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LeTempsDimanche dernier, je m’étais promis de faire certains travaux autour de la maison. Vider, nettoyer et remiser le baril récupérateur d’eau de pluie, grimper pour inspecter la toiture avant que ne viennent les temps plus froids, nettoyer les gouttières des débris accumulés durant l’été et enlever, sur recommandation de Josée, ces plantes devant la maison et dont j’oublie le nom et qui ne sont, semble-t-il, pas à la bonne place.

Mais le soleil était magnifique, comme ces journées de fin d’été où il ne fait ni trop chaud, ni trop froid et qu’on peut, profiter de cette lumière enveloppante. Installé derrière la maison dans une chaise de camping, visage tourné vers le ciel et yeux fermés, j’écoutais une émission de science de Radio-Canada sur mon Ipod Nano tout en remplissant mes piles biologiques pour faire le plein de vitamine D. Juste une minute encore, me suis-je dit.

Quand le temps nous manque, il devient précieux.

Il devient précieux parce qu’il marque un moment qui ne reviendra plus et lorsqu’on en prend conscience, tous nos sens se mettent en éveil pour en profiter au maximum.

S’il n’y avait pas d’échéance, on gaspillerait sans compter tout le temps qu’il nous reste comme si on était éternel.

Si ce n’est la vie elle-même qui vient nous fixer une échéance, il est parfois utile de s’inventer des projets, ne serait-ce que pour apprécier encore un peu plus tous les moments que l’on vit. En gestion, on définit un projet comme un effort de nature temporaire, ayant un début et une fin et visant à atteindre un objectif.

En fait, j’y pense, la vie elle-même n’est-elle pas un projet par définition?

Crédit image: y’…za. on Pinterest

Respecter le timing

Publié: 13 août, 2017 dans Bonheur, L'essentiel, motivation, plaisir

IMG_1236Je suis ponctuel. Depuis toujours. Arriver à l’heure (même un peu en avance) à une réunion, un rendez-vous, une rencontre est pour moi un incontournable.

Dans les dernières entreprises où j’ai travaillé, j’ai été surpris de constater à quel point certaines personnes, souvent des hauts dirigeants, n’arrivent pas à l’heure aux réunions. Ça donne évidemment un drôle de message aux employés quand on leur rappelle l’importance de respecter les échéanciers, parce qu’au fond, il s’agit de la même chose: Évaluer le temps imparti à une tâche et s’organiser pour le respecter.

Pour ma part, si je suis l’hôte de la réunion, je débute à l’heure prévue, même s’il manque des participants (peu importe qu’il soit haut dirigeant ou pas) et je termine à l’heure prévue. Je considère que c’est une question de respect pour les autres qui ont probablement d’autres activités prévues après la rencontre.

Pour les rendez-vous chez le médecin, alors là, on n’y peut pas grand chose. Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé de passer à l’heure prévue, mais dans mon cas c’est exceptionnel. Je ne me rappelle même plus si ça s’est déjà produit. Il faut dire que dans un système public comme le nôtre au Québec, le client, c’est-à-dire celui qui paie directement le médecin pour le service, c’est n’est pas le patient, mais plutôt le gouvernement. Comme dans toute entreprise, on soigne d’abord la relation avec ses clients et le gouvernement veut contrôler et limiter les coûts, alors il n’est pas question que le médecin attende son patient en retard. On cédule donc les patients 15 voire 30 minutes plus tôt pour s’assurer qu’ils soient là.

Moi qui ai l’habitude d’arriver 15 minutes en avance, forcément j’attends plus souvent qu’à mon tour, mais que voulez-vous, c’est plus fort que moi. Ça me mettrai vraiment mal à l’aise, d’arriver à 15h30 pour un rendez-vous à 15h15, même si au final le médecin ne me voyait qu’à 15h45. C’est un peu fou quand je dis cela comme ça, mais on ne se refait pas.

Chez le dentiste, c’est beaucoup mieux, parce que le système est privé. C’est moi qui paie, alors c’est moi le client. Si je ne suis pas satisfait du service qu’on m’offre, je peux aisément aller voir ailleurs, alors les bureaux de dentiste s’organisent en conséquence pour conserver leurs clients. Dans le pire des cas, chez mon dentiste, j’attends 5 minutes et quand ça se produit, on s’excuse du retard. Pas étonnant que je sois fidèle à mon dentiste depuis presque 20 ans, même s’il y en a un autre beaucoup plus près de chez moi.

Je me souviens qu’une fois, je devais aller me faire couper les cheveux et mon coiffeur pour homme habituel était en vacances. Je suis donc allé près de chez moi dans un salon de coiffure unisexe que m’avait suggéré ma conjointe. J’ai pris place sur la chaise de la coiffeuse avec près de 45 minutes de retard et mon rendez-vous était pourtant tôt à 10h00 le matin. J’avais trouvé cela inacceptable, et j’ai demandé à la coiffeuse si ça se produisait souvent ce genre de retard. Elle m’avait dit que c’était normal et que l’on passe toujours en retard dans les salons de coiffure pour dame. Sa réponse m’avait un peu étonné. Si on est systématiquement en retard, pourquoi ne pas simplement revoir les façon de faire et prévoir plus de temps pour chacune des rencontres. C’est un peu comme si la coiffeuse se dit que puisqu’elle est vraiment occupée durant toute sa journée, tout est correct. C’est conclure que son temps à elle est plus important que celui de ses clients. Enfin, je ne suis jamais retourné à ce salon.

Demain lundi, je débute un nouvel emploi. C’est mon 4ième emploi au cours des 6 dernières années. Cette fois, je pense que ce sera le dernier et je compte bien y travailler les 10 prochaines années, même si c’est ce que je disais pour l’entreprise que je viens de quitter. Il faut dire que dans ce cas particulier, c’était un choix familial. Les projets d’expansion internationale de cette entreprise m’auraient amené à voyager beaucoup plus au cours de l’année à venir. J’estimais que les voyages dûs aux acquisitions à l’étranger et au démarrage de nouvelles entreprises auraient requis de 5 à 10 semaines en voyages à l’étranger. Dans le contexte où ma conjointe fait face à un cancer difficile à soigner, je trouvais impensable d’être loin d’elle pendant de si longues périodes.

Tout cela pour dire que j’ai testé mon timing ce matin, en fonction de l’heure que j’ai prévu me présenter pour ce premier jour de travail. J’ai prévu être là à 8h. Il me faut 35 minutes pour me rendre sur place. Je voulais également avoir le temps de faire mon jogging, m’entraîner avec mon nouvel appareil de musculation (photo plus haut), déjeûner en lisant les nouvelles sur internet, en faisant le tour des médias sociaux (Facebook, Linkedin, blogues), pratiquer mon espagnol sur Duo Lingo, prendre une douche et m’habiller. En me levant à 5h30, je me suis dit que ça devrait être OK, mais je voulais tester mon estimation. En réalité, surtout si je veux déjeûner sans me presser, je constate qu’il me manque 15 minutes, alors soit je me lèverai à 5h15, soit j’alternerai jogging et musculation un jour sur deux.

 

S’entraîner à la maison

Publié: 9 août, 2017 dans Bonheur, motivation, santé

homeGym

J’y pense depuis un moment déjà. Les enfants ont quitté la maison, alors il y a plus d’espace qu’il n’en faut pour installer une salle d’entraînement privée. Au cours des dernières années, j’ai surtout fait du cardio, jogging, vélo et de l’entraînement avec des poids libres, mais là j’aurais envie de reprendre l’entraînement musculaire plus intense. Il y a des aubaines vraiment alléchantes dans les petites annonces qui permettent de se procurer un appareil multi-fonction au dixième du prix. Neuf, ces appareils sont dispendieux (autour de $1500), mais à $150, ça devient super intéressant. Reste qu’il va tout de même falloir le déménager et ça ne peut se faire avec ma Toyota Corolla, il faudra donc y ajouter autour de $80 pour la location d’une fourgonnette. Puisque je suis encore en vacances, cette semaine, c’est le moment idéal pour procéder. Reste à déterminer le modèle qui me plaît le plus.

 

IMG_1087On l’appelait Simon-les-nuages.

Il était lunatique et plutôt distrait, mais la véritable raison de ce surnom lui venait d’une fascination quasi obsessionnelle pour les nuages. On s’était habitué, à Sainte-Marthe-des-pas-perdus, à le trouver en position horizontale, couché dans les champs, sur un banc de parc ou n’importe où et observant le ciel pendant des heures.

Simon aimait regarder les nuages se former et se déformer et la rumeur voulait même qu’il entretienne un dialogue céleste, questionnant l’univers et interprétant les réponses par la forme et le mouvement des nuages.

C’était un original, un sage un peu fou et connu de tous pour ses extravagances.

Par une curiosité du destin alors qu’il était encore enfant, Simon hérita entièrement de la fortune d’un vieil oncle excentrique, ce qui le mit très tôt à l’abris du besoin. Il n’eut donc pas à gagner sa pitance comme la plupart des gens et il pu ainsi consacrer tout son temps à sa passion: observer les nuages. Il s’impatientait cependant lorsque pendant des jours et des jours, le ciel s’obstinait à demeurer d’un bleu immaculé. Aussi, après une de ces longues périodes de ciel dégagé, il prit la décision un peu folle de créer ses propres nuages.

Pour construire sa fabrique à nuages, il embaucha des chercheurs, des spécialistes, des techniciens, des gestionnaires et des opérateurs parce qu’un tel projet ne se réalise jamais seul. Il y consacra une importante part de sa fortune. Son directeur financier s’inquiétait d’ailleurs du modèle d’affaires atypique de l’entreprise sans objectif de profitabilité, sans revenus récurrents, mais avec des dépenses qui s’accumulaient et continuaient à rogner la fortune héritée du vieil oncle. Fatalement, un jour viendrait où Simon aurait épuisé son héritage et son directeur financier, en homme de chiffres et en conseiller avisé, voulait assurer la pérénité de l’organisation, mais Simon ne voyait aucun intérêt à ces discussions centrées sur les flux monétaires. Ce qui l’intéressait, c’était les nuages, uniquement les nuages. Ce fut donc pour lui un immense plaisir, après trois années de dur labeur, d’échecs et de recommencements, de mettre enfin la machine en marche et voir ses premiers nuages flotter paresseusement sur fond de ciel bleu. Il n’était donc plus à la merci des beaux jours prédits par Miss météo.

L’usine grouillait d’activité dès que le ciel s’annonçait dégagé. Les pompes se mettaient bruyamment en marche, tirant l’eau d’un puit profond, la réchauffant à haute température pour la transformer ensuite en vapeur que l’on mêlait à un savant mélange de crystaux et minéraux avant de libérer ce joyeux cocktail dans le ciel par une gigantesque cheminée qui dominait l’horizon. Ce mécanisme avait été élaboré par Célestin, son Directeur de Recherche qui s’était joint à lui avec enthousiasme dès le début du projet. Célestin était une source intarissable d’information sur les nuages. Il en avait d’ailleurs fait sa thèse de doctorat. Il connaissait tout, absolument tout sur les nuages et ses travaux avaient fortement contribués à l’élaboration de la machine à nuages. Simon aimait échanger avec Célestin, notamment pour leur passion commune.

Un après-midi, après un lunch un peu plus arrosé qu’à l’habitude, Célestin confia à Simon quelques souvenirs de son enfance dans ce petit village au nord du Tchad en bordure du Sahara.

– Là-bas, dit-il, l’eau est une ressource absolument rarissime. Quand, poussés par les vents, quelques timides nuages gris passaient au-dessus de notre village, nous sortions tous de nos cases, mes frères et soeurs, pour les observer, en priant le ciel pour qu’ils vident leur précieux contenu sur les champs rachitiques de notre père. Malheureusement ça ne se produisait qu’exceptionnellement. J’étais fasciné par cette capacité des nuages à susciter une joie immense et des rires quand ils arrosaient nos champs et j’aurais voulu connaître les mots justes pour qu’ils répondent toujours à mes prières. Évidemment, tout cela n’est pas aussi magique, mais quand on est enfant, tout nous semble possible. Et puis j’ai pu, grâce à l’aide humanitaire d’organisations chrétiennes, aller à l’école et en apprendre plus sur la nature en général. J’étais passionné par les sciences et comme j’étais assez doué, j’ai reçu par la suite différentes bourses qui m’ont permises de poursuivre des études supérieures et finalement compléter un doctorat en climatologie ici-même, à l’université de Montréal.

Après une pause, où il semblait regrouper ses idées, Célestin reprit.

– Au Tchad, certains l’ignorent, mais sous le désert du sahara se cache une immense réserve de millions et de millions de kilomètres cubes d’eau fossile. Malheureusement cette précieuse ressource est piégée dans le sol. La nappe aquifère nubienne, comme on l’appelle, est située à plusieurs centaines de mètres sous le sol du désert. Imaginez monsieur Simon, des dizaines de millions de mètres cube d’eau douce, juste là sous nos pieds, de quoi rendre le pays autonome, alors qu’en surface on peine à s’abreuver. D’autres pays, tel l’Arabie Saoudite ont réussi l’exploit dans les années 50 en forant un puit de plus d’un kilomètre de profondeur pour atteindre la nappe aquifère. Ce fut suffisant pour rendre le pays auto-suffisant en légumes, fruits, poulets, produits laitiers et même en faire l’exportation. La Lybie a aussi investi dans un projet titanesque de mer sous-terraine tirant son eau de la même source, mais au Tchad rien de tout cela n’a été entrepri faute de fonds. Je me suis dit que ce serait formidable de pouvoir extraire cette eau, la ramener en surface et la propulser dans le ciel avec une usine comme la vôtre, pour que les nuages, poussés par les vents la redistribue partout au pays. Ma terre natale reverdirait et le désert du Tchad ne serait plus cette terre aride que l’on connaît aujourd’hui. Mon peuple retrouverait sa fierté et sa pleine autonomie, libéré de cette dépendance que nous avons face à l’aide internationale.

– C’est un beau projet en effet, dit Simon et c’est tellement dommage de n’avoir qu’un ciel sans nuage. Pourquoi personne n’a-t-il réalisé ce projet?

– Oh, vous savez monsieur Simon, ces grands projets qui changent le destin d’un pays sont toujours problématiques, parce qu’ils altèrent fondamentalement les règles géopolitiques. Les bouleversements sociaux sont toujours périlleux et généralement les organismes internationaux et les puissants de ce monde cherchent à les contenir. Le Tchad a d’intéressantes ressources pétrolières, plus au sud, mais ces ressources ne sont pas exploitées au bénéfice du peuple. Les compagnies étrangères et quelques dirigeants s’enrichissent, mais le peuple n’en profite pas. Si la population n’avait pas à consacrer toute son énergie uniquement pour subsister et survivre de peine et de misère, je suis persuadé que l’on voudrait nationaliser ces ressources, mais cela nuirait grandement aux visées capitalistes de ces puissantes compagnies qui exploitent nos ressources pétrolières. Il y a, je crois, un intérêt financier à maintenir la population dans une certaine pauvreté parce qu’un estomac vide tient loin des préoccupations politiques.

– C’est là un jugement bien lourd de sens, répondit Simon après un moment de silence.

– Oui, je sais, dit Célestin. Je vous le dis à vous, mais je ne sais pas si j’aurais le courage de le dire haut et fort dans mon pays. Je pense qu’on me ferait taire.

– Vous savez quoi, Célestin, votre histoire m’intéresse. Laissez-moi y réfléchir.

Dans les jours qui suivirent, Simon disparu. Durant deux semaines entières, on s’inquiéta de ne le voir nulle part, même pas sur son banc au parc, puis il refit surface le matin du 16ième jour. Il fit le tour de l’usine comme si de rien n’était, saluant tous et chacun, puis convoqua Célestin dans son bureau. Ils discutèrent de façon animée pendant plus d’une heure, porte fermée avant que Célestin n’en ressorte, un grand sourire aux lèvres. Le projet était lancé.

Simon avait initié le plus grand projet de socio-financement jamais vu de l’histoire de ces plateformes numériques. L’objectif était d’amasser 1 milliard de dollars durant les 30 jours imposés pour atteindre la cible de socio-financement. C’était très ambitieux, mais la démesure du projet fit rapidement le tour des médias sociaux de sorte que plus de 300 millions de personnes de partout sur la planète versèrent cinq dollars chacun pour devenir actionnaire d’une titanesque usine qui serait construite au Tchad, aux portes du désert du Sahel. Ce usine à fabriquer des nuages visait à transformer en quelques années, la zone désertique du pays en une vallée verdoyante, comme l’avait rêvé Célestin. Une usine dix-huit fois plus grande que celle déjà construite et qui servirait de modèle. Elle puiserait son eau à même la nappe aquifère nubienne et serait alimentée en énergie par un immense champ de panneaux solaires servant à la rendre autonome. Les coûts d’entretien, un peu plus de 200 millions annuellement, seraient assumés par les actionnaires eux-même, mais ce qui, au final représenterait moins d’un dollar pour chacun d’entre eux. En contre-partie, au fur et à mesure que le pays reverdirait, on planterait 300 millions d’arbres, un par actionnaire et leur geolocalisation précise serait affichée de même que le nom de leur bienfaiteur sur GoogleEarth. Cette couverture verte auraient également pour fonction de retenir l’eau retombée des nuages et nourrir le sol. Ce projet à la fois colossal et excentrique, suscita un engouement immense, mais aussi de nombreuses levées de bouclier, comme l’avait prédit Célestin.

Des politiciens annoncèrent rapidement qu’ils redoutaient l’impact économique et géopolitique d’un tel projet qui leur paraissait largement improvisé. Les pays qui puisaient déjà l’eau de la nappe aquifère nubienne s’y opposèrent également. Des scientifiques s’inquiètèrent de l’impact de ces bouleversements à venir sur les vents, sur le climat, sur la faune locale. Le gouvernement Tchadien subit de fortes pressions d’organismes internationaux, de gouvernements étrangers et d’entreprises privées pour qu’ils bloquent ce projet par diverses lois internes, mais Simon avait prévu le coup en nommant Célestin comme porte-parole officiel et éventuel président de l’entreprise.

Célestin, d’origine Tchadienne etait un fils de cette région pauvre du pays. Il fut donc parfaitement  crédible en s’engageant officiellement et personnellement à ce que ce projet serve d’abord et avant tout le pays et sa population. La pression populaire et l’enthousiasme contagieux au Tchad, de même que la grande visibilité médiatique du projet eut un impact certain sur la décision du Président de la république d’y donner son aval. Il y voyait sans doute là une façon de s’en approprier le succès à des fins électoralistes, mais cela importait peu à Simon et Célestin. Malgré les embûches, l’usine fut donc construite en moins de deux années et Célestin prit la parole lors de l’inauguration:

– Chers amis, merci à vous tous. Merci d’avoir permis que se réalise un rêve d’enfant. Petit, je rêvais de contrôler les nuages pour qu’ils arrosent les champs de mon père. Ce rêve est aujourd’hui devenu réalité, non seulement pour les champs de mon père, mais aussi pour tous les vôtres et ceux de nos frères jusqu’aux confins de l’horizon. Nos récoltes seront plus abondantes, nos vaches et nos chèvres seront mieux nourries et nos puits seront bien remplis. A travers cette eau qui dormait sous nos pieds, nous reverdirons le pays. Ce qui paraissait un rêve d’enfant irréaliste s’est transformé peu à peu en un projet concret parce que j’y ai cru, parce que l’on y a tous cru. Parfois, on a de ces rêves qui persistent en nous sans que l’on sache comment les réaliser, mais en gardant obstinément les yeux sur l’horizon, on finit toujours par tracer son chemin. Je vous invite, mes amis, à rêver des projets les plus fous et surtout à y croire avec conviction. Consacrez-y vos pensées et votre énergie, car vous semerez ainsi dans l’univers ces graines porteuses de rêve qui voyageront comme le font les nuages et qui, par le hasard des destins, trouvont un jour le terreau fertile pour y croître.

IMG_1211C’est la guerre, ça y est.

À toutes les années, la guerre aux pissenlits reprend. Habituellement, je laissais d’autres soldats (ma conjointe) aller au front, mais cette année, suite à ses traitements de chimiothérapie, elle n’a plus la force de s’en occuper, alors j’ai suivi un cours intensif de lutte aux pissenlits et je prend la relève (elle m’a tout expliqué). Elle me disait, entre autre, qu’il est préférable de s’attaquer uniquement aux pissenlits qui sont en fleur, sinon, il y en aurait trop (Toujours s’attaquer d’abord à l’adversaire le plus menaçant). Ensuite, il est important de suivre la tige jusqu’à la racine, pas juste enlever le tout en surface (ne donner aucune chance à l’adversaire de se relever). J’étais un peu sceptique quand elle me disait qu’à tous les matins, elle  arrachait une pleine chaudière de pissenlits. Pourtant, c’est bien ça. Hier soir, j’ai rempli une chaudière et ce matin encore une pleine chaudière (Ne jamais sous-estimer les ressources de l’adversaire, une bataille ne fait pas la guerre).

Mon esprit analytique étant, je me dis aussi qu’en enlevant les pissenlits, je laisse tout de même un trou significatif qui pourrait très bien se remplir à nouveau de « mauvaises herbes », celles qu’on dit mauvaises, mais qui sont en fait diablement bonne pour s’implanter n’importe où. Je songe donc à une approche où pour chaque pissenlit enlevé, je sèmerais un peu de gazon dans le trou ainsi exposé. Peut-être même qu’un gadget a déjà été inventé et qu’il fait les deux en même temps, ce qui serait un bon gain d’efficacité. Je vais fouiller le web.

Évidemment, mon voisin aura pas mal de travail s’il veut s’y mettre lui aussi. C’est quasiment s’avouer vaincu avant même d’avoir commencé le combat. Voyez par vous-même!

Dans son cas, il ne lui restera probablement qu’une seule option: Les armes de destruction massives.

voisin

On connaît tous cette histoire de l’épée de Damocles. Bien qu’elle date de plusieurs siècles, elle illustre parfaitement ce sentiment terrible qu’une menace perpétuelle nous pend au-dessus de la tête: Brexit, Trump, Corée du Nord, crise économique, l’Europe fragmentée, la montée de l’intégrisme, l’endettement incroyable des pays occidentaux, la puissante Chine silencieuse, le terrorisme, le changement climatique, la surpopulation, mais aussi des épées plus personnelles, la maladie, la peur de perdre la vie ou de perdre un proche.

Chacun définit ses propres épées de Damoclès et il est difficile d’en faire totalement abstraction. Elles influencent nos actions, notre quotidien et notre façon de percevoir la vie.

De façon générale, l’information me sécurise. J’aime analyser et comprendre, parce que ça me donne l’illusion d’être en contrôle.  C’est un peu comme si elle me permettait de mesurer le niveau de risque que je cours réellement et me préparer mentalement en conséquence.

Cependant, dans ce monde où il y a tant, mais tant d’information à notre portée, cela provoque aussi l’effet inverse, puisqu’on peut découvrir chaque jour une nouvelle menace potentielle. On peut ainsi passer l’essentiel de son temps à analyser le fil qui retient l’épée plutôt que de vivre sa vie. C’est un peu fou quand on y pense.

Et au fond, ça changerait quoi de savoir que le fil cèdera aujourd’hui, demain, dans un mois ou dans un an?

Si je savais de façon certaine que ce que je crains arrivera demain, est-ce que je vivrais différemment la présente journée? Oui, sans doute. Je voudrais certainement savourer chaque minute intensément. Je ne me soucierais pas de ce qu’on pourrait penser de moi. Je ne m’inquiéterais pas d’un futur qui n’existe pas encore et qui n’existera pas.

Mais quand j’y pense, qu’est-ce qui m’empêche de le faire quand même?

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Kot, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

neige-vincennes-kot

C’était un de ces petits matins gris d’automne où on s’éveille un peu déprimé parce qu’on aurait préféré rester au lit jusqu’au printemps. Sans réelle motivation, je suis descendu à la cuisine en soupirant. En ouvrant la porte du réfrigétateur, ce fut le choc. Tous les aliments étaient devenus gris. Tous. Juste du gris partout. Le coeur battant, j’ai allumé la lumière pour constater paniqué, que je ne distinguais plus les couleurs. Mon Dieu! Les jambes molles, je me suis accroupi par terre et j’ai fermé les yeux pour reprendre mes esprits en me répétant mentalement de rester calme, que tout reviendrait à la normale, que c’était juste une illusion, un mauvais rêve. Puis j’ai ouvert les yeux et miracle, les couleurs étaient revenues. Je me suis alors mis à rire nerveusement, me moquant de cette panique ridicule.

En sortant de chez moi, ce matin-là, la grisaille de l’automne avait fait place à de magnifiques couleurs. Une fine couche de neige couvrait le sol, lui donnant un air de pureté. On distinguait encore quelques feuilles jaune, irréductibles qui s’accrochaient aux branches, refusant de se soumettre. Au loin, les conifères étalaient ouvertement ce vert profond, intense qui leur donnait un air plus costaud que les autres et je n’ai pas fermé les yeux quand le soleil aveuglant a pointé à l’horizon.