Archives de la catégorie ‘Expérience nouvelle’

IMG_1211C’est la guerre, ça y est.

À toutes les années, la guerre aux pissenlits reprend. Habituellement, je laissais d’autres soldats (ma conjointe) aller au front, mais cette année, suite à ses traitements de chimiothérapie, elle n’a plus la force de s’en occuper, alors j’ai suivi un cours intensif de lutte aux pissenlits et je prend la relève (elle m’a tout expliqué). Elle me disait, entre autre, qu’il est préférable de s’attaquer uniquement aux pissenlits qui sont en fleur, sinon, il y en aurait trop (Toujours s’attaquer d’abord à l’adversaire le plus menaçant). Ensuite, il est important de suivre la tige jusqu’à la racine, pas juste enlever le tout en surface (ne donner aucune chance à l’adversaire de se relever). J’étais un peu sceptique quand elle me disait qu’à tous les matins, elle  arrachait une pleine chaudière de pissenlits. Pourtant, c’est bien ça. Hier soir, j’ai rempli une chaudière et ce matin encore une pleine chaudière (Ne jamais sous-estimer les ressources de l’adversaire, une bataille ne fait pas la guerre).

Mon esprit analytique étant, je me dis aussi qu’en enlevant les pissenlits, je laisse tout de même un trou significatif qui pourrait très bien se remplir à nouveau de « mauvaises herbes », celles qu’on dit mauvaises, mais qui sont en fait diablement bonne pour s’implanter n’importe où. Je songe donc à une approche où pour chaque pissenlit enlevé, je sèmerais un peu de gazon dans le trou ainsi exposé. Peut-être même qu’un gadget a déjà été inventé et qu’il fait les deux en même temps, ce qui serait un bon gain d’efficacité. Je vais fouiller le web.

Évidemment, mon voisin aura pas mal de travail s’il veut s’y mettre lui aussi. C’est quasiment s’avouer vaincu avant même d’avoir commencé le combat. Voyez par vous-même!

Dans son cas, il ne lui restera probablement qu’une seule option: Les armes de destruction massives.

voisin

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Leiloona, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

londres-800x600

La vie de quartier a beaucoup changé depuis l’arrivée de ces gens de couleur. Au début, les autorités les avaient confinés dans une zone restreinte par crainte des infections, mais rapidement, ils ont compris que ces gens ne représentaient une menace ni pour la sécurité, ni pour la santé de la population, alors ils les ont laissés s’installer parmi nous.

Rapidement, nous avons su où ils habitaient puisqu’ils avaient tous repeint la façade de leur maison de couleurs vives. C’était un peu étrange et déstabilisant au départ, mais on s’y est fait rapidement et je dois dire que ça avait tout de même un certain style. On a su par la suite que c’était une blague de leur part, un clin d’oeil à notre l’indignation spontanée pour tout ce qui est différent. Ils ont un humour particulier, ces gens de couleur, tout en subtilité. Ils se moquaient ainsi gentiment de nous parce que pour eux, la différence est hautement souhaitable. D’ailleurs ce qu’on appelle « différence », eux l’appellent « la diversité des écosystèmes ». Lors d’une soirée d’échange organisée par l’un d’entre eux (ils en organisent à toutes les semaines), on m’avait expliqué que l’adaptation est une caractéristique universelle chez toutes les espèces vivantes. Au contact d’un changement environnemental, ce mécanisme se met en route et les individus qui savent en tirer parti seront dès lors, les mieux outillées pour survivre et perpétuer leur lignée. De même, si une espèce perdait cette faculté à s’adapter, elle s’éteindrait en quelques générations. C’est ce qu’ils appelaient la sélection naturelle. Selon eux, une société qui ne modifie jamais ses habitudes de vie ou qui ne fait face à aucun changement notable de son environnement perd progressivement ce réflexe d’adaptation et c’est pourquoi il était essentiel d’accueillir et valoriser la différence plutôt que la craindre.

À travers ces soirées d’échange, on s’est apprivoisé peu à peu. Nous avons appris à les connaître et voir au-delà de ce qui nous choquait au départ. Progressivement, on a oublié leur couleur différente et leur odeur corporelle inhabituelle pour s’intéresser plutôt à qui ils étaient. J’ai ainsi appris que la couleur verte de leur peau originait d’une adaptation majeure de leur espèce ne datant que de quelques générations. Cette évolution avait permis à un partie d’entre eux de survivre aux famines découlant d’une surexploitation éfférénée qui avait épuisé les ressources de leur planète. Tout comme les plantes, leur peau, pigmentée de chlorophylle, utilisait la photosynthèse pour transformer l’énergie solaire et combler leurs besoins énergétiques. C’était une évolution assez étonnante, il faut le reconnaître. Sachant notre planète menacée, ils sont venus partager leur savoir et nous aider à éviter le pire. Les couples mixtes ont commencé à se former depuis l’année dernière et bon, je dois vous dire que depuis peu, je suis en couple avec l’une d’entre elles et justement, hier après-midi, pour marquer mon adhésion au changement qui s’annonce, j’ai repeint en vert la façade de notre maison.

Cliff Diver

Cliff Diver

On n’apprend pas à monter à vélo en lisant la technique dans un livre, il faut expérimenter.

Cela signifie aussi chuter, faire des erreurs et réessayer jusqu’à ce qu’on y arrive car c’est dans l’action que l’on apprend le mieux. Il faut cependant avoir le courage de se lancer tout en sachant qu’on en souffrira un peu pendant l’apprentissage. C’est ce qu’on appelle sortir de sa zone de confort. Il faut de la persévérance pour continuer malgré les embûches, mais c’est seulement à ce prix qu’on touche à ce moment unique, cette bouffée de bonheur où on réalise avoir acquis de nouvelles habiletés.

Jouer du piano, de la guitare, surfer, apprendre à dessiner, à peindre, apprendre à nager, à plonger, à jouer au tennis, au squash, à sauter en parachute, escalader une montagne ou monter à cheval, voyager de façon différente (sac à dos ou couch surfing), visiter un pays dépaysant, apprendre une nouvelle langue ou une nouvelle tâche dans le cadre de son travail, toutes ces activités sont susceptibles de vous sortir de votre zone de confort.

De l’incompétence inconsciente où avec un peu de naïveté, on croit pouvoir tout réussir facilement et rapidement, à l’incompétence consciente où on réalise alors en toutes connaissances de cause, les efforts qu’on devra y mettre pour atteindre les résultats voulus, pour ensuite, à force de persévérance passer à la compétence consciente où les premiers succès font du bien et au final atteindre la compétence inconsciente où on peut enfin faire choses de façon naturelles sans même y réfléchir, c’est le parcours obligé de l’apprentissage.

Rappelez-vous qu’un jour, vous avez du apprendre à marcher, à parler ou monter à vélo.

N’ayez pas peur, lancez-vous!

Atelier d’écriture de Leiloona:

En s’inspirant d’une photo de Vincent Héquet, écrire, juste pour le plaisir d’écrire.

dunes

J’y reviens souvent. C’est ici que ça s’est passé, il y aura bientôt 12 ans. Ce lieu s’est imposé à moi dès le départ, comme une drogue dure, créant une dépendance instantanée, irréversible. C’est l’appel de la mer, le chant des sirènes. J’aime particulièrement y retrouver cette odeur d’iode, typique des algues en décomposition sur la plage au petit matin, le vent frais, chargé d’embruns, le sable humide où nos pieds s’enfoncent, rendant la marche difficile si on est pressé, mais tellement plaisante lorsqu’on on a tout son temps. Quand j’arrive aux limites de la dune, j’ai clairement le sentiment d’être au bout du monde et qu’au-delà, il n’y a que la mer à l’infini. On aurait beau plisser les yeux on ne verra rien d’autre que cette étendue ondulante à perte de vue, parcourues de vagues qui se brisent ici et là en moutons blanc sur l’horizon. Cette mer généreuse, abondante, nourricière, grouillante par dessous, là où la vie a sans doute trouvé ses origines. Je comprends les hommes d’avoir voulu s’inventer des vaisseaux et parcourir les mers, aller au bout du bout du monde. C’est comme observer les étoiles et rêver de s’y envoler, toujours plus loin dans cet univers sans fin. Toujours plus loin. Et à défaut d’avoir des ailes, il suffit d’une simple embarcation, quelques provisions et beaucoup de courage. C’est accessible à tous les rêveurs. J’aime toujours autant venir ici et m’asseoir dans les herbes hautes balayées par le vent, fermer les yeux et ne penser à rien, me contenter d’être là, vivant, simplement vivant. C’est ici, il y a bientôt 12 ans que j’ai pris la décision d’être heureux maintenant et pour toujours. Depuis, à chaque moment où la tristesse ou le stress m’envahit, je ferme les yeux et je me téléporte ici sur la dune.

– Papa, on y vas-tu faire du surf?

– Hmmm, pourquoi pas, bonne idée.

Alors que la température oscillait autour de -23 à l’extérieur, on s’est retrouvé ma fille et moi à essayer le surf, pour la première fois. C’est tout simplement génial. Pas si facile, par contre. À la toute fin du vidéo, vous verrez un type qui lui, maîtrise complètement cet art.

Atelier d’écriture d’Olivia Billington:

Écrire une courte histoire avec les mots suivants:

sagesse – proverbe – absolument – subtil – vieillesse – ennemie – adversaire – jeu – échecs – fiasco – erreur – accepter – joie – plaisir – offrir

La consigne facultative : votre personnage doit retrouver un objet qu’il avait perdu.

salzbourg

« La sagesse est une bougie qui éclaire sans jamais se consumer ». Ce proverbe, mon grand-père l’avait gravé sur son immense bâton de marche qui lui tenait toujours compagnie lors de ses randonnées dans les montagnes de Salzbourg. A chaque fois qu’il revenait de ses longues excursions, j’étais absolument abasourdi de le voir en aussi grande forme, comme s’il puisait à même le sol, une énergie subtile qui le gardait hors du temps. Peut-être avait-il découvert une source de jouvence, quelque part, la-haut, le long d’un sentier, puisque selon toute apparence, la vieillesse n’avait pas de prise sur cet homme. Plus les années passaient et plus il rayonnait, comme une bougie qui éclaire sans jamais se consumer. Sa seule présence apaisait ceux qui le côtoyaient et quand il posait sa main chaleureuse sur l’épaule d’êtres blessés de corps ou d’esprit, on percevait clairement la souffrance et la peur les quitter comme la rosée matinale qui s’élève dès les premiers rayons de soleil.

 « L’ennemie du temps, m’avait-il dit un jour, c’est de croire qu’il s’écoule. La vie est une longue marche de l’esprit, à travers l’un ou l’autre des chemins possibles. Le temps n’est pas en mouvement, c’est l’esprit qui fait tout.»

Je ne comprenais pas tout à fait le sens de ces mots, mais tout mon être y répondait, comme lorsqu’on est mis en présence d’une vérité fondamentale, mais inaccessible au raisonnement.

— « La vérité n’a pas à être rationalisée, décortiquée et mise en boîte pour être comprise, avait-il ajouté. Elle se dévoile d’elle-même à tout ceux qui s’en approchent avec un cœur pur. Les deux hémisphères de notre cerveau sont souvent les adversaires de la compréhension, l’un ne demandant qu’à croire et l’autre exigeant systématiquement des preuves. Pourtant, tous deux posent un regard incomplet sur une vérité inaccessible dans sa totalité. C’est un peu comme prétendre avoir vu la mer entière en l’ayant observée une fois à travers le hublot de sa cabine.»

Quand les troupes allemandes envahirent la région, au printemps 1938, mon grand-père le vécu comme un échec personnel. Il sembla prendre sur ses épaules toutes les souffrances qui en découleraient, se culpabilisant de n’avoir pu insuffler sagesse et bonté dans le cœur de ces hommes captivés par les jeux de pouvoir. Ces hommes qui pourtant, avaient aussi été enfants, et pire, des enfants ayant vécus tout près d’ici à Braunau am Inn. Il aurait pu, disait-il, en larme, les côtoyer, soigner leur âme avant qu’elle ne veuille blesser et tout détruire pour justifier sa propre souffrance.

Quand, poussé par la culpabilité, on remonte le chemin de nos choix, on retrouve toujours cette intersection critique où une décision, en apparence anodine, fut l’élément déclencheur de tout ce qui a suivi. Ces erreurs, constatées à posteriori sont celles qu’on n’accepte pas, qu’on ne se pardonne jamais et qui reviennent nous hanter, jour après jour comme une succession d’échecs, vampirisant notre vitalité et nous privant de joie en assombrissant chaque moment de plaisir. Voilà le mal qui affligeait désormais mon grand-père.

Dès l’invasion, il nous fut interdit à tous de fréquenter la montagne et la santé de mon grand-père se mit rapidement à décliner. Sans doute, avait-il senti le fiasco total qui s’abattrait non seulement sur notre région, mais aussi sur le tiers de l’humanité. C’est à cette époque, je crois bien, qu’il enterra son bâton de marche, pour qu’il repose en paix, à l’abris des atrocités qui se préparaient. Son bâton, m’avait-il expliqué, lui servait à réinjecter au cœur de la montagne, le mal expurgé des êtres souffrants, pour l’enkyster solidement dans la pierre.

— «  La hauteur de nos montagnes, dit-il encore, témoigne de la somme des douleurs vécues ici au cours des siècles. Mon temps est maintenant venu. Quand la guerre aura pris fin, je ne serai plus de ce monde, je le sais parfaitement. Je ne pourrai plus jouer ce rôle essentiel et si important. Alors, comme on l’a fait pour moi autrefois, me dit-il, prenant ma main, je te confie la tâche de perpétuer cette purification en récoltant le mal enfoui dans le cœur et le corps de ceux que tu croises et en le canalisant ensuite là-haut, dans nos montagnes. Vas maintenant, retrouves cet arbre immense auquel tu aimais tant grimper quand tu étais enfant, celui que tu prenais à plein bras comme on serre la jambe d’une grande personne, retrouve-le et demandes-lui de t’offrir une branche, que tu tailleras à ta mesure et graves-y une pensée qui saura te guider dans ta mission. »

Nous deux

Publié: 29 mars, 2014 dans Écriture, Expérience nouvelle, plaisir

Atelier d’écriture de chez Mumu la Grenouille:

Consignes: Écrire une courte histoire avec les mots suivants:

Duel – couleur – début – masque – crime – flâner – enjoliver – perdre – conspirer – détourner

barMon esprit flânait ici et là, engourdi par l’alcool et la lumière tamisée, quand il fut alerté par le pas rythmé de souliers de femme venant vers nous.

Dans un bruissement vestimentaire, elle se glissa sur le tabouret de cuir rouge, juste à côté, sans nous jeter le moindre regard. Elle était consciente, bien sûr, que notre attention était maintenant tournée vers elle. Elle posa avec élégance la pointe de ses souliers noir à talon aiguille sur la frise métallique du tabouret.

Feignant l’indifférence, elle fouilla longuement dans son immense sac à main pour en sortir un porte-monnaie. Elle retourna ensuite la tête et jeta, avec désintérêt, un regard circulaire dans la pièce, nous ignorant au passage, pour bien clarifier la distribution des rôles. Je sentais clairement que le duel s’amorçait entre moi et l’autre.

La Barmaid se pencha vers sa cliente pour prendre sa commande. Elle se décida pour un Martini classique, avec olives et un zeste de citron. Attendant sa consommation, elle inspira longuement, relevant un peu les épaules, gonflant sa poitrine sous son chemisier blanc et expira bruyamment, simulant l’impatience. Elle avait annoncé ses couleurs et attendait maintenant qu’on entre en scène.

Elle jeta un coup d’œil rapide à notre double du miroir, derrière la barmaid, question d’évaluer un peu mieux ce qui était en jeu. Je portais un Jean’s marine de bonne marque, une chemise blanche ajustée dont j’avais retroussé les manches sur mes avant-bras. Le haut de ma chemise était judicieusement déboutonné, dévoilant juste ce qu’il faut de mon cou puissant. L’effet était calculé et prévisible. Elle croisa la jambe dans la direction opposée, se dévoilant un peu malgré elle, quand sa jupe noire remonta doucement sur sa cuisse.

Un début de négociation pris alors place entre moi et l’autre à savoir lequel d’entre nous ajusterait ses yeux derrière le masque. Ce n’est pas si facile de partager le même corps, d’autant que l’autre a une personnalité très différente de la mienne. Je suis l’amoureux, lui, c’est le prédateur, celui qui commet des crimes parfois atroces dont j’ai été témoin sans avoir pu intervenir. Il est, par ailleurs impensable de le dénoncer, puisqu’on l’enfermerait avec notre corps et du coup, moi aussi, même si je suis innocent. Je suis, à n’en point douter, beaucoup mieux que lui et je ne dis pas cela pour enjoliver ma position. Quand il s’installe aux commandes, je sais, pour avoir vu notre reflet dans le miroir que ses yeux brillent alors d’une démence inquiétante. C’est lui le fou, pas moi. Parfois, je l’entends conspirer avec des inconnus pour conserver seul la place que nous partageons, mais il y perdrait beaucoup au change. Sans moi, il finirait rapidement en prison ou sur la chaise électrique, comme papa, alors que je peux le détourner de ses pulsions meurtrières, en le gardant à l’écart, un temps. Je pense qu’il m’admire un peu, même s’il ne l’avouera jamais.

Je retournai notre visage vers elle, souriant, tout en engageant la conversation, mais ignorant encore si je l’aimerai ou s’il la tuera.