Archives de la catégorie ‘Juste du bonheur’

LeTempsDimanche dernier, je m’étais promis de faire certains travaux autour de la maison. Vider, nettoyer et remiser le baril récupérateur d’eau de pluie, grimper pour inspecter la toiture avant que ne viennent les temps plus froids, nettoyer les gouttières des débris accumulés durant l’été et enlever, sur recommandation de Josée, ces plantes devant la maison et dont j’oublie le nom et qui ne sont, semble-t-il, pas à la bonne place.

Mais le soleil était magnifique, comme ces journées de fin d’été où il ne fait ni trop chaud, ni trop froid et qu’on peut, profiter de cette lumière enveloppante. Installé derrière la maison dans une chaise de camping, visage tourné vers le ciel et yeux fermés, j’écoutais une émission de science de Radio-Canada sur mon Ipod Nano tout en remplissant mes piles biologiques pour faire le plein de vitamine D. Juste une minute encore, me suis-je dit.

Quand le temps nous manque, il devient précieux.

Il devient précieux parce qu’il marque un moment qui ne reviendra plus et lorsqu’on en prend conscience, tous nos sens se mettent en éveil pour en profiter au maximum.

S’il n’y avait pas d’échéance, on gaspillerait sans compter tout le temps qu’il nous reste comme si on était éternel.

Si ce n’est la vie elle-même qui vient nous fixer une échéance, il est parfois utile de s’inventer des projets, ne serait-ce que pour apprécier encore un peu plus tous les moments que l’on vit. En gestion, on définit un projet comme un effort de nature temporaire, ayant un début et une fin et visant à atteindre un objectif.

En fait, j’y pense, la vie elle-même n’est-elle pas un projet par définition?

Crédit image: y’…za. on Pinterest

3sept1988J’étais là, seul devant l’autel, les mains un peu moites en t’attendant pour ce moment charnière de ma vie, de la tienne et de plusieurs autres à venir. Sur fond de marche nuptiale, les portes de l’église se sont ouvertes toutes grandes et le soleil de fin d’après-midi s’y est engouffré comme une nuée de fées Clochette se précipitant en tous sens à l’intérieur pour se choisir une place.

Tu étais là, en contre-jour, au bras de ton père, dans cette magnifique robe blanche qui servira plus tard de vêtement de Baptême pour nos petits princes et princesses. Tu remontas l’allée lentement, confiante, au bras d’un père terriblement ému de jouer ce rôle pour la première fois et d’être également au centre d’une attention qu’il fuyait plus souvent qu’à son tour. Il me remit ta main pour que la cérémonie se poursuive devant nos proches et nos amis les plus chers.

C’était le 3 septembre 1988. 29 ans déjà. C’est fou comme ça passe vite. En quelques secondes, je peux facilement voir défiler toutes ces années, ponctuées de mille et une émotions, qui garnissent mes souvenirs comme les livres d’une bibliothèque intime, avec mes préférés, certains que j’ai presqu’oubliés, d’autres je relirai encore et encore et d’autres enfin, que je garde là, simplement parce que je ne peux m’en détacher.

« Pierre, Josée sera toujours, toujours ta femme », avait dit le curé, me regardant dans les yeux et me pointant du doigt, comme pour marquer l’importance de cette décision. On ne réalise parfois que plus tard, combien certains moments deviennent par la suite charnière à tout ce qui suivra, s’insérant dans un de plan de vie qui s’arrime à ses racines tout en formant des alliances avec tout ceux qui l’entourent et plus loin encore dans le temps et l’espace, par ses graines qui, menées par le vent, germeront ailleurs et livreront leurs fruits au moment opportun.

 

Jardin de montagne Biologique

En revenant du village, j’ai aperçu cet homme inconscient au pied de l’arbre. Il semblait plutôt mal en point, alors je l’ai hissé sur ma brouette pour le ramener chez moi. En chemin, il ouvrit les yeux.

– « J’ai cessé de manger depuis 28 jours. » dit l’homme.

– Pas étonnant que vous soyiez si faible mon ami. Je vais vous amener à la maison et vous offrir à manger.

– La faiblesse du corps est parfois utile, souffla-t-il.

– Elle ne vous semble pas très utile pour l’instant en tout cas, vous tenez à peine debout. Vous vous sentirez mieux et vous penserez plus clairement après avoir mangé et repris des forces.

L’homme demeura par la suite silencieux tout le reste du trajet. J’ai pensé un instant qu’il avait perdu conscience à nouveau, mais il avait bel et bien les yeux ouverts. Il était sans doute simplement épuisé. Une fois à la maison, je l’ai aidé à s’installer sur mon fauteuil et je lui ai réchauffé un peu de soupe. S’il n’avait réellement pas mangé depuis 28 jours, il fallait y aller doucement. Je lui offris un bol qu’il accepta en me remerciant d’un petit signe de tête. Il mangea lentement et en silence.

– Alors, elle est bonne ma soupe? lui demandai-je.

– Oui, merci. Merci de votre hospitalité monsieur.

– Ce n’est rien. Mon nom est Simon. Comment vous appelez-vous?

– Je suis Jean.

– Enchanté Jean. Reposez-vous. Il va vous falloir un certain temps pour vous remettre sur pied. Vous pourrez rester ici le temps qu’il vous faudra. Au fond du couloir, il y a une petite chambre d’ami, vous pourrez vous y installer.

Dans les jours qui suivirent, Jean mangea avec appétit tout ce que je lui offris, mais outre les formules de politesse élémentaires, il demeura silencieux. Le huitième jour, alors que j’étais assis sur le balcon à fumer ma pipe, il vint s’asseoir près de moi.

– Je vous remercie encore Simon de m’avoir secouru, vous êtes un homme bon, me dit-il.

– Oh, vous savez, je me contente d’aider ceux qui en ont besoin. C’est tout naturel et puis ça me fait un peu de compagnie, même si vous n’êtes pas très bavard.

– J’étais là pour mon premier vol.

– Héhé, on dirait que l’atterrisage a été un peu brutal, me moquai-je gentiment.

– En effet, répondit-il, mais pas dans le sens que vous pensez répondit Jean gravement. Je ne me suis pas tombé de l’arbre, j’avais simplement posé mon corps au pied de celui-ci, après plusieurs jours de jeûne, pour effectuer mon premier vol extra-corporel. Il m’a été plus difficile que prévu de trouver le chemin du retour et quand j’y suis finalement parvenu, mon corps était devenu trop faible pour me porter.

– Tout cela me semble bien étrange, répondit-je avec un air étonné. Je ne suis pas certain de comprendre tout ce que vous me dites Jean, mais bon, l’essentiel c’est que vous alliez mieux et maintenant que vous êtes un plus volubile on pourra discuter. C’est agréable d’avoir un peu de conversation. D’ailleurs, je ne comprend pas pourquoi vous jeûniez. C’est important de se nourrir, sinon comment aurez-vous la force d’exécuter vos travaux quotidiens. Si je ne vous avais pas aperçu, gisant là au pied de l’arbre, je ne sais pas si vous vous en seriez remis.

– Vous avez raison, du moins en partie. Si on ne se nourrit pas, forcément au bout d’un certain temps le corps va s’affaiblir et on risque d’en mourir. Personnellement, je cherchais délibérément à affaiblir ce corps.

– Mais pourquoi donc, retorquai-je?

– Cela m’a permis de faire mon premier vol en solo et de comprendre tout le sens et la portée du mot décollage.

– Mais encore?

-L’âme est littéralement collée au corps physique. La plupart d’entre nous croient vraiment qu’il s’agit d’une seule et même entitée, mais il n’en est rien. Il y a ici ce véhicule soumis à des règles précises et là-bas l’essence de ce que nous sommes. Je le sais maintenant. Le jeûne m’a permis de me séparer plus facilement de cette enveloppe et retrouver ma vraie nature, libre des contraintes matérielles et temporelles propres à ce monde-ci. C’est un peu comme mourir tout en gardant intact le fil d’argent qui relie entre elles les dimensions physique et spirituelle de façon à pouvoir y revenir. D’ici, on ne voit pas clairement cette autre dimension, bien que les gens très sensibles vont la préssentir et parfois même entrevoir furtivement certains passages et passagers. De là-bas, on voit tout. La vision est beaucoup plus large. C’est un peu difficile à expliquer. C’est comme si on voyait simultanément ce qui est, qui était et ce qui sera. On est ici et partout à la fois. Il n’y a pas de déplacement physique, comme tel, on est partout où l’on souhaite être. Il suffit de le vouloir. On comprend alors qu’agir ou penser sont du pareil au même parce que cela conditionne ce qui vient et focalise nos choix sur certains chemins en éliminant les autres. Je ne sais pas si vous comprenez ce que je tente d’expliquer, mais de toutes façons vous y viendrez vous aussi.

– C’est un peu comme si vous me dites que vous avez visité le monde d’après, celui où l’on va une fois mort, c’est bien ça?

– Oui, c’est un peu ça.

– Mais alors, pourquoi ne pas simplement attendre de mourir pour y aller. Il me semble que la vie ici est bien agréable et mérite d’être vécue. C’est déjà assez difficile pour la plupart des gens de profiter de l’instant présent, si on peut être partout à la fois et en plus dans le passé, le présent et le futur en même temps, il me semble que l’on se complique inutilement la vie. Pourquoi vouloir faire ces drôles d’expériences. N’aimez-vous pas votre vie ici?

– Ce sont des recherches personnelles qui m’aident à comprendre la complexité du monde dans lequel on vit.

– Vous savez Jean, en tout respect, je ne vois pas les choses de la même façon. Si je veux comprendre comment mes légumes poussent dans mon potager, je préfère y être à tous les jours, voir leur progrès de croissance et les débarrasser des insectes nuisibles qui pourraient s’en prendre à eux. Je préfère cela à être à un autre endroit où on m’expliquerait comment cela se passe. Pour moi, c’est ça vivre et apprécier l’instant présent. Si je comprends bien ce que vous me dites, vous voulez visiter l’autre monde pour mieux comprendre le nôtre, mais pourquoi ne pas simplement concentrer toute votre attention ici-même, dans l’instant présent. Après tout, vous aurez amplement le temps de découvrir cet autre monde éventuellement. C’est comme si vous aviez besoin de comprendre combien tout cela est complexe et magique pour vraiment apprécier notre univers.

– Il y a du vrai dans ce que vous dites Simon. D’ailleurs, après avoir visité cette autre dimension, j’ai effectivement envie de profiter au maximum du temps qui m’a été donné ici.

– Ah, voilà un discours plein de bon sens. Allez mon Jean, prenez le rateau juste là et venez me donner un coup de main au potager.

 

 

canal_de_chamblyJe reviens d’une balade en vélo le long de la piste cyclable du canal de Chambly. L’endroit n’est pas hyper-fréquenté, même si on y croise quelques cyclistes et des marcheurs.

Ce qui m’a frappé, c’est que moins l’endroit est fréquenté, plus les inconnus vont se saluer. Un petit signe de tête pour les uns, un sourire ou un cordial bonjour pour les autres. Mais dès qu’un endroit devient très fréquenté, c’est l’inverse qui se produit. Les gens s’isolent dans leur bulle, ne se regardent plus, se ne sourient plus. C’est tout de même un curieux phénomène.

J’ai pédalé quelques kilomètres côte à côte avec un monsieur d’un certain âge, je dirais plus de 75 ans, qui était visiblement équipé pour faire de longues distances. Originaire de Californie, il avait envoyé son vélo par Fedex à Montréal et il pédalait ensuite de Montréal à Boston où il allait retrouver sa femme pour célébrer leur 25 ans de mariage. Sa deuxième femme, a-t-il tenu à précisé, la première étant décédé après 17 ans de vie commune. Il roulait environ 100 kilomètres (60 milles) par jour. Il m’a dit être surpris de constater le nombre de gens parlant français par ici et ce n’est pas le premier américain à me faire cette remarque. Pour plusieurs d’entre eux, l’amérique du nord en entier est anglophone, même s’ils admettent qu’il y a beaucoup de latinos dans le sud.

 

piedsJ’aime marcher pieds nus. J’éprouve un agréable sentiment de liberté quand j’enlève mes chaussures et surtout mes chaussettes, parce que c’est un signe que je me donne alors du temps juste pour soi.

Dans les zones urbaines des villes occidentales, il est assez rare de voir des gens se promener pieds nus, sauf s’ils sont dans un parc ou au bord d’une piscine municipale. Au travail, dans les commerces, le métro, l’autobus, sur les trottoirs, on est toujours surpris de voir une personne pieds nus.

Iriez-vous à l’épicerie pieds nus? Bon, moi non plus. Je pense que je me sentirais jugé. C’est curieusement une règle non-écrite que la plupart des gens respectent, comme si marcher pieds nus dans une épicerie est sale ou impoli et pourtant, à l’inverse, dans certaines partie du monde, ne pas retirer ses chaussures à l’entrée d’un temple est un signe flagrant d’impolitesse.

Aujourd’hui, je marche pieds nus.

Chez moi en tous cas.

Notre Père

Publié: 14 avril, 2017 dans amour, Écriture, Bonheur, Juste du bonheur, L'essentiel

avantledodo

– Allez Simon, répète après moi. Notre Père qui est aux cieux…

– C’est où les cieux, maman?

– Ben, c’est là-haut dans le ciel.

– Comme dans le soleil et les nuages?

– Oui, partout là-haut, dans l’univers, dans toutes les étoiles.

– C’est là qu’est papa?

– Non, pas papa, mais Dieu, notre père à tous.

– Ah bon.

– Allez, on reprend. Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié…

– Ça veut dire quoi sanctifié, maman?

– Ça veut dire que son nom est spécial, qu’il est sacré.

– Et c’est quoi son nom?

– C’est Dieu.

– Pourquoi est-ce qu’on veut que son nom soit spécial maman?

– Parce que c’est une personne unique, c’est notre Père à tous.

– Et mon nom à moi est-ce qu’il est spécial?

– Oui, bien sur mon amour, ton nom est spécial et toi aussi tu es une personne géniale et unique.

– D’accord.

– Allez, on reprend. Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne…

– C’est quoi un règne maman?

-On ne finira jamais, si tu m’interrompts tout le temps Simon (Soupir). Un règne, c’est lorsqu’une personne décide de tout, impose son autorité et sa vision des choses à tous le monde.

– Comme toi maman?

– Oui, on peut dire ça. On veut que Dieu règne sur la terre pour que l’on vive en paix, qu’il n’y ait plus de guerre, de pauvreté, de chicanes, que chacun puisse être heureux, avoir à manger, une maison, des amis.

– Moi, j’ai des amis, maman. Il y a Paul et Achille. On mange souvent des biscuits ensemble et on ne se chicane pas et on s’aime bien et on a tous une maison. Crois-tu que c’est le règne de Dieu?

– C’est vrai qu’on est heureux Simon et qu’on a tout ce qu’il nous faut, mais ce n’est pas le cas de tous les enfants sur la planète. Quand le règne de Dieu viendra, tous les habitants de la terre seront heureux comme nous.

– D’accord.

– On reprend. Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Que ta volonté soit faite, sur la terre, comme au ciel. Donnes-nous aujourd’hui notre pain quotidien, pardonnes-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés…

– C’est quoi être offensé maman?

– C’est lorsque quelqu’un t’a fait de la peine. Il faut apprendre à pardonner à ceux qui nous ont fait de la peine, de la même façon qu’on aimerait être pardonné quand on a fait de la peine à quelqu’un.

– Comme lorsque j’ai brisé le tracteur d’Achille et qu’il pleurait?

– Oui, on peut dire cela. Tu ne voulais surement pas qu’Achille ne veuille plus être ton ami parce que tu avais brisé son tracteur, n’est-ce pas?

– Non, j’avais de la peine moi aussi. Après, il ne voulait plus me prêter ses jouets et je suis revenu à la maison, mais le lendemain, on jouait encore ensemble, on était amis.

– Voilà, Achille t’avait pardonné.

– D’accord.

– Allez, on fait la prière jusqu’à la fin maintenant, d’accord?

– D’accord.

– Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnes-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Pardonnes-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivres nous du mal. Amen. Allez, maintenant, monte dans ton lit.

– Je t’aime maman.

– Moi aussi mon loup. Bonne nuit.

oiseauPrintempsLe silence blanc de la nuit a fait place aux mélodies joyeuses de ces oiseaux bavards qui par leurs chants pressants appellent à célébrer la vie qui coule en eux, comme ces ruisseaux désormais libérés des glaces, qui sifflent avec insouciance, leur liberté retrouvée ou encore ces arbres enivrés de sève qui leur monte à la tête et qui exploseront bientôt de bourgeons multicolores, comme un feu d’artifice au ralenti. C’est le printemps, je le sais, je le sens partout en moi, jusqu’au bout de mes doigts. C’est à la fois la fin d’un cycle et le début d’un autre, me répétant sans cesse qu’à travers tout cela, la vie demeure un éternel recommencement.