Archives de la catégorie ‘Sagesse’

On connaît tous cette histoire de l’épée de Damocles. Bien qu’elle date de plusieurs siècles, elle illustre parfaitement ce sentiment terrible qu’une menace perpétuelle nous pend au-dessus de la tête: Brexit, Trump, Corée du Nord, crise économique, l’Europe fragmentée, la montée de l’intégrisme, l’endettement incroyable des pays occidentaux, la puissante Chine silencieuse, le terrorisme, le changement climatique, la surpopulation, mais aussi des épées plus personnelles, la maladie, la peur de perdre la vie ou de perdre un proche.

Chacun définit ses propres épées de Damoclès et il est difficile d’en faire totalement abstraction. Elles influencent nos actions, notre quotidien et notre façon de percevoir la vie.

De façon générale, l’information me sécurise. J’aime analyser et comprendre, parce que ça me donne l’illusion d’être en contrôle.  C’est un peu comme si elle me permettait de mesurer le niveau de risque que je cours réellement et me préparer mentalement en conséquence.

Cependant, dans ce monde où il y a tant, mais tant d’information à notre portée, cela provoque aussi l’effet inverse, puisqu’on peut découvrir chaque jour une nouvelle menace potentielle. On peut ainsi passer l’essentiel de son temps à analyser le fil qui retient l’épée plutôt que de vivre sa vie. C’est un peu fou quand on y pense.

Et au fond, ça changerait quoi de savoir que le fil cèdera aujourd’hui, demain, dans un mois ou dans un an?

Si je savais de façon certaine que ce que je crains arrivera demain, est-ce que je vivrais différemment la présente journée? Oui, sans doute. Je voudrais certainement savourer chaque minute intensément. Je ne me soucierais pas de ce qu’on pourrait penser de moi. Je ne m’inquiéterais pas d’un futur qui n’existe pas encore et qui n’existera pas.

Mais quand j’y pense, qu’est-ce qui m’empêche de le faire quand même?

Pas juste des mots

Publié: 11 avril, 2016 dans Bonheur, rêves, Sagesse

Entendu à la radio aujourd’hui, ces paroles pleines de sagesse de Samian, un rappeur québécois d’origine algonquine.

« On peut chaque jour choisir de nourrir nos peurs ou de nourrir nos rêves »

 

hiverHier, en fin de journée, avec le facteur de refroidissement, la température ressentie avoisinait les -30. Cette période de l’année, de la mi-janvier à la fin février est toujours éprouvante pour le corps et pour le moral.

Le froid, le manque de lumière, la banque de vacances qui est épuisée, les weekends de 3 jours qui ne reviendront qu’en Avril, le rhume qui touche des tas de gens ici et là, tout cela contribue à en faire la période que j’estime la plus difficile de l’année.

C’est donc avec un bonheur renouvelé que l’on accueille, chaque année, les premiers signes du printemps. Ce matin, la température était relativement clémente, avec -12 degrés celcius et le soleil pointait à peine à travers un voile nuageux, mais suffisamment pour m’inciter à aller marcher quelques kilomètres et prendre un peu de lumière. Ce fut donc avec un peu d’étonnement et une bouffée de bonheur que j’ai vu passer quatre canards volant en formation.

Il est clair qu’en février, ces canards ne partent pas pour le climat plus chaud du sud, mais ont plutôt remonté un peu hâtivement vers le nord. C’est néanmoins un signe qui ne ment pas, un signe plus fort que celui de la traditionnelle marmotte qui voit son ombre ou pas à la mi-février.

Encore quelques semaines, tout au plus et on y sera. Courage!

Atelier d’écriture d’Olivia Billington:

Écrire une courte histoire avec les mots suivants:

sagesse – proverbe – absolument – subtil – vieillesse – ennemie – adversaire – jeu – échecs – fiasco – erreur – accepter – joie – plaisir – offrir

La consigne facultative : votre personnage doit retrouver un objet qu’il avait perdu.

salzbourg

« La sagesse est une bougie qui éclaire sans jamais se consumer ». Ce proverbe, mon grand-père l’avait gravé sur son immense bâton de marche qui lui tenait toujours compagnie lors de ses randonnées dans les montagnes de Salzbourg. A chaque fois qu’il revenait de ses longues excursions, j’étais absolument abasourdi de le voir en aussi grande forme, comme s’il puisait à même le sol, une énergie subtile qui le gardait hors du temps. Peut-être avait-il découvert une source de jouvence, quelque part, la-haut, le long d’un sentier, puisque selon toute apparence, la vieillesse n’avait pas de prise sur cet homme. Plus les années passaient et plus il rayonnait, comme une bougie qui éclaire sans jamais se consumer. Sa seule présence apaisait ceux qui le côtoyaient et quand il posait sa main chaleureuse sur l’épaule d’êtres blessés de corps ou d’esprit, on percevait clairement la souffrance et la peur les quitter comme la rosée matinale qui s’élève dès les premiers rayons de soleil.

 « L’ennemie du temps, m’avait-il dit un jour, c’est de croire qu’il s’écoule. La vie est une longue marche de l’esprit, à travers l’un ou l’autre des chemins possibles. Le temps n’est pas en mouvement, c’est l’esprit qui fait tout.»

Je ne comprenais pas tout à fait le sens de ces mots, mais tout mon être y répondait, comme lorsqu’on est mis en présence d’une vérité fondamentale, mais inaccessible au raisonnement.

— « La vérité n’a pas à être rationalisée, décortiquée et mise en boîte pour être comprise, avait-il ajouté. Elle se dévoile d’elle-même à tout ceux qui s’en approchent avec un cœur pur. Les deux hémisphères de notre cerveau sont souvent les adversaires de la compréhension, l’un ne demandant qu’à croire et l’autre exigeant systématiquement des preuves. Pourtant, tous deux posent un regard incomplet sur une vérité inaccessible dans sa totalité. C’est un peu comme prétendre avoir vu la mer entière en l’ayant observée une fois à travers le hublot de sa cabine.»

Quand les troupes allemandes envahirent la région, au printemps 1938, mon grand-père le vécu comme un échec personnel. Il sembla prendre sur ses épaules toutes les souffrances qui en découleraient, se culpabilisant de n’avoir pu insuffler sagesse et bonté dans le cœur de ces hommes captivés par les jeux de pouvoir. Ces hommes qui pourtant, avaient aussi été enfants, et pire, des enfants ayant vécus tout près d’ici à Braunau am Inn. Il aurait pu, disait-il, en larme, les côtoyer, soigner leur âme avant qu’elle ne veuille blesser et tout détruire pour justifier sa propre souffrance.

Quand, poussé par la culpabilité, on remonte le chemin de nos choix, on retrouve toujours cette intersection critique où une décision, en apparence anodine, fut l’élément déclencheur de tout ce qui a suivi. Ces erreurs, constatées à posteriori sont celles qu’on n’accepte pas, qu’on ne se pardonne jamais et qui reviennent nous hanter, jour après jour comme une succession d’échecs, vampirisant notre vitalité et nous privant de joie en assombrissant chaque moment de plaisir. Voilà le mal qui affligeait désormais mon grand-père.

Dès l’invasion, il nous fut interdit à tous de fréquenter la montagne et la santé de mon grand-père se mit rapidement à décliner. Sans doute, avait-il senti le fiasco total qui s’abattrait non seulement sur notre région, mais aussi sur le tiers de l’humanité. C’est à cette époque, je crois bien, qu’il enterra son bâton de marche, pour qu’il repose en paix, à l’abris des atrocités qui se préparaient. Son bâton, m’avait-il expliqué, lui servait à réinjecter au cœur de la montagne, le mal expurgé des êtres souffrants, pour l’enkyster solidement dans la pierre.

— «  La hauteur de nos montagnes, dit-il encore, témoigne de la somme des douleurs vécues ici au cours des siècles. Mon temps est maintenant venu. Quand la guerre aura pris fin, je ne serai plus de ce monde, je le sais parfaitement. Je ne pourrai plus jouer ce rôle essentiel et si important. Alors, comme on l’a fait pour moi autrefois, me dit-il, prenant ma main, je te confie la tâche de perpétuer cette purification en récoltant le mal enfoui dans le cœur et le corps de ceux que tu croises et en le canalisant ensuite là-haut, dans nos montagnes. Vas maintenant, retrouves cet arbre immense auquel tu aimais tant grimper quand tu étais enfant, celui que tu prenais à plein bras comme on serre la jambe d’une grande personne, retrouve-le et demandes-lui de t’offrir une branche, que tu tailleras à ta mesure et graves-y une pensée qui saura te guider dans ta mission. »