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IMG_1087On l’appelait Simon-les-nuages.

Il était lunatique et plutôt distrait, mais la véritable raison de ce surnom lui venait d’une fascination quasi obsessionnelle pour les nuages. On s’était habitué, à Sainte-Marthe-des-pas-perdus, à le trouver en position horizontale, couché dans les champs, sur un banc de parc ou n’importe où et observant le ciel pendant des heures.

Simon aimait regarder les nuages se former et se déformer et la rumeur voulait même qu’il entretienne un dialogue céleste, questionnant l’univers et interprétant les réponses par la forme et le mouvement des nuages.

C’était un original, un sage un peu fou et connu de tous pour ses extravagances.

Par une curiosité du destin alors qu’il était encore enfant, Simon hérita entièrement de la fortune d’un vieil oncle excentrique, ce qui le mit très tôt à l’abris du besoin. Il n’eut donc pas à gagner sa pitance comme la plupart des gens et il pu ainsi consacrer tout son temps à sa passion: observer les nuages. Il s’impatientait cependant lorsque pendant des jours et des jours, le ciel s’obstinait à demeurer d’un bleu immaculé. Aussi, après une de ces longues périodes de ciel dégagé, il prit la décision un peu folle de créer ses propres nuages.

Pour construire sa fabrique à nuages, il embaucha des chercheurs, des spécialistes, des techniciens, des gestionnaires et des opérateurs parce qu’un tel projet ne se réalise jamais seul. Il y consacra une importante part de sa fortune. Son directeur financier s’inquiétait d’ailleurs du modèle d’affaires atypique de l’entreprise sans objectif de profitabilité, sans revenus récurrents, mais avec des dépenses qui s’accumulaient et continuaient à rogner la fortune héritée du vieil oncle. Fatalement, un jour viendrait où Simon aurait épuisé son héritage et son directeur financier, en homme de chiffres et en conseiller avisé, voulait assurer la pérénité de l’organisation, mais Simon ne voyait aucun intérêt à ces discussions centrées sur les flux monétaires. Ce qui l’intéressait, c’était les nuages, uniquement les nuages. Ce fut donc pour lui un immense plaisir, après trois années de dur labeur, d’échecs et de recommencements, de mettre enfin la machine en marche et voir ses premiers nuages flotter paresseusement sur fond de ciel bleu. Il n’était donc plus à la merci des beaux jours prédits par Miss météo.

L’usine grouillait d’activité dès que le ciel s’annonçait dégagé. Les pompes se mettaient bruyamment en marche, tirant l’eau d’un puit profond, la réchauffant à haute température pour la transformer ensuite en vapeur que l’on mêlait à un savant mélange de crystaux et minéraux avant de libérer ce joyeux cocktail dans le ciel par une gigantesque cheminée qui dominait l’horizon. Ce mécanisme avait été élaboré par Célestin, son Directeur de Recherche qui s’était joint à lui avec enthousiasme dès le début du projet. Célestin était une source intarissable d’information sur les nuages. Il en avait d’ailleurs fait sa thèse de doctorat. Il connaissait tout, absolument tout sur les nuages et ses travaux avaient fortement contribués à l’élaboration de la machine à nuages. Simon aimait échanger avec Célestin, notamment pour leur passion commune.

Un après-midi, après un lunch un peu plus arrosé qu’à l’habitude, Célestin confia à Simon quelques souvenirs de son enfance dans ce petit village au nord du Tchad en bordure du Sahara.

– Là-bas, dit-il, l’eau est une ressource absolument rarissime. Quand, poussés par les vents, quelques timides nuages gris passaient au-dessus de notre village, nous sortions tous de nos cases, mes frères et soeurs, pour les observer, en priant le ciel pour qu’ils vident leur précieux contenu sur les champs rachitiques de notre père. Malheureusement ça ne se produisait qu’exceptionnellement. J’étais fasciné par cette capacité des nuages à susciter une joie immense et des rires quand ils arrosaient nos champs et j’aurais voulu connaître les mots justes pour qu’ils répondent toujours à mes prières. Évidemment, tout cela n’est pas aussi magique, mais quand on est enfant, tout nous semble possible. Et puis j’ai pu, grâce à l’aide humanitaire d’organisations chrétiennes, aller à l’école et en apprendre plus sur la nature en général. J’étais passionné par les sciences et comme j’étais assez doué, j’ai reçu par la suite différentes bourses qui m’ont permises de poursuivre des études supérieures et finalement compléter un doctorat en climatologie ici-même, à l’université de Montréal.

Après une pause, où il semblait regrouper ses idées, Célestin reprit.

– Au Tchad, certains l’ignorent, mais sous le désert du sahara se cache une immense réserve de millions et de millions de kilomètres cubes d’eau fossile. Malheureusement cette précieuse ressource est piégée dans le sol. La nappe aquifère nubienne, comme on l’appelle, est située à plusieurs centaines de mètres sous le sol du désert. Imaginez monsieur Simon, des dizaines de millions de mètres cube d’eau douce, juste là sous nos pieds, de quoi rendre le pays autonome, alors qu’en surface on peine à s’abreuver. D’autres pays, tel l’Arabie Saoudite ont réussi l’exploit dans les années 50 en forant un puit de plus d’un kilomètre de profondeur pour atteindre la nappe aquifère. Ce fut suffisant pour rendre le pays auto-suffisant en légumes, fruits, poulets, produits laitiers et même en faire l’exportation. La Lybie a aussi investi dans un projet titanesque de mer sous-terraine tirant son eau de la même source, mais au Tchad rien de tout cela n’a été entrepri faute de fonds. Je me suis dit que ce serait formidable de pouvoir extraire cette eau, la ramener en surface et la propulser dans le ciel avec une usine comme la vôtre, pour que les nuages, poussés par les vents la redistribue partout au pays. Ma terre natale reverdirait et le désert du Tchad ne serait plus cette terre aride que l’on connaît aujourd’hui. Mon peuple retrouverait sa fierté et sa pleine autonomie, libéré de cette dépendance que nous avons face à l’aide internationale.

– C’est un beau projet en effet, dit Simon et c’est tellement dommage de n’avoir qu’un ciel sans nuage. Pourquoi personne n’a-t-il réalisé ce projet?

– Oh, vous savez monsieur Simon, ces grands projets qui changent le destin d’un pays sont toujours problématiques, parce qu’ils altèrent fondamentalement les règles géopolitiques. Les bouleversements sociaux sont toujours périlleux et généralement les organismes internationaux et les puissants de ce monde cherchent à les contenir. Le Tchad a d’intéressantes ressources pétrolières, plus au sud, mais ces ressources ne sont pas exploitées au bénéfice du peuple. Les compagnies étrangères et quelques dirigeants s’enrichissent, mais le peuple n’en profite pas. Si la population n’avait pas à consacrer toute son énergie uniquement pour subsister et survivre de peine et de misère, je suis persuadé que l’on voudrait nationaliser ces ressources, mais cela nuirait grandement aux visées capitalistes de ces puissantes compagnies qui exploitent nos ressources pétrolières. Il y a, je crois, un intérêt financier à maintenir la population dans une certaine pauvreté parce qu’un estomac vide tient loin des préoccupations politiques.

– C’est là un jugement bien lourd de sens, répondit Simon après un moment de silence.

– Oui, je sais, dit Célestin. Je vous le dis à vous, mais je ne sais pas si j’aurais le courage de le dire haut et fort dans mon pays. Je pense qu’on me ferait taire.

– Vous savez quoi, Célestin, votre histoire m’intéresse. Laissez-moi y réfléchir.

Dans les jours qui suivirent, Simon disparu. Durant deux semaines entières, on s’inquiéta de ne le voir nulle part, même pas sur son banc au parc, puis il refit surface le matin du 16ième jour. Il fit le tour de l’usine comme si de rien n’était, saluant tous et chacun, puis convoqua Célestin dans son bureau. Ils discutèrent de façon animée pendant plus d’une heure, porte fermée avant que Célestin n’en ressorte, un grand sourire aux lèvres. Le projet était lancé.

Simon avait initié le plus grand projet de socio-financement jamais vu de l’histoire de ces plateformes numériques. L’objectif était d’amasser 1 milliard de dollars durant les 30 jours imposés pour atteindre la cible de socio-financement. C’était très ambitieux, mais la démesure du projet fit rapidement le tour des médias sociaux de sorte que plus de 300 millions de personnes de partout sur la planète versèrent cinq dollars chacun pour devenir actionnaire d’une titanesque usine qui serait construite au Tchad, aux portes du désert du Sahel. Ce usine à fabriquer des nuages visait à transformer en quelques années, la zone désertique du pays en une vallée verdoyante, comme l’avait rêvé Célestin. Une usine dix-huit fois plus grande que celle déjà construite et qui servirait de modèle. Elle puiserait son eau à même la nappe aquifère nubienne et serait alimentée en énergie par un immense champ de panneaux solaires servant à la rendre autonome. Les coûts d’entretien, un peu plus de 200 millions annuellement, seraient assumés par les actionnaires eux-même, mais ce qui, au final représenterait moins d’un dollar pour chacun d’entre eux. En contre-partie, au fur et à mesure que le pays reverdirait, on planterait 300 millions d’arbres, un par actionnaire et leur geolocalisation précise serait affichée de même que le nom de leur bienfaiteur sur GoogleEarth. Cette couverture verte auraient également pour fonction de retenir l’eau retombée des nuages et nourrir le sol. Ce projet à la fois colossal et excentrique, suscita un engouement immense, mais aussi de nombreuses levées de bouclier, comme l’avait prédit Célestin.

Des politiciens annoncèrent rapidement qu’ils redoutaient l’impact économique et géopolitique d’un tel projet qui leur paraissait largement improvisé. Les pays qui puisaient déjà l’eau de la nappe aquifère nubienne s’y opposèrent également. Des scientifiques s’inquiètèrent de l’impact de ces bouleversements à venir sur les vents, sur le climat, sur la faune locale. Le gouvernement Tchadien subit de fortes pressions d’organismes internationaux, de gouvernements étrangers et d’entreprises privées pour qu’ils bloquent ce projet par diverses lois internes, mais Simon avait prévu le coup en nommant Célestin comme porte-parole officiel et éventuel président de l’entreprise.

Célestin, d’origine Tchadienne etait un fils de cette région pauvre du pays. Il fut donc parfaitement  crédible en s’engageant officiellement et personnellement à ce que ce projet serve d’abord et avant tout le pays et sa population. La pression populaire et l’enthousiasme contagieux au Tchad, de même que la grande visibilité médiatique du projet eut un impact certain sur la décision du Président de la république d’y donner son aval. Il y voyait sans doute là une façon de s’en approprier le succès à des fins électoralistes, mais cela importait peu à Simon et Célestin. Malgré les embûches, l’usine fut donc construite en moins de deux années et Célestin prit la parole lors de l’inauguration:

– Chers amis, merci à vous tous. Merci d’avoir permis que se réalise un rêve d’enfant. Petit, je rêvais de contrôler les nuages pour qu’ils arrosent les champs de mon père. Ce rêve est aujourd’hui devenu réalité, non seulement pour les champs de mon père, mais aussi pour tous les vôtres et ceux de nos frères jusqu’aux confins de l’horizon. Nos récoltes seront plus abondantes, nos vaches et nos chèvres seront mieux nourries et nos puits seront bien remplis. A travers cette eau qui dormait sous nos pieds, nous reverdirons le pays. Ce qui paraissait un rêve d’enfant irréaliste s’est transformé peu à peu en un projet concret parce que j’y ai cru, parce que l’on y a tous cru. Parfois, on a de ces rêves qui persistent en nous sans que l’on sache comment les réaliser, mais en gardant obstinément les yeux sur l’horizon, on finit toujours par tracer son chemin. Je vous invite, mes amis, à rêver des projets les plus fous et surtout à y croire avec conviction. Consacrez-y vos pensées et votre énergie, car vous semerez ainsi dans l’univers ces graines porteuses de rêve qui voyageront comme le font les nuages et qui, par le hasard des destins, trouvont un jour le terreau fertile pour y croître.

 

canal_de_chamblyJe reviens d’une balade en vélo le long de la piste cyclable du canal de Chambly. L’endroit n’est pas hyper-fréquenté, même si on y croise quelques cyclistes et des marcheurs.

Ce qui m’a frappé, c’est que moins l’endroit est fréquenté, plus les inconnus vont se saluer. Un petit signe de tête pour les uns, un sourire ou un cordial bonjour pour les autres. Mais dès qu’un endroit devient très fréquenté, c’est l’inverse qui se produit. Les gens s’isolent dans leur bulle, ne se regardent plus, se ne sourient plus. C’est tout de même un curieux phénomène.

J’ai pédalé quelques kilomètres côte à côte avec un monsieur d’un certain âge, je dirais plus de 75 ans, qui était visiblement équipé pour faire de longues distances. Originaire de Californie, il avait envoyé son vélo par Fedex à Montréal et il pédalait ensuite de Montréal à Boston où il allait retrouver sa femme pour célébrer leur 25 ans de mariage. Sa deuxième femme, a-t-il tenu à précisé, la première étant décédé après 17 ans de vie commune. Il roulait environ 100 kilomètres (60 milles) par jour. Il m’a dit être surpris de constater le nombre de gens parlant français par ici et ce n’est pas le premier américain à me faire cette remarque. Pour plusieurs d’entre eux, l’amérique du nord en entier est anglophone, même s’ils admettent qu’il y a beaucoup de latinos dans le sud.

 

piedsJ’aime marcher pieds nus. J’éprouve un agréable sentiment de liberté quand j’enlève mes chaussures et surtout mes chaussettes, parce que c’est un signe que je me donne alors du temps juste pour soi.

Dans les zones urbaines des villes occidentales, il est assez rare de voir des gens se promener pieds nus, sauf s’ils sont dans un parc ou au bord d’une piscine municipale. Au travail, dans les commerces, le métro, l’autobus, sur les trottoirs, on est toujours surpris de voir une personne pieds nus.

Iriez-vous à l’épicerie pieds nus? Bon, moi non plus. Je pense que je me sentirais jugé. C’est curieusement une règle non-écrite que la plupart des gens respectent, comme si marcher pieds nus dans une épicerie est sale ou impoli et pourtant, à l’inverse, dans certaines partie du monde, ne pas retirer ses chaussures à l’entrée d’un temple est un signe flagrant d’impolitesse.

Aujourd’hui, je marche pieds nus.

Chez moi en tous cas.

IMG_1211C’est la guerre, ça y est.

À toutes les années, la guerre aux pissenlits reprend. Habituellement, je laissais d’autres soldats (ma conjointe) aller au front, mais cette année, suite à ses traitements de chimiothérapie, elle n’a plus la force de s’en occuper, alors j’ai suivi un cours intensif de lutte aux pissenlits et je prend la relève (elle m’a tout expliqué). Elle me disait, entre autre, qu’il est préférable de s’attaquer uniquement aux pissenlits qui sont en fleur, sinon, il y en aurait trop (Toujours s’attaquer d’abord à l’adversaire le plus menaçant). Ensuite, il est important de suivre la tige jusqu’à la racine, pas juste enlever le tout en surface (ne donner aucune chance à l’adversaire de se relever). J’étais un peu sceptique quand elle me disait qu’à tous les matins, elle  arrachait une pleine chaudière de pissenlits. Pourtant, c’est bien ça. Hier soir, j’ai rempli une chaudière et ce matin encore une pleine chaudière (Ne jamais sous-estimer les ressources de l’adversaire, une bataille ne fait pas la guerre).

Mon esprit analytique étant, je me dis aussi qu’en enlevant les pissenlits, je laisse tout de même un trou significatif qui pourrait très bien se remplir à nouveau de « mauvaises herbes », celles qu’on dit mauvaises, mais qui sont en fait diablement bonne pour s’implanter n’importe où. Je songe donc à une approche où pour chaque pissenlit enlevé, je sèmerais un peu de gazon dans le trou ainsi exposé. Peut-être même qu’un gadget a déjà été inventé et qu’il fait les deux en même temps, ce qui serait un bon gain d’efficacité. Je vais fouiller le web.

Évidemment, mon voisin aura pas mal de travail s’il veut s’y mettre lui aussi. C’est quasiment s’avouer vaincu avant même d’avoir commencé le combat. Voyez par vous-même!

Dans son cas, il ne lui restera probablement qu’une seule option: Les armes de destruction massives.

voisin

On connaît tous cette histoire de l’épée de Damocles. Bien qu’elle date de plusieurs siècles, elle illustre parfaitement ce sentiment terrible qu’une menace perpétuelle nous pend au-dessus de la tête: Brexit, Trump, Corée du Nord, crise économique, l’Europe fragmentée, la montée de l’intégrisme, l’endettement incroyable des pays occidentaux, la puissante Chine silencieuse, le terrorisme, le changement climatique, la surpopulation, mais aussi des épées plus personnelles, la maladie, la peur de perdre la vie ou de perdre un proche.

Chacun définit ses propres épées de Damoclès et il est difficile d’en faire totalement abstraction. Elles influencent nos actions, notre quotidien et notre façon de percevoir la vie.

De façon générale, l’information me sécurise. J’aime analyser et comprendre, parce que ça me donne l’illusion d’être en contrôle.  C’est un peu comme si elle me permettait de mesurer le niveau de risque que je cours réellement et me préparer mentalement en conséquence.

Cependant, dans ce monde où il y a tant, mais tant d’information à notre portée, cela provoque aussi l’effet inverse, puisqu’on peut découvrir chaque jour une nouvelle menace potentielle. On peut ainsi passer l’essentiel de son temps à analyser le fil qui retient l’épée plutôt que de vivre sa vie. C’est un peu fou quand on y pense.

Et au fond, ça changerait quoi de savoir que le fil cèdera aujourd’hui, demain, dans un mois ou dans un an?

Si je savais de façon certaine que ce que je crains arrivera demain, est-ce que je vivrais différemment la présente journée? Oui, sans doute. Je voudrais certainement savourer chaque minute intensément. Je ne me soucierais pas de ce qu’on pourrait penser de moi. Je ne m’inquiéterais pas d’un futur qui n’existe pas encore et qui n’existera pas.

Mais quand j’y pense, qu’est-ce qui m’empêche de le faire quand même?

Notre Père

Publié: 14 avril, 2017 dans amour, Écriture, Bonheur, Juste du bonheur, L'essentiel

avantledodo

– Allez Simon, répète après moi. Notre Père qui est aux cieux…

– C’est où les cieux, maman?

– Ben, c’est là-haut dans le ciel.

– Comme dans le soleil et les nuages?

– Oui, partout là-haut, dans l’univers, dans toutes les étoiles.

– C’est là qu’est papa?

– Non, pas papa, mais Dieu, notre père à tous.

– Ah bon.

– Allez, on reprend. Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié…

– Ça veut dire quoi sanctifié, maman?

– Ça veut dire que son nom est spécial, qu’il est sacré.

– Et c’est quoi son nom?

– C’est Dieu.

– Pourquoi est-ce qu’on veut que son nom soit spécial maman?

– Parce que c’est une personne unique, c’est notre Père à tous.

– Et mon nom à moi est-ce qu’il est spécial?

– Oui, bien sur mon amour, ton nom est spécial et toi aussi tu es une personne géniale et unique.

– D’accord.

– Allez, on reprend. Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne…

– C’est quoi un règne maman?

-On ne finira jamais, si tu m’interrompts tout le temps Simon (Soupir). Un règne, c’est lorsqu’une personne décide de tout, impose son autorité et sa vision des choses à tous le monde.

– Comme toi maman?

– Oui, on peut dire ça. On veut que Dieu règne sur la terre pour que l’on vive en paix, qu’il n’y ait plus de guerre, de pauvreté, de chicanes, que chacun puisse être heureux, avoir à manger, une maison, des amis.

– Moi, j’ai des amis, maman. Il y a Paul et Achille. On mange souvent des biscuits ensemble et on ne se chicane pas et on s’aime bien et on a tous une maison. Crois-tu que c’est le règne de Dieu?

– C’est vrai qu’on est heureux Simon et qu’on a tout ce qu’il nous faut, mais ce n’est pas le cas de tous les enfants sur la planète. Quand le règne de Dieu viendra, tous les habitants de la terre seront heureux comme nous.

– D’accord.

– On reprend. Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Que ta volonté soit faite, sur la terre, comme au ciel. Donnes-nous aujourd’hui notre pain quotidien, pardonnes-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés…

– C’est quoi être offensé maman?

– C’est lorsque quelqu’un t’a fait de la peine. Il faut apprendre à pardonner à ceux qui nous ont fait de la peine, de la même façon qu’on aimerait être pardonné quand on a fait de la peine à quelqu’un.

– Comme lorsque j’ai brisé le tracteur d’Achille et qu’il pleurait?

– Oui, on peut dire cela. Tu ne voulais surement pas qu’Achille ne veuille plus être ton ami parce que tu avais brisé son tracteur, n’est-ce pas?

– Non, j’avais de la peine moi aussi. Après, il ne voulait plus me prêter ses jouets et je suis revenu à la maison, mais le lendemain, on jouait encore ensemble, on était amis.

– Voilà, Achille t’avait pardonné.

– D’accord.

– Allez, on fait la prière jusqu’à la fin maintenant, d’accord?

– D’accord.

– Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnes-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Pardonnes-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivres nous du mal. Amen. Allez, maintenant, monte dans ton lit.

– Je t’aime maman.

– Moi aussi mon loup. Bonne nuit.

les éclopés sociaux

Publié: 9 avril, 2017 dans Écriture, Bonheur, famille, L'essentiel

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Kot, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

Kot

– Tu sais mec, la vie, faut pas trop lui en demander. Tu prends ce qu’elle te donne et tu fais avec. Toutes ces conneries de « si tu veux tu peux » ou « aides-toi et le ciel t’aidera » n’ont rien à voir avec la réalité. Si tu veux survivre, tu as besoin des autres, point à la ligne. tu peux pas faire tout seul. C’est pas le ciel, Dieu ou l’univers qui vont t’aider quand ça va mal, c’est tes potes, ceux qui vivent dans la même merde que toi et qui vont t’offrir un petit remontant quand tu en as besoin ou une clope même s’il ne leur en reste que deux. Et tes potes, c’est aussi ceux que tu as aidé un jour ou que tu vas aider demain. C’est cette solidarité qui tient le monde et rien d’autre. Y a que ceux à qui c’est jamais arrivé de tout perdre qui se croient capable de s’en sortir tout seul, mais un jour, la vie va leur foutre une baffe en pleine gueule et là, ils vont comprendre. Bref, merci pour la clope mec, t’es vraiment sympa!