Archives de la catégorie ‘Société’

Les 3 vies de Thomas

Publié: 9 novembre, 2017 dans Bonheur, Réflexions, Société

Près de mon lieu de travail, il y a un cimetière. J’aime déambuler dans ces lieux. J’y vais à l’occasion durant l’heure du lunch. C’est paisible. Quand on s’y promène, on ressent des tas de souvenirs-fantômes diffus qui flottent ici et là à hauteur d’homme autour de ces noms gravés dans la pierre. Des histoires d’amour et des drames aussi. Des couples qui ont vécu ensemble très longtemps et qui sont décédés presqu’en même temps, comme s’ils n’avaient pu vivre l’un sans l’autre. D’autres pierres, sont presque complètement effacées par l’usure du temps, comme si ces personnes décédées avaient perdu leur nom, faute de descendance pour garder vivant ce qu’ils ont été. Et puis, cette pierre m’a particulièrement touché. Un couple, Patrick et Mary Hackett, ont perdu 6 de leurs enfants, âgés de moins de 3 ans entre 1845 et 1856. À cette époque, la mortalité infantile était élevée. 20% d’entre eux mouraient dans leur première année de vie. Aujourd’hui, on s’attend tous implicitement à faire éventuellement face à la mort de ses parents, mais pas à celle de ses enfants. La gastro-entérite était souvent la cause des décès au milieu du 19ième siècle. Beaucoup de femmes n’allaitaient pas leur bébé. On leur donnait du lait de vache non pasteurisé et l’eau courante n’était pas non plus contrôlée.

Des 6 enfants de Patrick et Mary décédés en bas-âge, 3 avaient été nommés Thomas. C’est quasiment une malédiction.

cimetiere

Nostalgie projetée

Publié: 29 octobre, 2017 dans Écriture, Bonheur, Réflexions, Société

Je ferme les yeux et je me projette mentalement dans un avenir possible où je n’aurai plus auprès de moi tout ceux que j’aime, un avenir où je n’aurai plus les mêmes capacités physiques et mentales, un avenir où je penserai avec une certaine nostalgie à tout ce que j’avais à une autre époque, sans le réaliser pleinement, à la paix relative dans laquelle nous vivions, à des débats d’idées plutôt que des combats armés, à une situation économique où en plus d’un toit et d’un repas, vous avions le temps de regarder pousser les fleurs, à une terre et un climat qui n’étaient pas détruits par la surexploitation et où on pouvait prendre un verre d’eau sans devoir le payer. Puis, j’ouvre les yeux sur aujourd’hui et je suis attentif à ce qui se passe autour de moi pour apprécier l’instant.

Et je me dis, également, que des bonheurs aujourd’hui insoupçonnés, viendront aussi fleurir demain.

 

beforeIgoPour ce premier rendez-vous, est-ce que je mets la rouge ou la noire, pensais-je, inquiète.

En cet instant, l’anxiété qui me prenait au ventre n’avait rien à voir avec la couleur de ma robe, je n’étais pas dupe. C’était cette foutue cicatrice marquant mon visage d’un bout à l’autre qui, comme à chaque fois, me filait la trouille. Que dira-t-il en me voyant? Comme tous les autres, il ne dira probablement rien, hésitera à me questionner de peur de me blesser, mais je lirai dans ses yeux cette intense concentration de ceux qui ne veulent pas baisser du regard. Son silence dira tout. La photo du site datait d’avant l’agression et je n’en avais rien dit.

Machinalement, j’appliquai le fond de teint habituel pour masquer partiellement les longues cicatrices roses qui se creusent de façon disgracieuses dès que je souris. Si je garde un visage neutre et qu’on n’y porte pas trop attention, on pourrait presque penser que je suis jolie comme autrefois.

Etalant du noir à paupière et perdue dans mes pensées, je laissai ma main filer librement, en écriture automatique et peu à peu elle me dessina tout autour, deux immenses puits sans fond, ouverts à la noirceur qui m’habitait intérieurement, comme un clown triste. Inspirée malgré tout, j’eu envie de continuer ce camouflage, appliquant du blanc partout sur mon visage, puis de petites pétales roses ici et là. Je me fit un nez de chat et enfin, pour compléter le tout, d’un fin trait noir, je suivi mes cicatrices d’un bout à l’autre, mettant l’emphase sur ce que je voulais cacher. Cela me donnait un air mélancolique, mais qui reflètait parfaitement mon état d’esprit. Advienne que pourra, voilà comment j’irai à cette rencontre, ce soir, me dis-je. Pour une fois, on s’amusera de mon apparence plutôt que d’en faire une barrière infranchissable.

J’insérai 4 roses dans mes cheveux et enfilai la robe noire. Je pris un taxi et me rendis au resto Chez Antoine, tel que convenu la veille, lors de notre dernier échange sur le site de rencontre. J’aurai une rose à la boutonnière m’avait-il écrit.

Je pris une longue respiration et entrai dans le resto, le cherchant du regard. Mon coeur fit un bond en l’apercevant, assis à une table tout au fond et à ses pieds, couché au sol, il y avait un chien-guide. Je m’avançais vers lui et m’arrêtai à sa table.

– Charlotte, c’est bien toi? me demanda-t-il?

– Oui, c’est moi, dis-je, souriant intérieurement.

– Ta voix est exactement comme je l’avais imaginée, douce à l’oreille et chantante de son accent du pays. Je suis si heureux de te rencontrer. S’il-te-plait, prend place. Je sais que c’est probablement un choc pour toi, enfin, je veux dire que tu ne savais pas, mais je t’expliquerai.

Je m’assieds face à lui, souriant sans retenue de cette étonnante situation.

– Ça va, Charlotte?

– Oui, je vais très bien. Laisses tomber toutes ces explications et parles-moi de toi, lui dis-je, soulagée.

Crédit photo: 500x.com

 

chateau

J’ai étiré cet après-midi ma balade en vélo dans un secteur que je n’avais pas revu depuis une dizaine d’années. Ce secteur appelé l’île-aux-lièvres était réputé à l’époque pour ses grosses maisons luxueuses. Ce qui m’a frappé en y retournant, c’est que ces grosses maisons de l’époque sont maintenant devenues petites à côté de celles qu’on a construit depuis. Comme s’il y avait constamment une surenchère pour se bâtir une maison plus grosse que celle du voisin. Je m’interrogeais d’ailleurs sur la motivation à avoir de si grosses demeures, parce qu’il faut tout de même s’en occuper et les entretenir ou payer quelqu’on pour le faire. Au final, on ne devient rarement plus libre en accumulant des biens. Je me souviens avoir lu quelque part que la liberté, c’est de pouvoir choisir ses chaînes.

Et en passant, les lièvres ont quitté l’île depuis un bon moment.

souche
La folie avait débuté suite à un article paru dans le journal local et qui titrait: « L’arbre qui parle aux morts ».
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À prime abord, c’était une histoire invraisemblable qui sentait l’arnaque: Un arbre centenaire planté au beau milieu du cimetière de Sainte-Marthe-des-pas-perdus permettait aux gens décédés de communiquer avec le monde des vivants. Le mécanisme semblait relativement simple, voire simpliste. Il suffisait à un vivant, n’importe qui, d’attacher un petit bout de papier à une branche et dans les jours qui suivaient, un message provenant de l’au-delà y apparaissait comme par magie.
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Suite à la parution du journal, la rumeur s’était répandue comme une traînée de poudre dans le village et rapidement, s’étaient multipliés le nombre de bouts de papier attachés à l’arbre qui parle.  Les messages étaient de différentes natures, parfois gentils, parfois moins, mais ce qui rendait le phénomène stupéfiant c’est que tous reconnaissaient de façon formelle l’écriture manuscrite et le style littéraire des personnes décédées. On avait bien tenté de démasquer l’imposture, mais sans y parvenir. Les messages n’y apparaissaient que la nuit et sans témoin. Si quiconque tentait d’observer le phénomène en direct ou par une caméra de surveillance, rien ne se produisait cette nuit-là. Les sceptiques crièrent à la supercherie, mais faute de pouvoir la démontrer, la croyance populaire l’emporta et face aux pressions de la population locale, le conseil de ville embaucha des gardiens de sécurité qu’ils postèrent en périphérie du cimetière pour empêcher quiconque de s’en approcher la nuit. On assurait ainsi la fluidité des communications avec l’autre monde.
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La nouvelle se répandit progressivement dans la région, puis plus loin encore, de sorte qu’en quelques semaines, le village fut littéralement envahit par une foule de curieux venant quotidiennement faire la file, soit pour attacher leur ficelle et bout de papier soit pour prendre connaissance du message qui leur était adressé. On n’avait jamais vu un cimetière aussi rempli de gens vivants.
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Puis, peu à peu, un malaise s’installa au sein de la population. La nature humaine étant ce qu’elle est, les gens ne se contentèrent pas de lire uniquement les messages qui leurs étaient adressés, de sorte que des tas de secrets que l’on croyait enfouis avec les défunts commencèrent a refaire surface et se répandre en ragot un peu partout dans les villes environnantes. À la lumière de certaines informations, les autorités policières reçurent même de la pression pour ouvrir certaines enquêtes, notamment une concernant le Colonel Preston.
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L’épouse du Colonel Preston était décédée l’année précédente de mort naturelle, c’est du moins ce qu’indiquait le certificat de décès. Or, à peine 2 mois après l’incinération, une plantureuse blonde était venue s’installer dans la résidence du colonel, ce qui avait suscité toutes sortes de rumeurs sur les causes du décès. En outre, pour ajouter aux rumeurs, depuis quelques jours, l’épouse défunte était devenue passablement volubile. Elle avait ainsi laissé entendre, par arbre interposé, qu’elle dévoilerait bientôt une cruelle vérité.
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Or, le lendemain matin, peu après le lever du soleil, alors que les gardiens avaient quitté leurs postes de garde, quelqu’un s’introduisit dans le cimetière, une hache à la main et l’arbre bavard fut réduit au silence. Comme on s’en doutait, l’enquête menée par les policiers identifia le Colonel comme responsable de la mort de l’arbre, mais faute de mieux, on dû se contenter de l’accuser de méfait public de sorte qu’il écopa d’une amende ridicule, malgré les vives protestations de la population.
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L’arrogant Colonel se cru ainsi rassuré et à l’abri des témoignages d’outre-tombe et dans les semaines qui suivirent, on le vit régulièrement parader effrontément dans les rues du village, affichant fièrement son uniforme, ses médailles et sa plantureuse petite amie.
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Sa conduite victorieuse fut tout de même assez brève, puisqu’au printemps suivant, une énergique petite repousse vint pointer son nez au sommet de la défunte souche, annonçant ainsi la reprise éventuelle des témoignages de l’au-delà.

Pas de tataouinage

Publié: 21 décembre, 2016 dans Environnement, Politique, Société

tataouineCette expression est bien connue au Québec et signifie d’arrêter de tergiverser, d’hésiter, bref de se grouiller le cul.

Mais d’où peut bien venir cette expression?

Il existe, en Tunisie, une ville appelée Tataouine, qui tient son nom de tittawen, qui, en berbère, est le pluriel de tît qui signifie source. Ce lieu était connu à l’époque pour être un simple relai sur la route des caravanes où on s’arrêtait pour s’abreuver puisqu’on y trouvait une source d’eau.

Comme c’était uniquement un relai, on ne voulait pas d’y attarder trop longtemps, d’où l’expression dérivée du verbe tataouiner et utilisée au Québec.

Je pense à cette ville aujourd’hui, parce que j’ai lu dans les médias que le suspect recherché par la police allemande suite aux attentats de Berlin était originaire de Tataouine.

Évidemment, ce n’est pas la meilleure façon de faire connaître sa région.

Questions sans réponse

Publié: 6 novembre, 2016 dans Écriture, Bonheur, Réflexions, Société

Atelier d’écriture de Leiloona.

En s’inspirant d’une photo de Julien Ribot, écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

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– Je fais un rêve étrange depuis quelques temps docteur. Je me retrouve devant une vieille maison délabrée et j’entends une voix d’enfant en détresse qui appelle de l’intérieur. Je tente désespérément d’ouvrir le gros portail, sans y parvenir alors que ces cris persistent et prennent toute la place. Je m’éveille ensuite en sueur, le coeur battant. J’ai fait trois fois ce rêve depuis jeudi dernier. Exactement le même rêve. Croyez-vous que ce soit une vision ou quelque chose du genre?

– Non, je ne crois pas. À travers les rêves, le subconscient s’exprime généralement en parabole. Il utilise des images de votre quotidien pour construire des scénarios représentatifs de ce qui vous préoccupe.

– Mais je n’ai jamais vu cette maison.

– Je comprends. Elle peut cependant être une reconstruction d’un souvenir d’enfance qui vous effrayait ou vous perturbait et dont les émotions vécues à l’époque s’apparentent à une situation que vous vivez maintenant. Est-ce que vous vivez une situation difficile actuellement, au travail ou à la maison?

– Honnêtement, rien qui sorte de l’ordinaire. Chaque jour ressemble au précédent.

– L’image est peut-être à un autre niveau. L’enfant qui crie pourrait être une partie de vous qui est enfermée dans votre quotidien et qui demande de l’aide pour être libérée. Ces journées répétitives qui se ressemblent toutes correspondent-elles à ce que vous aspirez dans la vie?

– Je ne me suis jamais trop posé la question. J’ai un travail un peu répétitif, mais sans stress qui me permet de vivre convenablement. Je vis seul avec mes chats Zoé et Bertrand. Je n’ai pas de problèmes de santé, j’ai un appartement sobre répondant à mes besoins et à mon budget et jusqu’à la semaine dernière, je dormais relativement bien. Si ce n’était de ces mauvais rêves, que demander de plus dans la vie?

– Si ça vous convient, c’est ce qui compte. La caractéristique répétitive de votre rêve est toutefois un peu préoccupante. Habituellement, elle est liée à un choc émotionnel important, à des émotions insupportables qui résultent d’un épisode violent ou traumatique et qui n’ont pu être intégrées parce que trop soudaines. La répétition permet à votre conscience de les apprivoiser et guérir progressivement si on peu le dire ainsi.

– Je n’ai rien vécu du genre.

– Ça peut aussi être par association. Parfois ce sont simplement des images vues à la télé ou sur internet qui génèrent un choc.

– Docteur, je n’ai pas internet et j’écoute très peu la télé. Je préfère lire de la poésie. Quoi qu’en y repensant, il y a bien cette histoire d’enlèvement d’enfants dont on parle depuis quelques temps et que je trouve vraiment terrible. De si jeunes enfants. Vous croyez que ça pourrait être lié à ça?

– C’est très possible en effet. C’est une affaire qui en perturbe plus d’un. Dites-vous cependant que nos forces policières travaillent d’arrache-pied sur cette affaires et qu’ils feront l’impossible pour les retrouver.

– Espérons-le. D’accord, Merci Docteur.

Dans les semaines qui suivirent, Paul eu encore ce cauchemar à répétition mais il garda tout cela pour lui. Le soir, après le travail, il arpentait souvent les rues, cherchant cette fameuse maison, mais sans résultat jusqu’à ce qu’il apprenne, le soir du 11 novembre que les enfants avaient enfin été retrouvés. Bien que mal en point, ils étaient tous vivants. Quel soulagement. La population pourrait enfin reprendre sa vie normale et permettre à nouveau aux enfants de retourner jouer au parc. Le prédateur, un homme dans la soixantaine discret et peu connu du voisinage, les avait enlevés et enchaînés à la cave pour une raison qu’il restait à élucider. Le choc pour Paul, fut d’apprendre qu’il s’agissait d’Armand Duteuil, un de ses collègues de travail.