former à la surface des trous. Il faut éviter que ça ne gèle.

Il y a deux scénarios qui ne présentent quand le poisson mord. Soit on voit une brinbale sauter légèrement, soit on la voit carrément piquer du nez. Dans le premier cas, on se lève et on approche lentement de la brinbale. On prend la ligne à main nue et au moment opportun on donne un petit coup sec pour accrocher le poisson. Dans l’autre cas, quand la ligne pique du nez, on part à la course pour remonter le poisson. De la perchaude, du crapet soleil, parfois de l’achigan et plus rarement du brochet. Du poisson que l’on ramenait et que mon père arrangeait en filet de retour à la maison. J’aimais le poisson, pas les arêtes, mais j’adorais la pêche sur la glace. Que de beaux souvenirs.

commentaires
  1. pierforest dit :

    @Josie: Des souvenirs peu coûteux mais tellement précieux. Merci de ta visite.

  2. Zoreilles dit :

    De beaux souvenirs que tu décris bien et qui font toujours partie de nos activités hivernales par ici. Les rituels entourant la pêche blanche, je n’aurais jamais pensé à les décrire mais tu as eu une merveilleuse idée de le faire, c’est si agréable à lire et à vivre.

    Dans ma région, quelques nuances cependant, juste pour te dire qu’on est au pays des grands espaces :

    1) On ne verrouille jamais la cabane à pêche, ça peut sauver des vies et en plus, il n’y a rien à voler là-dedans à part quelques brimbales et la pelle à trous pour le déglaçage. Bien sûr, on laisse toujours dedans des allumettes et quelques bois secs avec des écorces de bouleau à côté du mini poêle à bois.

    2) On n’entend pas d’autres voix que les nôtres, on est tout seuls dans notre secteur sur notre plan d’eau et si quelqu’un vient installer sa cabane trop près, on le trouve effronté et envahisseur, on s’empresse de déménager, nos cabanes sont sur des skis, elles sont faites pour déménager!

    3) On a droit à 5 lignes à l’eau pour chaque permis de pêche. On appâte avec des menés morts… et congelés, la plupart du temps des éperlans. Quand ça mord, c’est un brochet ou un doré au bout de la ligne mais ça arrive souvent qu’on l’échappe.

    Au bout de la journée, si elle a été fructueuse, le plaisir est le même, y a rien de meilleur que du poisson frais pêché!

  3. pierforest dit :

    @Zoreilles: Le nombre de lignes permises a sûrement été restreint avec le temps, je pense. À l’époque, on regardait pas trop ça.

    Je me souviens d’une fois où mon oncle avait attrapé un brochet trop gros pour passer par le trou. À contre-coeur, il avait dû le libérer. C’était vraiment une belle prise. Je suis surpris pour les ménés morts. À Venise-en-Québec, en tous cas, je pense que tout le monde prenaient des ménés vivants.

  4. Une femme libre dit :

    Je connais bien ça les cabanes de pêche à Venise-en-Québec, tu sais qu’on y avait un chalet. C’est super bien décrit en tout cas! C’est tout à fait comme ça que ça se passait!

  5. pierforest dit :

    UneFemmeLibre: Oui, je me souviens que tu as mentionné que vous aviez un chalet dans la Pointe-à-Jameson. Pour nous à l’époque, ces chalets-là, c’était pour les riches. 🙂

  6. Ben non, c’était sur l’avenue Venise! Un petit shack sans douche (on se lavait au lac dans ce temps-là, comme tous nos voisins!) et l’hiver quand on allait à la pêche à la glace, eh bien… on ne se lavait pas! ;o) On gardait ça pour le retour en ville eheh!

  7. Solange dit :

    J’imagine que ça devait être bien agréable, je n’ai jamais fait ça, mais tous les hivers on voyait des pêchers sur le bord de la rivière des Prairies qui s’installaient quelques cabanes.

  8. pierforest dit :

    @UneFemmeLibre; Ok. L’avenue Venise était un peu moins glamour, plus près du genre de chalet qu’on avait nous aussi. Avec une fréquence de lavage similaire. 🙂

  9. pierforest dit :

    @Solange: Il n’est jamais trop tard pour l’essayer.

  10. nanoulaterre dit :

    Un beau rituel tout en souvenirs que tu nous racontes là Pierre! Et moi qui pensais qu’on creusait un trou avec un genre de marteau et qu’on gelait toute la journée! Et bien, avec tes souvenirs, tu me donnes le goût d’essayer ça, au moins une fois…

  11. pierforest dit :

    @Nanoulaterre: Je t’encourage à l’essayer, mais assures-toi que la glace est solide. Nos hivers ne sont plus ce qu’ils étaient.

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