Archives de la catégorie ‘Réflexions’

 

canal_de_chamblyJe reviens d’une balade en vélo le long de la piste cyclable du canal de Chambly. L’endroit n’est pas hyper-fréquenté, même si on y croise quelques cyclistes et des marcheurs.

Ce qui m’a frappé, c’est que moins l’endroit est fréquenté, plus les inconnus vont se saluer. Un petit signe de tête pour les uns, un sourire ou un cordial bonjour pour les autres. Mais dès qu’un endroit devient très fréquenté, c’est l’inverse qui se produit. Les gens s’isolent dans leur bulle, ne se regardent plus, se ne sourient plus. C’est tout de même un curieux phénomène.

J’ai pédalé quelques kilomètres côte à côte avec un monsieur d’un certain âge, je dirais plus de 75 ans, qui était visiblement équipé pour faire de longues distances. Originaire de Californie, il avait envoyé son vélo par Fedex à Montréal et il pédalait ensuite de Montréal à Boston où il allait retrouver sa femme pour célébrer leur 25 ans de mariage. Sa deuxième femme, a-t-il tenu à précisé, la première étant décédé après 17 ans de vie commune. Il roulait environ 100 kilomètres (60 milles) par jour. Il m’a dit être surpris de constater le nombre de gens parlant français par ici et ce n’est pas le premier américain à me faire cette remarque. Pour plusieurs d’entre eux, l’amérique du nord en entier est anglophone, même s’ils admettent qu’il y a beaucoup de latinos dans le sud.

 

lampadaireJe suis un peu superstieux, comme le sont tous ceux qui croient aux signes du destin.

Ces signes prennent souvent la forme de petites pierres blanches déposées sur le chemin de ceux qui craignent de s’égarer de la voie lumineuse.

Sur mon trajet quotidien, alors qu’il fait encore nuit, il y a un lampadaire situé au coin d’une maison pour personnes âgées et à quelques reprises au cours des dernières semaines, au moment où je passe dessous, juste à cet instant, soit il s’allume, soit il s’éteint. Quand il s’allume, j’y vois un présage favorable, mais quand il s’éteint, un petite crainte s’empare de moi.

J’ai un préjugé favorable à la lumière, c’est vrai, parce que chez l’humain en général, la lumière est associée à l’honnêteté, l’intellligence, la transparence, la clarté et la chaleur, tandis que la noirceur invoque le côté obscur, les menaces enfouies dans l’ombre, les monstres qui se cachent sous les lits, la solitude, le froid et la mort. Ce qui fait la beauté de la nuit, plus que tout le reste, ce sont les étoiles qui brillent au firmament comme des sentinelles veillant au grain.

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Leiloona, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

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La vie de quartier a beaucoup changé depuis l’arrivée de ces gens de couleur. Au début, les autorités les avaient confinés dans une zone restreinte par crainte des infections, mais rapidement, ils ont compris que ces gens ne représentaient une menace ni pour la sécurité, ni pour la santé de la population, alors ils les ont laissés s’installer parmi nous.

Rapidement, nous avons su où ils habitaient puisqu’ils avaient tous repeint la façade de leur maison de couleurs vives. C’était un peu étrange et déstabilisant au départ, mais on s’y est fait rapidement et je dois dire que ça avait tout de même un certain style. On a su par la suite que c’était une blague de leur part, un clin d’oeil à notre l’indignation spontanée pour tout ce qui est différent. Ils ont un humour particulier, ces gens de couleur, tout en subtilité. Ils se moquaient ainsi gentiment de nous parce que pour eux, la différence est hautement souhaitable. D’ailleurs ce qu’on appelle « différence », eux l’appellent « la diversité des écosystèmes ». Lors d’une soirée d’échange organisée par l’un d’entre eux (ils en organisent à toutes les semaines), on m’avait expliqué que l’adaptation est une caractéristique universelle chez toutes les espèces vivantes. Au contact d’un changement environnemental, ce mécanisme se met en route et les individus qui savent en tirer parti seront dès lors, les mieux outillées pour survivre et perpétuer leur lignée. De même, si une espèce perdait cette faculté à s’adapter, elle s’éteindrait en quelques générations. C’est ce qu’ils appelaient la sélection naturelle. Selon eux, une société qui ne modifie jamais ses habitudes de vie ou qui ne fait face à aucun changement notable de son environnement perd progressivement ce réflexe d’adaptation et c’est pourquoi il était essentiel d’accueillir et valoriser la différence plutôt que la craindre.

À travers ces soirées d’échange, on s’est apprivoisé peu à peu. Nous avons appris à les connaître et voir au-delà de ce qui nous choquait au départ. Progressivement, on a oublié leur couleur différente et leur odeur corporelle inhabituelle pour s’intéresser plutôt à qui ils étaient. J’ai ainsi appris que la couleur verte de leur peau originait d’une adaptation majeure de leur espèce ne datant que de quelques générations. Cette évolution avait permis à un partie d’entre eux de survivre aux famines découlant d’une surexploitation éfférénée qui avait épuisé les ressources de leur planète. Tout comme les plantes, leur peau, pigmentée de chlorophylle, utilisait la photosynthèse pour transformer l’énergie solaire et combler leurs besoins énergétiques. C’était une évolution assez étonnante, il faut le reconnaître. Sachant notre planète menacée, ils sont venus partager leur savoir et nous aider à éviter le pire. Les couples mixtes ont commencé à se former depuis l’année dernière et bon, je dois vous dire que depuis peu, je suis en couple avec l’une d’entre elles et justement, hier après-midi, pour marquer mon adhésion au changement qui s’annonce, j’ai repeint en vert la façade de notre maison.

Questions sans réponse

Publié: 6 novembre, 2016 dans Écriture, Bonheur, Réflexions, Société

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Julien Ribot, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

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– Je fais un rêve étrange depuis quelques temps docteur. Je me retrouve devant une vieille maison délabrée et j’entends une voix d’enfant en détresse qui appelle de l’intérieur. Je tente désespérément d’ouvrir le gros portail, sans y parvenir alors que ces cris persistent et prennent toute la place. Je m’éveille ensuite en sueur, le coeur battant. J’ai fait trois fois ce rêve depuis jeudi dernier. Exactement le même rêve. Croyez-vous que ce soit une vision ou quelque chose du genre?

– Non, je ne crois pas. À travers les rêves, le subconscient s’exprime généralement en parabole. Il utilise des images de votre quotidien pour construire des scénarios représentatifs de ce qui vous préoccupe.

– Mais je n’ai jamais vu cette maison.

– Je comprends. Elle peut cependant être une reconstruction d’un souvenir d’enfance qui vous effrayait ou vous perturbait et dont les émotions vécues à l’époque s’apparentent à une situation que vous vivez maintenant. Est-ce que vous vivez une situation difficile actuellement, au travail ou à la maison?

– Honnêtement, rien qui sorte de l’ordinaire. Chaque jour ressemble au précédent.

– L’image est peut-être à un autre niveau. L’enfant qui crie pourrait être une partie de vous qui est enfermée dans votre quotidien et qui demande de l’aide pour être libérée. Ces journées répétitives qui se ressemblent toutes correspondent-elles à ce que vous aspirez dans la vie?

– Je ne me suis jamais trop posé la question. J’ai un travail un peu répétitif, mais sans stress qui me permet de vivre convenablement. Je vis seul avec mes chats Zoé et Bertrand. Je n’ai pas de problèmes de santé, j’ai un appartement sobre répondant à mes besoins et à mon budget et jusqu’à la semaine dernière, je dormais relativement bien. Si ce n’était de ces mauvais rêves, que demander de plus dans la vie?

– Si ça vous convient, c’est ce qui compte. La caractéristique répétitive de votre rêve est toutefois un peu préoccupante. Habituellement, elle est liée à un choc émotionnel important, à des émotions insupportables qui résultent d’un épisode violent ou traumatique et qui n’ont pu être intégrées parce que trop soudaines. La répétition permet à votre conscience de les apprivoiser et guérir progressivement si on peu le dire ainsi.

– Je n’ai rien vécu du genre.

– Ça peut aussi être par association. Parfois ce sont simplement des images vues à la télé ou sur internet qui génèrent un choc.

– Docteur, je n’ai pas internet et j’écoute très peu la télé. Je préfère lire de la poésie. Quoi qu’en y repensant, il y a bien cette histoire d’enlèvement d’enfants dont on parle depuis quelques temps et que je trouve vraiment terrible. De si jeunes enfants. Vous croyez que ça pourrait être lié à ça?

– C’est très possible en effet. C’est une affaire qui en perturbe plus d’un. Dites-vous cependant que nos forces policières travaillent d’arrache-pied sur cette affaires et qu’ils feront l’impossible pour les retrouver.

– Espérons-le. D’accord, Merci Docteur.

Dans les semaines qui suivirent, Paul eu encore ce cauchemar à répétition mais il garda tout cela pour lui. Le soir, après le travail, il arpentait souvent les rues, cherchant cette fameuse maison, mais sans résultat jusqu’à ce qu’il apprenne, le soir du 11 novembre que les enfants avaient enfin été retrouvés. Bien que mal en point, ils étaient tous vivants. Quel soulagement. La population pourrait enfin reprendre sa vie normale et permettre à nouveau aux enfants de retourner jouer au parc. Le prédateur, un homme dans la soixantaine discret et peu connu du voisinage, les avait enlevés et enchaînés à la cave pour une raison qu’il restait à élucider. Le choc pour Paul, fut d’apprendre qu’il s’agissait d’Armand Duteuil, un de ses collègues de travail.

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Julien Ribot, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

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– C’est ce dont je te parlais. On pourrait la retaper et en faire un site vraiment cool pour que les jeunes du quartier viennent y faire du skate.

– hmmm.

– Com’on man! Ça ne te plait pas?

– Te rappelles-tu de ce camps de chasse que mon père avait  à Notre-Dame-des-Bois?

– Oui, je me souviens de sa cabane.

– Quand il est tombé malade, elle a été laissée à l’abandon.

– Je ne saisi pas ou tu veux en venir.

– Je suis retourné à sa cabane il y a quelques mois. Les écureuils avaient envahi les lieux, il y avait des excréments partout, le matelas avait été grugé par les souris, les fenêtres étaient brisées. Au bout d’un certain temps, quand une construction d’homme est laissée à l’abandon, la faune locale en reprend possession. Ces tags sur les murs c’est comme un animal qui pisse pour marquer son territoire.

– Com’on man!, c’est pas de la pisse, c’est de l’art. Regarde ces formes, ces couleurs. Ces gars-là sont des artistes. Pour eux, toute surface urbaine est une immense toile qui ne demande qu’à être illuminée et mise en valeur. Ils ne cherchent pas à se l’approprier, ils cherchent à la libérer, à lui donner une personnalité unique. Moi, je ferais le ménage ici, je nettoierais et j’en ferais un endroit confortable, mais je laisserais tous ces tags sur les murs pour que les jeunes skaters s’y sentent chez eux, parce que ça ne serait pas dans le style tout propre-propre dont ils se sentent exclus.

– Je sais pas.

– L’art, ça dérange. Il faut que ça dérange. C’est toujours une sorte de cri du coeur de l’artiste qui étale ses tripes pour s’exprimer. Quand tu regardes une peinture ou une sculpture, tu as toujours un moment de silence où tu laisses ton corps absorber ce que tu vois. Tu t’en remets à tes émotions, à ce que ça éveille en toi. C’est un reflet de tes pensées, de tes croyances. Si tu vois de la pisse sur les murs, questionnes-toi man, parce que ça en dit long sur ce que tu penses de ceux qui n’entrent pas dans le moule.

– C’est pas ça.

– Oui, c’est exactement ça. Ce que je te propose aujourd’hui, c’est de m’aider à retaper la place et en faire un lieu où les jeunes du quartier se sentiront bien, parce qu’il n’auront pas l’impression qu’on leur reproche d’être différents. Com’on man! laisses un peu tomber tes préjugés et imagines-toi un instant dans une galerie branchée en train de regarder des oeuvres d’art. Qu’est-ce que tu vois?

– Okay (soupir). Je vois des « oeuvres » sans liens les unes aux autres ou en tout cas pas beaucoup. Certaines sont élaborées, d’autres sont minimalistes, à la limite juste une signature. J’aime quand même assez celle-là, en bas. On sent à la fois de la vitesse d’exécution et du contrôle, de la précision, mais ce n’est pas une oeuvre réfléchie, cérébrale, c’est instinctif. Elle m’inspire toutes les possibilités, tous ces choix de vie possibles, mais aussi la difficulté de prendre le bon chemin parce qu’il manque toujours quelque chose, alors au final c’est un peu tortueux. Il y a là comme un constat, un peu comme si « l’artiste » avait ensuite pris du recul et regardé son oeuvre avec satisfaction, heureux d’avoir su représenter parfaitement ce qu’il ressentait en lui.

– Voilà. Je pense que tu commences à comprendre. Alors, tu vas m’aider?

– Okay, on va le faire.

Ma toute belle

Publié: 16 octobre, 2016 dans Écriture, L'essentiel, psychologie, Réflexions

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Romaric Cazaux, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

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– Allez viens, dépêches-toi Béatrice, on va rater le train.

– Tu crois que c’est maman?

– Quoi?

– Là, le nuage.

– Mais de quoi parles-tu Béatrice?

– Juste là papa, il y avait un nuage qui me regardait.

Antoine regarda le ciel sans rien voir de particulier.

– Je ne sais pas Béatrice, mais on n’a pas le temps, on doit y aller. Viens!

Prenant Béatrice par la main, Antoine se hâta en direction de la gare, tandis que la petite jetait un regard derrière, cherchant des yeux cette forme translucide et familière qui flottait tout près d’elle quelques minutes auparavant. Charlotte, la maman de Béatrice était décédée deux mois plus tôt d’un cancer fulgurant qui, une fois démasqué, avait fini sa sale besogne en moins de trois semaines. Tout s’était passé terriblement vite et la petite n’avait pas trop compris pourquoi sa maman ne revenait plus auprès d’eux à la maison. On lui avait dit que maman était maintenant au ciel et que de là-haut, elle veillait sur nous tous, mais cette idée n’était pas trop claire pour Béatrice. Elle passait donc beaucoup de temps à observer le ciel. Dans la forme des nuages, elle discernait parfois des traits, la courbe du menton, une main ou la pointe des longs cheveux de maman. Elle surveillait aussi la cime des arbres et quand un oiseau s’élançait de là-haut, elle lui reconnaissait parfois un air familier, une façon de bouger avec grâce, comme le faisait maman quand elles tournoyaient ensemble toutes les deux au rythme de la musique. Il lui arrivait aussi de respirer profondément, y cherchant son odeur familière ou encore le matin quand elle s’éveillait, en gardant les yeux fermés, elle écoutait attentivement le moindre bruit en imaginant maman debout à la cuisine, en train de préparer le déjeuner comme avant. Elle lui manquait tant.

Maintenant assis tous les deux sur leur siège alors que le train s’apprêtait à démarrer, Antoine essuya du pouce une larme qui coulait sur la joue de Béatrice.

– Moi aussi, elle me manque ma chouette.

Puis, sortant et dépliant de sa poche un petit bout de papier, Antoine lut une fois encore à l’oreille de Béatrice, ces mots que Charlotte avait griffonnés pour elle à la toute fin.

Tes larmes m’appellent ma toute belle, mais ne crains pas, je suis là,
Je suis le souffle qui soulève les feuilles sous tes pas,
je suis le vent qui façonne les nuages pour toi,
Je suis le soleil qui chauffe doucement ta peau,
Je suis le vol, le chant d’un oiseau,
Je suis ce chat que tu caresseras des doigts,
Je suis partout où tu regarderas,
Où que tu sois, ne crains pas ma toute belle, car je suis là.

Et séchant ses larmes, à travers la fenêtre, Béatrice cru voir un sourire dans la fumée du cigare d’un gros monsieur assis  au bout du quai.

IMG_1016Près de chez moi, il y a un étang où une bande de colverts ont élu domicile. Je ne sais pas si ce sont toujours les mêmes qui reviennent, mais à chaque année, ils sont là. Plutôt timides au printemps durant la période nuptiale, ils s’accomodent très bien de la présence humaine un peu plus tard, quand les petits sont venus au monde.

Comme il y a un parc, juste à côté de l’étang, il est fréquent de voir des passants s’arrêter pour leur donner des petits morceaux de pain et les canards ont vite compris. Il a suffit que je m’asseois sur un banc à proximité pour qu’ils s’approchent rapidement et sans crainte, en espérant que j’aie un peu de pain à leur offrir.

Au départ, je pensais qu’il n’y avait que des femelles et des juvéniles nés plus tôt au printemps, mais en lisant un peu sur le sujet j’ai appris que les mâles affichant une magnifique tête verte en période d’accouplement, muaient et redevenaient bruns une fois la période passée.

Comme dans toutes les espèces, on voit des individus dominants, qui s’imposent généralement par leur mauvais caractère, repoussant à coup de bec ceux qui sont trop près de la zone stratégique où ils prévoient que l’on jettera le prochain morceau de pain.

Pour ma part, j’ai plutôt eu un faible pour un d’entre eux, avec une patte soit paralysée, soit cassée et qui tentait d’approcher. C’est à lui que j’ai donné la part du lion. Je sais que dans la nature, ceux qui sont faibles ou blessés sont généralement les premiers éliminés, parce que c’est par la multiplication des plus forts qu’une espèce domine éventuellement son environnement, mais c’est une règle qui m’a toujours parue cruelle. Il me semble qu’on devrait mesurer la force d’une société à la façon dont elle prend soin des plus démunis.