Questions sans réponse

Publié: 6 novembre, 2016 dans Écriture, Bonheur, Réflexions, Société

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Julien Ribot, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

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– Je fais un rêve étrange depuis quelques temps docteur. Je me retrouve devant une vieille maison délabrée et j’entends une voix d’enfant en détresse qui appelle de l’intérieur. Je tente désespérément d’ouvrir le gros portail, sans y parvenir alors que ces cris persistent et prennent toute la place. Je m’éveille ensuite en sueur, le coeur battant. J’ai fait trois fois ce rêve depuis jeudi dernier. Exactement le même rêve. Croyez-vous que ce soit une vision ou quelque chose du genre?

– Non, je ne crois pas. À travers les rêves, le subconscient s’exprime généralement en parabole. Il utilise des images de votre quotidien pour construire des scénarios représentatifs de ce qui vous préoccupe.

– Mais je n’ai jamais vu cette maison.

– Je comprends. Elle peut cependant être une reconstruction d’un souvenir d’enfance qui vous effrayait ou vous perturbait et dont les émotions vécues à l’époque s’apparentent à une situation que vous vivez maintenant. Est-ce que vous vivez une situation difficile actuellement, au travail ou à la maison?

– Honnêtement, rien qui sorte de l’ordinaire. Chaque jour ressemble au précédent.

– L’image est peut-être à un autre niveau. L’enfant qui crie pourrait être une partie de vous qui est enfermée dans votre quotidien et qui demande de l’aide pour être libérée. Ces journées répétitives qui se ressemblent toutes correspondent-elles à ce que vous aspirez dans la vie?

– Je ne me suis jamais trop posé la question. J’ai un travail un peu répétitif, mais sans stress qui me permet de vivre convenablement. Je vis seul avec mes chats Zoé et Bertrand. Je n’ai pas de problèmes de santé, j’ai un appartement sobre répondant à mes besoins et à mon budget et jusqu’à la semaine dernière, je dormais relativement bien. Si ce n’était de ces mauvais rêves, que demander de plus dans la vie?

– Si ça vous convient, c’est ce qui compte. La caractéristique répétitive de votre rêve est toutefois un peu préoccupante. Habituellement, elle est liée à un choc émotionnel important, à des émotions insupportables qui résultent d’un épisode violent ou traumatique et qui n’ont pu être intégrées parce que trop soudaines. La répétition permet à votre conscience de les apprivoiser et guérir progressivement si on peu le dire ainsi.

– Je n’ai rien vécu du genre.

– Ça peut aussi être par association. Parfois ce sont simplement des images vues à la télé ou sur internet qui génèrent un choc.

– Docteur, je n’ai pas internet et j’écoute très peu la télé. Je préfère lire de la poésie. Quoi qu’en y repensant, il y a bien cette histoire d’enlèvement d’enfants dont on parle depuis quelques temps et que je trouve vraiment terrible. De si jeunes enfants. Vous croyez que ça pourrait être lié à ça?

– C’est très possible en effet. C’est une affaire qui en perturbe plus d’un. Dites-vous cependant que nos forces policières travaillent d’arrache-pied sur cette affaires et qu’ils feront l’impossible pour les retrouver.

– Espérons-le. D’accord, Merci Docteur.

Dans les semaines qui suivirent, Paul eu encore ce cauchemar à répétition mais il garda tout cela pour lui. Le soir, après le travail, il arpentait souvent les rues, cherchant cette fameuse maison, mais sans résultat jusqu’à ce qu’il apprenne, le soir du 11 novembre que les enfants avaient enfin été retrouvés. Bien que mal en point, ils étaient tous vivants. Quel soulagement. La population pourrait enfin reprendre sa vie normale et permettre à nouveau aux enfants de retourner jouer au parc. Le prédateur, un homme dans la soixantaine discret et peu connu du voisinage, les avait enlevés et enchaînés à la cave pour une raison qu’il restait à élucider. Le choc pour Paul, fut d’apprendre qu’il s’agissait d’Armand Duteuil, un de ses collègues de travail.

commentaires
  1. […] via Questions sans réponse — Des flocons de bonheur […]

  2. Albertine dit :

    Texte assez glaçant. Je vais regarder mes collègues d’un autre œil …

  3. Leiloona dit :

    Wow … eh bien, mais alors il aurait une sorte de fluide ? 😮

  4. Jos dit :

    Pierre : Paul, voulait connaître la raison de son rêve…mais est-il satisfait de se découvrir visionnaire ? Belle histoire à laquelle la chute apporte à la fois un côté extraordinaire et terrible. Merci.

    • Pierre dit :

      @Jos: En fait, la question reste entière. Il pourrait se croire visionnaire, mais l’est-il vraiment. Puisque le prédateur est un collègue de travail, aurait-il pu décoder des éléments du langage non-verbal, ou entendu un commentaire qui aurait pu lui faire croire que ce soit lui. Peut-être que celui-ci aurait aussi parlé de sa maison, lors d’une discussion banale. Toutes les options restent ouvertes. N’empêche, la conviction d’avoir un don doit être lourde à porter, parce qu’elle vient habituellement avec une certaine responsabilité d’en faire bon usage.

  5. Idée originale d’intégrer cette maison dans un rêve décortiqué par un psy.
    Paul semble être une forme de médium… perso ça me ferait peur…

  6. Aragonne dit :

    La suite, la suite ! Qu’est-ce qui arrive après?

    • pierforest dit :

      @Aragonne: Plusieurs suites différentes sont possibles. Il pourrait avoir d’autres visions, ce qui confirmerait son don, mais si j’avais à écrire la suite, je pense que je laisserai planer le mystère. Pas de nouvelles visions et en même temps la culpabilité de n’avoir pas rien fait. Tenter de comprendre si ça pourrait s’expliquer rationnellement, s’il avait vu une photo de la maison de son collègue de travail ou s’il en avait entendu parlé. L’histoire pourrait aussi nous en dire davantage sur le prédateur, s’il avait fait d’autres victimes, sur la maison. Qui sait, peut-être même que Paul, tiraillé par les questions sans réponse se serait introduit dans la maison, pour tenter de comprendre. Peut-être aurait-il découvert également un secret bien caché au fond de cette vieille maison. Il aurait pu enquêter personnellement et en amateur sur ce prédateur, qui il était, qui étaient ses parents, quelle a été sa jeunesse, bref, il y avait quand même assez de matériel quand j’y pense, c’est juste que je n’ai pas ce qu’il faut pour écrire des histoires complètes, mais qui sait, ça viendra peut-être un jour. Merci de ta visite.

      • Aragonne dit :

        Au contraire tu as tout ce qu’il faut. Tu viens juste de faire un plan de rédaction. Suis ton plan c’est tout. Un chapitre à la fois, un paragraphe à la fois.

      • pierforest dit :

        @Aragonne: Toi tu as la plume facile. J’ai lu ce que tu as écrit et j’ai l’impression que lorsque tu te lances, tu peux écrire des pages et des pages d’une seule traite. Je n’ai pas cette facilité, mais je me dis que c’est sans doute quelque chose qui se développe avec le temps.

  7. Zoreilles dit :

    Ton texte est captivant du début jusqu’à la fin, tu as du souffle! Pourquoi tu n’en ferais pas un recueil de nouvelles? Tous les ingrédients sont là et ton imaginaire est débordant. Il suffirait qu’il y ait un fil conducteur entre chacune d’elles et je verrais bien que chaque histoire vienne démontrer que Paul se rend compte petit à petit qu’il a une sorte de don puisqu’il fait des rêves prémonitoires.

    Ça fait peur de se rendre compte qu’on a un don. Je crois pourtant que si on analyse rationnellement ce phénomène, ce n’est qu’un mélange de mémoire, d’écoute et d’intelligence émotionnelle.

    J’ai trouvé très intéressante la discussion entre Paul et son « docteur ». C’est la partie science-fiction de ton histoire!

    • pierforest dit :

      @Zoreilles: C’est super gentil ce que tu me dis là. J’ai tenté d’écrire quelques histoires plus longues que les 600 à 800 mots des ateliers, mais on dirait que dès que j’étire un peu, j’ai l’impression que ça tombe. Cependant, de ces petites histoires à des nouvelles qui feraient autour de 1400 ou 1500 mots, le saut est possible. Je suppose que ce serait une progression possible. Ce que j’aime de ces ateliers, c’est de voir à quel point à partir d’une image qui ne nous inspire rien du tout au départ, on peut arriver à en tirer quelque chose et puis ça permet de pratiquer les styles de passer de la narration à la troisième personne au « je » ou au dialogue. C’est très amusant.

      Pour l’histoire de Paul, je suis assez d’accord avec ta vision des choses: Mélange de mémoire, d’écoute et d’intelligence émotionnelle. Dans son cas, puisqu’il avait côtoyé le prédateur ce serait très plausible.

  8. sabariscon dit :

    J’aime beaucoup ce dialogue avec le psy et l’histoire de ce type qui se croit ordinaire et qui se retrouve quasiment visionnaire.

  9. Oh j’aime cette chute ! Et quel personnage ce Paul sans parler de ce drôle de rêve, en quelque sorte prémonitoire. Brrr c’est effrayant.

  10. Benedicte D. dit :

    Qu’il est intéressant ce dialogue entre le psy et cet homme qui ne présente aucuns symptômes hormis ce rêve récurrant !….On perçoit bien le desarroi du psy qui n’arrive pas à mettre Paul dans une case satisfaisante qui expliquerait tout !!!…Paul avait les éléments de base pour avoir ce rêve, ces enlèvements d’enfants…Pour la maison tu ne nous dit pas si celle du ravisseur pourrait ressembler à celle des rêves….C’est pourtant ce qui pourrait faire de Paul un médium, au lieu de l’homme sensible et bon qu’il semble être tout simplement….

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