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3 secondes

Publié: 2 novembre, 2017 dans Bonheur, Questions existentielles, Réflexions

3 secondes. En si peu de temps, le cours d’une vie peut changer radicalement. Hier soir, alors que je revenais du travail par une étroite route de campagne, j’ai vu, un peu plus loin devant moi, un type qui montait la côte en vélo. J’ai ralenti parce qu’une voiture venant à contre-sens s’est alors pointée en haut de la côte et je voulais éviter qu’on se croise tous au même moment. Puis, tout à coup, sans raison apparente, le cyclise a chuté et s’est étalé par terre de tout son long jusqu’au milieu de la voie. J’ai freiné rapidement, mille-et-un, mille-et-deux, mille-et-trois. Le type s’est relevé, a pris son vélo  pour se ranger sur le bas-côté et m’a regardé. Je lui ai fait signe pour savoir s’il était okay et il a levé le pouce. Je suis donc reparti. Un peu secoué.

Si j’étais parti 3 secondes plus tôt, si j’avais forcé un feu jaune ou roulé juste un tout petit peu plus vite, j’aurais pu être à sa hauteur quand il a chuté, sans avoir le temps de réagir et je l’aurais frappé, le tuant peut-être, provoquant un drame terrible auprès de ses proches et également dans ma propre vie, mais à 3 secondes près, j’ai évité ce hasard du destin et ma vie continue comme si de rien n’était.

Merci le temps, merci la vie, merci mon Dieu.

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J’ai étiré cet après-midi ma balade en vélo dans un secteur que je n’avais pas revu depuis une dizaine d’années. Ce secteur appelé l’île-aux-lièvres était réputé à l’époque pour ses grosses maisons luxueuses. Ce qui m’a frappé en y retournant, c’est que ces grosses maisons de l’époque sont maintenant devenues petites à côté de celles qu’on a construit depuis. Comme s’il y avait constamment une surenchère pour se bâtir une maison plus grosse que celle du voisin. Je m’interrogeais d’ailleurs sur la motivation à avoir de si grosses demeures, parce qu’il faut tout de même s’en occuper et les entretenir ou payer quelqu’on pour le faire. Au final, on ne devient rarement plus libre en accumulant des biens. Je me souviens avoir lu quelque part que la liberté, c’est de pouvoir choisir ses chaînes.

Et en passant, les lièvres ont quitté l’île depuis un bon moment.

 

canal_de_chamblyJe reviens d’une balade en vélo le long de la piste cyclable du canal de Chambly. L’endroit n’est pas hyper-fréquenté, même si on y croise quelques cyclistes et des marcheurs.

Ce qui m’a frappé, c’est que moins l’endroit est fréquenté, plus les inconnus vont se saluer. Un petit signe de tête pour les uns, un sourire ou un cordial bonjour pour les autres. Mais dès qu’un endroit devient très fréquenté, c’est l’inverse qui se produit. Les gens s’isolent dans leur bulle, ne se regardent plus, se ne sourient plus. C’est tout de même un curieux phénomène.

J’ai pédalé quelques kilomètres côte à côte avec un monsieur d’un certain âge, je dirais plus de 75 ans, qui était visiblement équipé pour faire de longues distances. Originaire de Californie, il avait envoyé son vélo par Fedex à Montréal et il pédalait ensuite de Montréal à Boston où il allait retrouver sa femme pour célébrer leur 25 ans de mariage. Sa deuxième femme, a-t-il tenu à précisé, la première étant décédé après 17 ans de vie commune. Il roulait environ 100 kilomètres (60 milles) par jour. Il m’a dit être surpris de constater le nombre de gens parlant français par ici et ce n’est pas le premier américain à me faire cette remarque. Pour plusieurs d’entre eux, l’amérique du nord en entier est anglophone, même s’ils admettent qu’il y a beaucoup de latinos dans le sud.

 

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Julien Ribot, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

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– C’est ce dont je te parlais. On pourrait la retaper et en faire un site vraiment cool pour que les jeunes du quartier viennent y faire du skate.

– hmmm.

– Com’on man! Ça ne te plait pas?

– Te rappelles-tu de ce camps de chasse que mon père avait  à Notre-Dame-des-Bois?

– Oui, je me souviens de sa cabane.

– Quand il est tombé malade, elle a été laissée à l’abandon.

– Je ne saisi pas ou tu veux en venir.

– Je suis retourné à sa cabane il y a quelques mois. Les écureuils avaient envahi les lieux, il y avait des excréments partout, le matelas avait été grugé par les souris, les fenêtres étaient brisées. Au bout d’un certain temps, quand une construction d’homme est laissée à l’abandon, la faune locale en reprend possession. Ces tags sur les murs c’est comme un animal qui pisse pour marquer son territoire.

– Com’on man!, c’est pas de la pisse, c’est de l’art. Regarde ces formes, ces couleurs. Ces gars-là sont des artistes. Pour eux, toute surface urbaine est une immense toile qui ne demande qu’à être illuminée et mise en valeur. Ils ne cherchent pas à se l’approprier, ils cherchent à la libérer, à lui donner une personnalité unique. Moi, je ferais le ménage ici, je nettoierais et j’en ferais un endroit confortable, mais je laisserais tous ces tags sur les murs pour que les jeunes skaters s’y sentent chez eux, parce que ça ne serait pas dans le style tout propre-propre dont ils se sentent exclus.

– Je sais pas.

– L’art, ça dérange. Il faut que ça dérange. C’est toujours une sorte de cri du coeur de l’artiste qui étale ses tripes pour s’exprimer. Quand tu regardes une peinture ou une sculpture, tu as toujours un moment de silence où tu laisses ton corps absorber ce que tu vois. Tu t’en remets à tes émotions, à ce que ça éveille en toi. C’est un reflet de tes pensées, de tes croyances. Si tu vois de la pisse sur les murs, questionnes-toi man, parce que ça en dit long sur ce que tu penses de ceux qui n’entrent pas dans le moule.

– C’est pas ça.

– Oui, c’est exactement ça. Ce que je te propose aujourd’hui, c’est de m’aider à retaper la place et en faire un lieu où les jeunes du quartier se sentiront bien, parce qu’il n’auront pas l’impression qu’on leur reproche d’être différents. Com’on man! laisses un peu tomber tes préjugés et imagines-toi un instant dans une galerie branchée en train de regarder des oeuvres d’art. Qu’est-ce que tu vois?

– Okay (soupir). Je vois des « oeuvres » sans liens les unes aux autres ou en tout cas pas beaucoup. Certaines sont élaborées, d’autres sont minimalistes, à la limite juste une signature. J’aime quand même assez celle-là, en bas. On sent à la fois de la vitesse d’exécution et du contrôle, de la précision, mais ce n’est pas une oeuvre réfléchie, cérébrale, c’est instinctif. Elle m’inspire toutes les possibilités, tous ces choix de vie possibles, mais aussi la difficulté de prendre le bon chemin parce qu’il manque toujours quelque chose, alors au final c’est un peu tortueux. Il y a là comme un constat, un peu comme si « l’artiste » avait ensuite pris du recul et regardé son oeuvre avec satisfaction, heureux d’avoir su représenter parfaitement ce qu’il ressentait en lui.

– Voilà. Je pense que tu commences à comprendre. Alors, tu vas m’aider?

– Okay, on va le faire.

IMG_1016Près de chez moi, il y a un étang où une bande de colverts ont élu domicile. Je ne sais pas si ce sont toujours les mêmes qui reviennent, mais à chaque année, ils sont là. Plutôt timides au printemps durant la période nuptiale, ils s’accomodent très bien de la présence humaine un peu plus tard, quand les petits sont venus au monde.

Comme il y a un parc, juste à côté de l’étang, il est fréquent de voir des passants s’arrêter pour leur donner des petits morceaux de pain et les canards ont vite compris. Il a suffit que je m’asseois sur un banc à proximité pour qu’ils s’approchent rapidement et sans crainte, en espérant que j’aie un peu de pain à leur offrir.

Au départ, je pensais qu’il n’y avait que des femelles et des juvéniles nés plus tôt au printemps, mais en lisant un peu sur le sujet j’ai appris que les mâles affichant une magnifique tête verte en période d’accouplement, muaient et redevenaient bruns une fois la période passée.

Comme dans toutes les espèces, on voit des individus dominants, qui s’imposent généralement par leur mauvais caractère, repoussant à coup de bec ceux qui sont trop près de la zone stratégique où ils prévoient que l’on jettera le prochain morceau de pain.

Pour ma part, j’ai plutôt eu un faible pour un d’entre eux, avec une patte soit paralysée, soit cassée et qui tentait d’approcher. C’est à lui que j’ai donné la part du lion. Je sais que dans la nature, ceux qui sont faibles ou blessés sont généralement les premiers éliminés, parce que c’est par la multiplication des plus forts qu’une espèce domine éventuellement son environnement, mais c’est une règle qui m’a toujours parue cruelle. Il me semble qu’on devrait mesurer la force d’une société à la façon dont elle prend soin des plus démunis.

Parfois la vie d’un homme se résume à bien peu de chose. Une formule, c’est essentiellement ce qu’on retient de Pythagore: Son fameux théorème.

Cet homme qui a vécu il y a plus de 2500 ans, était mathématicien, c’est vrai, mais il était également astronome, savant, philosophe et s’intéressait aussi à la musique. Il avait expliqué, notamment, le secret des harmonies musicales en décrivant les proportions mathématiques des cordes de l’instrument. Ainsi l’octave avait un rapport de 12/6, la quarte de 8/6 et la quinte de 3/2. Il prétendait même que la distance entre les planètes relevaient des mêmes proportions et qu’en tournant, les planètes faisaient des sons, ce qu’il appela l’harmonie des planètes.

Paradoxalement, même si Pythagore est connu comme l’inventeur du fameux théorème, ce n’est pas vraiment lui qui l’a inventé. 1000 ans avant lui, les Babyloniens et les Chinois l’utilisaient déjà. Les Égyptiens utilisaient des cordes à 13 noeuds régulièrement répartis pour construire des pyramides avec des angles parfaitement droits.

Selon Pythagore l’univers s’expliquait par des proportions numériques harmonieuses. Que l’on parle du mouvement des planètes, de la musique, d’art ou de toutes choses produites par la nature, cette harmonie n’était pas qu’une perception de nos sens, mais aussi une réalité mathématique.

Lier l’art, la philosophie et les mathématiques, voilà sans doute le plus grand apport de cette homme à l’humanité.

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant de cette photo de Leiloona, écrire, juste pour le plaisir d’écrire.

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Il avait suffit d’un battement de cœur pour orienter la vie et les croyances du jeune Gabriel. À l’époque, il avait 9 ans. Un matin de septembre, alors qu’il parcourait nonchalamment la grève à marée basse, il avait vu de ses yeux vu, le battement de cœur d’une pierre qui se dorait au soleil sans savoir qu’elle était observée. Ce fut pour lui une stupéfiante révélation. La vérité s’imposait dramatiquement: Les pierres sont vivantes. Vivantes! À compter de cet instant, Gabriel commença à recueillir obsessivement des pierres pour peupler son zoo minéral. Elles étaient toutes uniques de par leur forme, leur couleur, leur texture. Il aimait les classer et reclasser encore et encore selon les différentes catégories et le soir avant de s’endormir, il s’installait à plat ventre, au bout de son lit et observait pendant de longues minutes sa collection étalée sur sa table de travail, souhaitant secrètement être à nouveau témoin d’un battement de cœur. En vain.

Ce moment unique l’avait cependant amené à élaborer une théorie sur la vie des pierres. Ainsi, selon Gabriel, les pierres vivent tout simplement à un rythme totalement différent du nôtre et surtout infiniment plus lent. Elles peuvent vivre des milliers, voire des millions d’années, mais leur cœur ne bat qu’à un rythme d’un battement par dizaine ou même par centaine d’années. C’est pourquoi on dit qu’elles sont faites de matière inerte, mais ce qu’on croit être sans vie ne l’est pas forcément. Dirait-on, par exemple, qu’un colibri est plus vivant qu’un être humain parce que son cœur cadence à 1200 battements par minute? Mais non, la vie c’est la vie. Alors, selon la même logique, un cœur qui bat à un rythme extrêmement lent n’est pas sans vie pour autant.

En grandissant, Gabriel étendit sa théorie à toutes les matières dites inertes et sa perception du monde évolua en ce sens. Que ce soit, un bout de papier, un bibelot, une chaise, un livre ou une fourchette, Gabriel accorda à tous ces objets, la même attention que s’il caressait un chaton. Il développa ainsi une solidarité très forte à tout ce qui l’entoure et du coup se senti toujours en communion intime avec l’immensité de l’univers vivant. Ne me croyez pas sur parole, répétait Gabriel. Essayez-le par vous-même. Touchez un objet autour de vous qui vous semble inerte, allez faites-le, caressez-le doucement du bout du doigt, imaginez-y la vie et vous verrez bien.