Archives de la catégorie ‘Juste du bonheur’

perséidesHier soir, le ciel était particulièrement propice à l’observation des Perséides et la nuit était chaude et confortable, alors bien installé à l’extérieur, je contemplais le ciel, attendant de voir apparaitre une étoile filante. Rarement une minute ne passait sans que je vois passer un avion ou un satellite. À notre époque, surtout en banlieue d’une grande ville, le ciel est passablement achalandé et d’ailleurs de là-haut,  probablement qu’en permanence on nous observe, filme et enregistre et je ne parle pas des anges. Et puis, en une petite seconde, j’ai vu un un long trait de lumière se dessiner dans le ciel, comme le premier jet de l’artiste sur la toile, celui qui donne naissance à tout. On dit que les Perséides sont les débris d’une comète dont la taille est comprise entre un grain de sable et un petit pois et qui reviennent croiser notre ciel à la même période de l’année depuis des millénaires. C’est étonnant qu’une si petite quantité de matière puisse générer tant de lumière en se consumant. J’ai fait un souhait.

Pensée du jour

 

cuilleresJusqu’à mes 15 ans, je passais tous mes étés à notre chalet à Venise-en-Québec. À cette époque-là, ce n’était pas la responsabilité des parents d’occuper les enfants, on devait inventer nos propres activités. Étant en bordure du lac, forcément, beaucoup d’entre elles étaient aquatiques. Selon les jours, la température, la force du vent et des vagues, c’était soit des balades en dériveur, en chaloupe à rame ou à moteur, la pêche, la baignade ou la plongée en apnée. J’aimais beaucoup plonger. Seul ou avec des amis. Les matins sans vent, quand le soleil était encore bas dans le ciel, j’aimais plonger au bout du quai municipal. Le lundi était le jour idéal pour découvrir des trucs perdus par les pêcheurs du weekend. Pieds et torse nus, en maillot, une serviette autour du cou, palmes, masque et tuba dans une main et mon coffre à pêche dans l’autre, je me rendais à l’extrémité du quai, situé à quelques minutes de chez moi. En début d’été, j’avais les pieds plus sensibles aux petites roches et je préférais marcher en bordure des pelouses, mais rapidement ils s’endurcicaient et je n’y pensais même plus. Le corps s’adapte rapidement à un nouvel environnement.

Le quai municipal en forme de T fabriqué en ciment, à une autre époque, mesurait environ 100 mètres. Il était interdit aux voitures de sorte que c’était toujours paisible. Situé transversalement au bout de la baie, il était en eau relativement peu profonde et on pouvait apercevoir à l’occasion en longeant le bord,  des perchaudes, crapet-soleil, achigans, écrevisses, plus rarement des tortues ou des brochets. A quelques reprises, j’ai aussi pu observer du côté gauche du quai, où j’aimais moins plonger parce que l’eau était couverte d’algues, des poissons mythiques tel le poisson-castor ou le poisson armé qui ressemblaient tous deux à des espèces quasi-préhistoriques, aujourd’hui disparues de la région.

Je plongeais surtout pour trouver des hameçons, plombs ou cuillères de façon à garnir mon coffre à pêche. Les cuillères les plus communes étaient les rouge et blanche. On les utilisait surtout pour pêcher le brochet. Parfois, quand la chance tournait, je tombais sur un rapala, cuillère ressemblant davantage à un méné. La rareté en faisait la valeur. J’en avais peu dans mon coffre.

prehistoL’eau était toujours un peu froide quand on y entrait, surtout en début d’été et il fallait quelques minutes pour que mon corps s’y habitue. Également, avant d’enfiler mon masque, je le mouillais et je crachais sur la vitre intérieure. C’était la méthode la plus efficace pour éviter qu’il ne s’embue à cause de la température plus froide en profondeur. Chaque plongée sous la surface durait de 30 secondes à une minute. en quelques coups de palmes j’étais au fond. La profondeur, n’excédait pas 2,5 mètres. Il n’était donc pas nécessaire de se décompresser les tympans en bouchant son nez en soufflant de l’intérieur. Cela simplifiait les montées et descentes répétitives.

Sous l’eau la couleur était plutôt terne et uniforme. Elle variait du beige-sable aux couleurs brun-verdâtre des pierres. Au bout du quai, le fond était couvert de roches empilées de façon anarchique les unes contre les autres. C’était des pièges où beaucoup de pêcheurs devaient, à regret, se résoudre à couper leur ligne et laisser leur appât coincé-là. Ce qui faisait leur malheur, faisait par contre mon bonheur. Avançant lentement tout en scrutant le fond, je recherchais les bouts de fil à pêche flottant librement entre les eaux ou déposés plus loin sur le sable blond. Quand j’en trouvais un, je le suivais des doigts jusqu’au bout, devant parfois introduire la main dans des cavités sombres pour détacher ma trouvaille avant de remonter à la surface. Quand je mettais la main sur quelque chose, la plongée était toujours un peu plus longue, parce que je voulais terminer le travail avant de remonter victorieux avec les poumons en feu. Je sortais ensuite de l’eau et m’assoyais sur le bord du quai où j’avais laissé mon coffre et ma serviette. Je remontais mon masque plus haut sur ma tête et évaluais ma découverte. Avec un petit canif, je coupais le résidu de fil et déposais l’appât dans un petit casier de mon coffre auprès de ceux qui lui ressemblaient. Ce même coffre, me permettait d’autres jours, de partir plus loin au large en chaloupe pour pêcher et il m’arrivait aussi, à mon tour, de perdre à regret, l’un ou l’autre de mes précieux appâts. Ça faisait partie du jeu.

quai

Pensée du jour

IMG_0184Hier soir, j’étais fasciné par les nuages noirs qu’apportait le vent, par les bourrasques qui secouaient les arbres avant la pluie, par le grognement du ciel avant l’orage. Le vent, on ne l’arrête pas. On peut se mettre à l’abri, l’utiliser ou y faire face, mais on ne l’arrête pas. Il passe, c’est tout. J’aime, j’adore ces moments où flotte dans l’air une colère contenue, prête à déchaîner les éléments. J’étais là en silence, aux aguets, attendant l’ultime minute avant d’aller me réfugier à l’intérieur et m’est revenu en mémoire le souvenir heureux de cet été-là où âgé de 12 ou 13 ans, j’avais appris seul à manoeuvrer mon petit dériveur entre les creux et les vagues, à savoir prendre le vent, à glisser sur les flots penché toujours plus en arrière jusqu’à l’extrême limite sans chavirer, retenu par la voile ronde et gonflée, à frôler l’eau qui défile à toute vitesse en laissant derrière de longues traînées sombres alors que je fonce devant à l’assaut des vagues sans penser à rien d’autre qu’à être là, ennivré de vie et de vent. Quelque chose a changé en moi cet été-là. Comme un rite initiatique, j’étais devenu un peu plus moi.

Pensée du jour

penséeCette année, dans mon jardin, entre les choux et les tomates, j’ai planté quelques pensées. J’ai été surpris un matin, de voir que des vérités sauvages avaient poussées tout autour. Les vérités poussent à l’état naturel, c’est bien connu. L’ennui, c’est qu’elles sont souvent un peu fades, surtout quand on les consomme toutes crues. Certains cuisiniers plus habiles, les pimentent et les aromatisent de différentes choses pour les rendre plus appétissantes, même s’ils en dénaturent un peu le goût. D’autres vont cultiver des variétés hybrides, mi-vérité, mi-mensonge. D’autres encore iront sans compromis vers les mensonges purs, cette variété inventée qui n’existent pas à l’état naturel. Ils sont agréables d’aspect et ont généralement un goût plus sucré, parfois un peu artificiel, qui deviendra rapidement addictif. Cependant, il faut être conscient que le mensonge exigent beaucoup d’entretien pour être maintenu. On doit aussi régulièrement désherber les vérités qui pousseront naturellement à sa base. C’est beaucoup de travail. Par ailleurs, le mensonge devient toxique quand on le consomme en trop grande quantité. Certains jardiniers négligents ont même carrément empoisonné la vie de leur entourage en leur servant des mensonges de mauvaises qualités. Aussi, j’ai décidé d’essayer de les consommer à l’état aussi naturel que possible et je réalise qu’on s’y habitue progressivement et qu’on en vient à l’apprécier, même toute crue.