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Au gré des saisons

Publié: 4 novembre, 2018 dans Écriture, Bonheur, Environnement

Pour l’atelier d’écriture de Leiloona. En s’inspirant d’une photo de  Tyler Dozier, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

tyler-dozier-157879-unsplashToute petite, Émilie aimait les arbres, les grands arbres forts, majestueux, ceux sur lesquels on peut s’appuyer pour lire ou faire la sieste, ceux qui nous protègent des vents contraires et de la pluie, ceux qui hébergent les petits rongeurs ou qui du haut de leurs branches servent d’observatoire aux sentinelles.

Les arbres sont des êtres rassurants à l’oreille attentive qui accueillent les chagrins avec douceur et qui, si ce n’était de leur rigidité structurelle, refermeraient tendrement leurs branches pour vous consoler. Émilie ressentait une parentée naturelle avec ces grands végétaux, comme s’ils partageaient ensemble des racines émotives et leur énergie vitale.

Et puis un jour, à l’adolescence, d’étranges petites formes sombres apparurent sur la peau d’Émilie. Inquiète, sa maman l’amena chez le médecin qui diagnostiqua une hyperpigmentation bénigne probablement liée à une poussée hormonale, pas de quoi s’inquiéter, dit-il. Effectivement, Les taches disparurent progressivement durant l’hiver, ce qui rassura sa mère, mais quand le printemps pointa à nouveau son nez, elle réapparurent, plus précises cette fois, formant des arabesques, rappelant des feuilles qu’on aurait tatouées sur son corps. Son médecin se perdait un peu en conjoncture et ne sachant trop quoi dire face à cet étrange phénomène, la référa à un dermatologue qui conclut, également, à une hyperpigmentation sans conséquence provoquée, disait-il, par le contact avec certaines plantes toxiques poussant librement dans les champs. Évitez de vous aventurer dans les champs durant l’été, avait-il conseillé et les taches disparaitront d’elles-mêmes.

Mais c’était mal connaître Émilie qui avait autant besoin de nature qu’une fleur a besoin d’eau pour s’épanouir et comme elle démontrait par ailleurs une excellente santé, sa mère l’autorisa à poursuivre ses randonnées quotidiennes en lui rappelant d’être prudente et d’éviter les contacts directs avec les plantes et fleurs des champs. Émilie continua donc, à se rendre à la lisière de la forêt, tôt chaque matin, avant l’école et s’assurant que personne ne l’observait, enserrait de ses bras ses amis les grands arbres tout en sentant monter en elle, une sève imaginaire qui nourissait son bonheur jusqu’au lendemain.

Bien sûr, les taches continuèrent à apparaître et disparaitre au gré des saisons, comme le font les feuilles des grands arbres, mais on s’y habitua, sans trop s’inquiéter. On finit par les considérer comme tous ces tatouages qui ornent souvent le corps de cette jeune génération, ces symboles consciencieusement choisis, qui servent à exposer une partie de soi fondamentale, mais souvent plus secrète, qui expriment ce que nous sommes et ceux que nous aimons. Que la peau soit marquée d’encre, de sève ou d’amour importe peu.

Pensée du jour

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