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Lever de soleil émouvant ce matin. Depuis quelques mois, j’ai changé d’emploi et depuis, je dois voyager vers l’est pour me rendre au travail alors qu’auparavant, je voyageais systématiquement vers l’ouest. J’ai donc le privilège de profiter pleinement du lever du jour quand vient l’automne, particulièrement à ce moment-ci de l’année. Ce matin, c’était juste grandiose. Je n’ai pas pris personnellement de photos, mais heureusement je réalise que plusieurs l’ont fait. Merci l’automne, pour ce moment de bonheur.

Crédit photo: lemayeve & Ntehrani1

 

3sept1988J’étais là, seul devant l’autel, les mains un peu moites en t’attendant pour ce moment charnière de ma vie, de la tienne et de plusieurs autres à venir. Sur fond de marche nuptiale, les portes de l’église se sont ouvertes toutes grandes et le soleil de fin d’après-midi s’y est engouffré comme une nuée de fées Clochette se précipitant en tous sens à l’intérieur pour se choisir une place.

Tu étais là, en contre-jour, au bras de ton père, dans cette magnifique robe blanche qui servira plus tard de vêtement de Baptême pour nos petits princes et princesses. Tu remontas l’allée lentement, confiante, au bras d’un père terriblement ému de jouer ce rôle pour la première fois et d’être également au centre d’une attention qu’il fuyait plus souvent qu’à son tour. Il me remit ta main pour que la cérémonie se poursuive devant nos proches et nos amis les plus chers.

C’était le 3 septembre 1988. 29 ans déjà. C’est fou comme ça passe vite. En quelques secondes, je peux facilement voir défiler toutes ces années, ponctuées de mille et une émotions, qui garnissent mes souvenirs comme les livres d’une bibliothèque intime, avec mes préférés, certains que j’ai presqu’oubliés, d’autres je relirai encore et encore et d’autres enfin, que je garde là, simplement parce que je ne peux m’en détacher.

« Pierre, Josée sera toujours, toujours ta femme », avait dit le curé, me regardant dans les yeux et me pointant du doigt, comme pour marquer l’importance de cette décision. On ne réalise parfois que plus tard, combien certains moments deviennent par la suite charnière à tout ce qui suivra, s’insérant dans un de plan de vie qui s’arrime à ses racines tout en formant des alliances avec tout ceux qui l’entourent et plus loin encore dans le temps et l’espace, par ses graines qui, menées par le vent, germeront ailleurs et livreront leurs fruits au moment opportun.

 

Mon fils s’est installé à Warwick avec sa petite famille. Lui et sa conjointe, tous les deux travailleurs autonomes avaient simplement besoin d’une bonne connexion à internet pour travailler de la maison et ils rêvaient de s’installer loin de la ville. Ils ont ainsi pu faire l’acquisition d’une jolie petite maison à un prix imbattable comparativement à ce qui se paie en milieu urbain. Nous sommes allé leur rendre visite ce weekend.

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Ce matin, m’étant levé tôt, j’en ai profité pour aller prendre une marche et m’imprégner de l’ambiance de cette petite ville du centre du Québec. Je passais de quartier en quartier en étant séduit par la diversité des maisons. Ça me faisait penser à ce que c’était avant que les urbanistes ne prennent le contrôle du développement urbain, avant que l’on ne décide que les maisons doivent toutes être en harmonie les unes par rapport aux autres, que les secteurs doivent être bien définis, les unifamiliales ici, les logements multiples par là, la zone industrielle plus loin. Dans certaines villes, la hauteur des maisons, le style, le plan d’architecte et même la couleur de la brique doivent être approuvés avant qu’on puisse construire quoi que ce soit, de sorte qu’au final tout semble pareil, équilibré, mais un peu fade et sans fantaisie.

À Warwick, je n’ai pas vu deux maisons semblables les unes au côté des autres et je devine même que c’était délibéré, un peu comme ces jeunes filles se choisissant une robe de bal. On la souhaite unique, se distinguant des autres et c’est une fierté d’être différent. À Warwick, les styles de maison, le revêtement, les couleurs sont multiples et même la répartition est un peu chaotique. On y retrouve des bungalow au côté de logements multiples ou même d’entreprises manufacturières autour desquelles on a construit des maisons unifamiliales. On y voit aussi des grosses maisons victoriennes qu’ont sans doute habitées les bourgeois de l’époque. Les boulevards sont appelés ainsi non pas parce qu’ils sont très fréquentés, mais simplement parce qu’on a divisé la rue avec un terre-plein gazonné ou on y a planté des arbres qui sont maintenant matures. C’est très joli. Cette diversité peu contrôlée qui fait le charme de Warwick m’inspire un sentiment de liberté qui malheureusement se perd progressivement. Warwick me fait penser à un jardin anglais.

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Parfois un sourire suffira à illuminer une journée entière.

En termes d’efficacité énergétique, c’est assez dur à battre.

 

jeans3Vient un temps, après quelques décennies où l’amour est comparable à votre paire de Jeans préférée. Il épouse désormais si bien vos formes qu’il semble avoir été conçu spécialement pour vous. Bien sûr, il est peut-être un peu abîmé, il a bien quelques accrocs ici et là, mais en même temps, ces parties fragilisées sont aussi celles qui sont les plus douces. Il est unique, irremplaçable et vous en prenez grand soin, parce que vous savez très bien que nulle autre paire, même une neuve ne vous retournerait une image de vous-même à la fois si positive et confortable. Il vous accompagne dans les moments intimes importants, comme un ami  fidèle et réconfortant et vous le portez fièrement en espérant le garder pour toujours avec vous à l’abri du temps.

Atelier d’écriture de Leiloona:

En s’inspirant d’une photo de Vincent Héquet, écrire, juste pour le plaisir d’écrire.

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J’y reviens souvent. C’est ici que ça s’est passé, il y aura bientôt 12 ans. Ce lieu s’est imposé à moi dès le départ, comme une drogue dure, créant une dépendance instantanée, irréversible. C’est l’appel de la mer, le chant des sirènes. J’aime particulièrement y retrouver cette odeur d’iode, typique des algues en décomposition sur la plage au petit matin, le vent frais, chargé d’embruns, le sable humide où nos pieds s’enfoncent, rendant la marche difficile si on est pressé, mais tellement plaisante lorsqu’on on a tout son temps. Quand j’arrive aux limites de la dune, j’ai clairement le sentiment d’être au bout du monde et qu’au-delà, il n’y a que la mer à l’infini. On aurait beau plisser les yeux on ne verra rien d’autre que cette étendue ondulante à perte de vue, parcourues de vagues qui se brisent ici et là en moutons blanc sur l’horizon. Cette mer généreuse, abondante, nourricière, grouillante par dessous, là où la vie a sans doute trouvé ses origines. Je comprends les hommes d’avoir voulu s’inventer des vaisseaux et parcourir les mers, aller au bout du bout du monde. C’est comme observer les étoiles et rêver de s’y envoler, toujours plus loin dans cet univers sans fin. Toujours plus loin. Et à défaut d’avoir des ailes, il suffit d’une simple embarcation, quelques provisions et beaucoup de courage. C’est accessible à tous les rêveurs. J’aime toujours autant venir ici et m’asseoir dans les herbes hautes balayées par le vent, fermer les yeux et ne penser à rien, me contenter d’être là, vivant, simplement vivant. C’est ici, il y a bientôt 12 ans que j’ai pris la décision d’être heureux maintenant et pour toujours. Depuis, à chaque moment où la tristesse ou le stress m’envahit, je ferme les yeux et je me téléporte ici sur la dune.

chaletNatureComme l’année dernière, nous avons loué un chalet « Nature » au parc de la Yamaska, à Granby. Cette année, nous avions le chalet Despaties parfaitement situé. Il fait face à l’est, donc très tôt de le matin, le soleil éclaboussait la galerie, alors que la température est fraîche à cette période de l’année (12-15). Et à l’heure du dîner, quand le soleil frappe fort, le toît de la galerie donnait juste ce qu’il faut d’ombre pour éviter de brûler tout en profitant du beau temps. ll a d’ailleurs fait très beau durant notre séjour. Je pouvais donc m’installer dehors et lire mon livre à tous moments de la journée. J’ai terminé mon second livre de Dick Wolfe. Des thrillers pleins de terroristes, vraiment bien écrit, bourré d’action. J’ai ensuite commencé un autre livre, « Les brillants », très intéressant et qui me rappelle un peu la série télé « Alpha ». Je vais prendre note du nom de l’auteur, question de voir s’il a écrit autre chose. J’avais ma liseuse électronique, chargée ces livres, sans frais, en location de la BANQ (Bibliothèque et archives nationales du Québec). Je ne lis plus que sur ma liseuse maintenant. Je n’ai même plus à me déplacer pour louer un livre qui me plait et il y en a des tonnes.

J’ai beaucoup aimé faire mon jogging dans les sentiers en forêt, très tôt le matin. Mon voisin de gauche, d’origine française, aurait dit « footing ». Les sentiers sont étroits, sinueux et on retrouve de chaque côté une végétation riche et verte. Ça sent bon, c’est paisible on on n’entend que le bruit de nos pas sur la terre battue et ceux de la nature. C’est vraiment génial. Après avoir parcouru quelques kilomètres, je revenais ensuite au chalet et je m’installais sur la galerie avec le soleil en plein visage, question de reprendre mon souffle et cesser de transpirer avant d’aller prendre ma douche et déjeuner. J’aime courir à jeun. Pas de longues courses, juste 3 à 5 kilomètres. Ça part bien la journée, je trouve et ça ouvre sérieusement l’appétit. Je saute littéralement sur mes petits fruits, ananas, bleuets, framboises. Puis dans l’ordre, je mange généralement des tomates, une crêpe de sarrasin, un morceau de fromage et un œuf. Je termine avec un thé vert. Ça doit faire un an que je mange la même chose au déjeuner et je ne m’en lasse pas. C’est bon, santé, complet et plein de couleurs.

À tous les jours, en fin d’après-midi ou en soirée, on allait faire un tour de vélo, Josée et moi. On est allé un peu plus loin que l’année passée, sur le sentier. C’est plaisant, de pédaler côte à côte en jasant. Quand le terrain est plat, parce qu’il y a aussi des sections où les pentes sont de 7%, alors il vaut mieux garder une certaine distance en descendant pour éviter les collisions. Josée a un peu moins l’habitude que moi en vélo, question santé et elle se fatigue plus vite, alors elle avait les muscles des cuisses un peu endoloris, le lendemain. Josée dors aussi une bonne partie de l’avant-midi, à cause de ses nouveaux antidépresseurs qui lui rentrent dans le corps assez fortement. J’ai donc profité de la matinée pour faire le « Grand-tour », une piste cyclable qui fait le tour du réservoir Choinière. Une quinzaine de kilomètres. Très agréable, trop long pour Josée, mais juste OK pour moi et ça m’a pris juste un peu plus d’une heure. J’aime sentir mes cuisses qui brûlent à l’effort.

Comme d’habitude, Josée a socialisé avec nos voisins, surtout ceux qui ont des enfants. Elle sait comment attirer leur attention, en leur parlant comme si elle était dans leur monde. Les enfants le lui rendent bien et viennent ensuite naturellement partager ce qu’ils vivent avec elle. Il y avait un petit garçon, Mathias, très vif, extraverti, insouciant, plein d’énergie et de joie de vivre. Son père semblait trouver lourd de devoir le surveiller, disait manquer de temps, juste pour lui. à notre droite, nos voisins de chalet étaient des comédiens que l’on voit régulièrement à la télé. Ils étaient avec leur petite fille, Jane, qui devait avoir autour de 8 ans. Fille unique. Elle était contente de s’être trouvée une amie, à peu près du même âge, Licia, chez nos voisins de gauche. Ensemble, toutes les deux, elles dépensaient beaucoup d’énergie à courir, sauter à la corde, jouer aux chevaliers et princesses. Il y avait aussi un petit bonhomme de moins de 3 ans, Elio, qui les suivait, tentant de se joindre à leurs jeux, sans trop y parvenir. La journée qu’ils ont quitté, Elio soulevait et déplaçait sur quelques mètres, la brouette servant à porter les bagages. Elle était quasiment aussi haute que lui. Un ‘tit-homme jouant au papa. C’était amusant. Son père était un athlète de triathlon. Il avait fait le trajet de Montréal à Granby en vélo, sous la pluie. Son vélo était haut de gamme, ça se voyait à l’œil et il en prenait un soin jaloux.

On a été beaucoup ensemble Josée et moi durant ces quelques jours. Josée faisait des blagues, des folies, on rigolait. c’était léger, agréable, pas compliqué. On faisait l’épicerie, les repas, la vaisselle ensemble. On jouait au Yum. Je me suis même acheté des beignes fourrés à la crème et aux bleuets, ce genre de beignes que j’aimais tant, quand j’était enfant et qu’on arrêtait à Henryville, sur le chemin pour se rendre à notre chalet à Venise-En-Québec. Il y avait là un petite boulangerie qui faisait ce genre de beigne, fourrés à la crème et aux confitures. Des beignes moelleux, fait la journée même. Délicieux. Ceux que j’ai achetés n’étaient pas aussi frais, mais le plaisir est aussi rattaché aux souvenirs.

Le soir, on a fait un feu de camps, à deux reprises. J’ai pu aisément allumer mon feu et c’est toujours une sorte de plaisir viril ancestral de réussir son feu et le voir prendre forme rapidement. La température était idéale pour cela. On avait envie de se rapprocher du feu pour se réchauffer. Le ciel était magnifique, couvert d’étoiles et on restait là, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que des braises rouge, le cri des insectes et des grenouilles et les lucioles qui allumaient leur feu arrière sur fond de nuit noire.