Méritocratie

Publié: 29 juin, 2016 dans Politique, Réflexions, Société

À vivre dans un pays libre où règne une paix et une sécurité relative et où les guerres se font essentiellement avec des mots ou sur une patinoire, on oublie souvent que la démocratie est un des piliers de notre société. On l’oublie au point où aller voter devient pour plusieurs une corvée plutôt qu’un privilège. Voter pour l’un ou pour l’autre, c’est souvent du pareil au même se dit-on, dans la mesure où ça a peu d’incidence sur notre quotidien.

Pourtant, au départ, la démocratie, c’est le pouvoir du peuple de décider des règles qui le gouverne et de s’y soumettre au terme d’un vote majoritaire. C’est ça la démocratie. Se soumettre à un résultat contraire à nos convictions mais souhaité par une majorité lors du vote, n’est pas nécessairement facile, mais c’est ce qui assure la paix civile et sociale. Bafouer ces règles, c’est s’exposer à une révolte du peuple.

Dans le contexte de résultats serrés lors d’un vote, la participation fait toute la différence. Il y a quelques années, dans ma région, un maire avait été élu avec une seule voix de majorité. Un seul vote et ce, après recomptage. La démocratie avait parlé et le maire s’est senti pleinement justifié d’exercer le rôle que lui avait confié sa population. Après coup, tout ceux qui n’avaient pas voté ont pris conscience du pouvoir qu’il aurait pu exercer pour faire pencher la balance en faveur de l’autre candidat. Dans ce cas particulier, ce fut tout de même positif, puisque le maire fut réélu lors de l’élection suivante, 4 ans plus tard.

Dans le vote sur le Brexit, 72% de la population votante a exercé son droit de vote. Il y avait donc 28% des gens pour qui, rester ou sortir de l’Union Européenne n’avait apparamment aucune incidence sur leur quotidien, du moins c’est ce qu’ils croyaient. Les conséquences de nos décisions n’apparaissent parfois que plus tard, parfois trop tard.

L’Union Européenne a maintenant intérêt à ce que le Royaume-Uni s’écroule économiquement en quittant. S’il en est autrement, c’est l’Union Européenne qui éclatera de toutes parts. Mais d’une façon comme de l’autre, c’est une crise économique qui pointe à l’horizon.

Reste à voir si on bafouera les règles démocratiques pour se sortir de cette situation périlleuse, au risque de déclencher la révolte du peuple.

Peut-être, après tout, vit-on dans une méritocratie, parce qu’au final, on a toujours ce qu’on mérite.

commentaires
  1. Grand-Langue dit :

    Très intéressant votre billet, comme toujours. Je crois aussi que lorsqu’on connaît un tant soit peu les enjeux, il faut aller voter, Tant de gens croient à tort que ce n’est pas important d’aller voter. Ils se trompent (même si parfois on pourrait se poser des questions).

    Néanmoins, j’ai compris, ou plutôt on m’a fait comprendre ces dernières années qu’il y a une partie de la population qui ignore TOUT de notre système politique, de l’actualité. J’ai rencontré des gens avec un secondaire V complété qui pensaient que la Gaspésie était une province et que c’est au Québec! J’ajouterai qu’en apparence, ces gens semblaient normalement informées.

    Des tas de gens n’ont aucune idée de ce qu’est l’Union Européenne. Alors quand on tombe dans les subtilités! Trump lui, il sait le niveau intellectuel moyen et que d’idioties il peut dire mais pour bien des gens, c’est plein de bon sens! Les gens comme Trump sont à craindre.

    On fait un mur entre les US et le Mexique? « Bravo excellente idée! » « Au moins lui il dit les vraies affaires! ». Personne ne songe un instant que le Mexique est le premier partenaire économique des USA. Qu’adviendrait-il si le président mexicain déclarait: « On n’achète plus rien des Américains ».

    Plusieurs personnes sont incapables d’une réflexion sociale. Alors je me dis qu’il doit bien y avoir 28% des Anglais qui ne savaient pas sur quoi portait le referendum! Quand on ne connaît rien et qu’on écoute quelques mots des débateurs… on s’étourdit. Je me dis qu’au moins, ces gens ne voteront pas au hasard.

    Ça me déprime tout çà. Suffit d’échanger quelques mots avec des gens qui ne sont pas dans notre entourage immédiat pour réaliser qu’on surestime la compréhension qu’ils peuvent au sujets de certains enjeux. Si quelqu’un ignore ce qu’est une province, une capitale, le Fédéral, un parti politique, un chef de parti vs un chef de pays, un premier ministre vs un sénateur… vaut peut-être mieux de rester chez soi le jour des élections! La démocratie est un concept abstrait, pas facile pour tout le monde de comprendre ça.

    Quand je pense aux marginaux, à ceux et celles qui quêtent sur la rue, à tous ceux et celles qui sont atteints de maladies mentales ou physique, aux gens très âgés qui ont perdu leur capacité d’analyse, aux gens qui sont dans la dèche et que d’autres soucis assaillent… peut-être que 28% d’abstention c’est pas si mal.

    Grand-Langue

  2. pierforest dit :

    @Grand-Langue: Quand je vois les difficultés que connait l’Union Européenne, je repense à l’empire romain qui s’étendait sur un territoire énorme. Il incluait tous les pays bordant la mer Méditérranée, l’Europe actuelle, le nord de l’Afrique, le moyen-orient, une partie de l’Asie et on y maintenait par la force, une paix relative et des règles communes qu’on avait imposé à tous. Ce n’était pas une démocratie, davantage une dictature et en fait, la différence fondamentale tient au fait qu’on y retrouve une élite qui décide et impose les règles à la population. Dictature, monarchie, communisme ou socialisme, on joue dans les mêmes eaux: Ce n’est pas le peuple qui décide. Selon les systèmes on le fait pour le peuple ou pas, mais dans tous les cas de figure, l’élite en profite pour s’enrichir.

    À une époque pas si lointaine, on interdisait aux femmes de voter sous prétexte qu’elles pourraient annuler le vote de leur mari. En somme, c’était de dire que puisque les femmes ne comprenaient pas bien les enjeux politiques, elles ne devraient pas voter. Cependant, dès qu’on ouvre la porte à ce genre de critère, ça peut facilement déraper. Devrait-on interdire le vote à ceux qui n’ont pas la compréhension du système? Devrait-on avoir un examen de passage permettant de devenir un voteur autorisé? Dès qu’on prend cette route, on revient forcément à une forme d’élitisme et on retombe dans les mêmes problèmes.

    Cette idée que seule une élite peut comprendre les enjeux et doit imposer les décisions au peuple est contraire, à mon sens, au concept véritable de démocratie. Dans une vraie démocratie, un peuple de cons prendra des décisions de même nature et devra en assumer les conséquences. Le peuple est roi et c’est le degré de connaissances et de compréhension des enjeux de la majorité qui rendra la société folle et guerrière ou paisible et prospère.

    En ce sens, dans un système démocratique, si on voulait vraiment améliorer les choses, on miserait systématiquement sur l’éducation de la génération à venir.

  3. pierforest dit :

    Pour une élection normale, c’est vrai que le taux est même inférieur à 72%. Lors du référendum, par contre, si je me souviens bien, c’est 94% des gens qui ont voté.

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