Archives de la catégorie ‘compostelle’

lampadaireJe suis un peu superstieux, comme le sont tous ceux qui croient aux signes du destin.

Ces signes prennent souvent la forme de petites pierres blanches déposées sur le chemin de ceux qui craignent de s’égarer de la voie lumineuse.

Sur mon trajet quotidien, alors qu’il fait encore nuit, il y a un lampadaire situé au coin d’une maison pour personnes âgées et à quelques reprises au cours des dernières semaines, au moment où je passe dessous, juste à cet instant, soit il s’allume, soit il s’éteint. Quand il s’allume, j’y vois un présage favorable, mais quand il s’éteint, un petite crainte s’empare de moi.

J’ai un préjugé favorable à la lumière, c’est vrai, parce que chez l’humain en général, la lumière est associée à l’honnêteté, l’intellligence, la transparence, la clarté et la chaleur, tandis que la noirceur invoque le côté obscur, les menaces enfouies dans l’ombre, les monstres qui se cachent sous les lits, la solitude, le froid et la mort. Ce qui fait la beauté de la nuit, plus que tout le reste, ce sont les étoiles qui brillent au firmament comme des sentinelles veillant au grain.

Il y a des sentiments de bonheur qui s’incrustent solidement en nous et réapparaissent de façon récurrente tout au long de notre vie. Pour moi, l’un deux est associé  à la moto.

Je n’en ai plus, depuis des années, mais j’ai encore très présent en moi le sentiment de liberté que me procurait cette activité. Partir, sans destination précise, sentir le vent contre soi, être au grand air, sans entrave ni ceinture de sécurité, ressentir la puissance de la machine, la vitesse, c’était vraiment grisant et ce sentiment est resté très vivant.

Juste l’évoquer ramène en moi tout ces sentiments de bonheur.

J’ai ainsi une banque bien garnie de sentiments de bonheur que j’évoque de temps à autre, juste pour le plaisir que çà me procure. C’est un peu comme si chacun de ces sentiments particuliers étaient déposés là dans un compte à bonheur et qu’une fois déposés, je pouvais les retirer à volonté sans aucun risque d’avoir un jour un compte à sec. Ce qui y est déposé l’est pour l’éternité, enfin, vous comprenez.  Et plus les années s’accumulent, plus mon compte se garni. En un sens, c’est comme si plus le temps passait, plus il m’est facile d’être heureux.

En réalité, l’important, c’est de de faire plus de retraits de ce compte, que du compte à regrets. Lui aussi, forcément, accumule un solde avec les années, mais ce sont essentiellement les retraits qui comptent et ici, je vous assure, on a le choix du compte, même si ça demande parfois un certain effort.

Ce matin, j’ai eu le plaisir de prendre une longue marche d’une dizaine de kilomètres, sur une petite route de campagne que j’apprécie particulièrement. La température était douce et le soleil éclatant. Je n’entendais que le chants des oiseaux ici et là et à perte de vue, des champs où la vie renaît déjà. C’est un sentiment de bonheur intense et récurrent qui m’habitait alors. Il me rappelait cette longue randonnée sur le Chemin de Compostelle, en Espagne. Ce chemin est situé dans le nord de l’Espagne, dans des régions rurales, peu industrialisées ou mécanisées. J’avais remarqué, avec beaucoup de plaisir, que si on s’immobilisait un instant, on n’entendait absolument aucun bruit mécanique, pas même celui des automobiles au loin, juste la nature à l’état pur. Quel magnifique moment.

Marcher, c’est permettre à l’esprit de s’envoler.

La semaine dernière, j’ai dû changer mes bottes de marche qui avaient déjà plus de 1000 km  au compteur. Les semelles de  mes Vasques  étaient vraiment trop usées. Par chance, j’ai trouvé le même modèle en spécial chez Sail à 50% moins cher que celles achetées en 2006.

J’aime beaucoup marcher. J’ai découvert le plaisir de la marche assez tardivement. J’y ai pris goût en Espagne, sur le Chemin de Compostelle, alors que j’y étais surtout pour passer du temps avec ma mère. Marcher côte à côte pendant des centaines de kilomètre est une belle façon de resserrer les liens, en autant, bien sûr, que l’on marche au même rythme, sinon, çà peut provoquer des frictions.

Je me souviens d’un couple qui marchait à des rythmes différents. Ils se disaient au revoir le matin et se retrouvaient au gîte plus tard, en fin de journée. Une belle façon de respecter le rythme de l’autre. Marcher à un rythme qui n’est pas le nôtre, c’est à coup sûr se retrouver avec des ampoules aux pieds. Il faut donc connaître son propre rythme et apprendre à le respecter, à se respecter.

Ah que voilà une belle métaphore de la vie également.

Pour ce qui est de la marche en solitaire, le la compare à une forme de méditation. Elle ne requiert pas la concentration du jogging ou d’un sport intense, mais occupe le corps juste assez pour laisser l’esprit vagabonder.  Le risque de se blesser est minimal et on a le temps de savourer ce qui nous entoure, le paysage, les bruits, les odeurs. Je marche par plaisir et plus je pratique cette activité près de la nature, plus le plaisir est grand.

Cette petite étape, en distance, s’avère tout de même exigente physiquement, puisque ces 9,5km seront essentiellement en montée pour atteindre O’Cebreiro, le passage vers la Galice, ses forêts de chênes verts et d’eucalyptus, ses sentiers sinueux foulés du pied ou du sabot depuis des centaines d’années par des pélerins, des paysans, des brigans ou des soldats romains. C’est en silence, perdu dans mes pensées, écoutant ma respiration et le cri des oiseaux que je franchirai cette étape et arriverai au sommet en quelques heures, quelques minutes à peine avant la pluie.  J’ai déjà dit que Compostelle, c’est comme la moto. Quand le printemps se pointe, l’envie de repartir s’insinue en nous, le sentiment de liberté, de communion, d’harmonie à la nature, à la planète, dans un monde où tous poursuivent une quête, mal définie bien souvent, mais très présente. Ah quelle est belle l’Espagne. Si vous voulez voir les images plus clairement, cliquez dessus.

Compostelle