Célestine

Publié: 15 avril, 2018 dans amour, Écriture

Atelier d’écriture de Leiloona. En s’inspirant d’une photo de Mattheus Ferreira, écrire une courte histoire, juste pour le plaisir d’écrire.

En complément, j’ai aussi utilisé le générateur de mots aléatoires. j’ai obtenu ces 10 mots avec lesquels je m’étais donné pour défi d’écrire en les insérant tous et dans l’ordre.

Les mots qui sont apparus sont les suivants:

Laid, Botte, Bouche, Famille, Avion, Olive, Marguerite, Laitue, Robe, Chapeau

adorable-beautiful-child-573285Il est tabou de dire aux parents que leur nouveau-né puisse être laid et pourtant c’était la réaction spontanée de la plupart de ceux qui avaient vu Célestine à sa naissance. Ses cheveux roux en épi, drus et emmêlés comme une botte de foin, des yeux qui louchaient légèrement et une bouche qui faisait systématiquement la baboune rebutaient les regards, même ceux de sa famille immédiate, mais pas celui de Charlotte, sa maman. Elle voyait dans ce petit être toute l’énergie et l’amour qu’elle avait consacré à le créer, parce que donner naissance à un enfant, c’est exactement ça, créer un nouvel humain, un être qui rassemblera dans une recette unique, non seulement les gènes de ses parents, mais aussi un peu tout de ce qui l’entoure, parce que chaque cellule, chaque molécule de son corps aura été formée des atomes de carbone, de calcium, d’azote, de phosphore, d’hydrogène ou d’oxygène, capturés à proximité d’elle durant sa croissance pour faire dorénavant partie d’un nouvel assemblage. Aussi, durant sa grossesse, Charlotte avait énormément voyagé, prenant l’avion plusieurs fois par mois pour diverses destinations lointaines, afin que Célestine ait en elle la plus large part possible de notre univers. Que le résultat étonne, voire rebute ceux qui la regardait n’était que temporaire, se disait-elle, puisque chaque atome de Célestine se rappelait les corps auxquels ils avaient participé depuis le début des temps et la variété si riche la composant demandait du temps pour s’assembler harmonieusement, atténuer les contours et rendre le tout agréable au regard.

Il avait fallu plusieurs mois pour que son teint légèrement olive et ses tâches de rousseur lui donne une petite frimousse attachante. Ses yeux s’étaient progressivement réalignés, ses cheveux étaient devenus plus souples et maléables et l’amour inconditionnel de sa maman, avait insufflé à Célestine une confiance inébranlable en son destin. Consciente, très jeune d’incarner en elle chaque partie de notre monde, elle affichait naturellement une tolérance ouverte, une empathie, voire une proximité avec tout ce qui l’entoure, peu en importe la forme, qu’il soit minéral, végétal ou animal, que ce soit un lapin, un arbre, une pierre, une marguerite ou même une feuille de laitue, elle respectait ce qu’ils étaient, pour ce qu’ils étaient, pour le rôle qu’ils jouaient dans notre univers en transformation constante et quand un d’entre eux entrait en contact direct avec elle, lorsque par exemple elle portait une robe ou un chapeau, celui-ci s’adaptait docilement, se moulait à l’ensemble, faisant corps avec Célestine pour ne plus former qu’un joli tout esthétique et harmonieux.

Pensée du jour

Image  —  Publié: 15 avril, 2018 dans Bonheur, Pensée du jour, Réflexions, Société

Le petit canard jaune

Publié: 14 avril, 2018 dans amour, Écriture, Bonheur

En utilisant un gérénateur de mots aléatoires, j’ai obtenu ces 10 mots avec lesquels je m’étais donné pour défi d’écrire une histoire en les insérant tous et dans l’ordre.

Les mots qui sont apparus sont les suivants:

Baignoire, Trottoir, Loupe, Plage, Canard, Bocal, Source, Pélican, Cabine, Grain de raisin

canard jauneIsolée dans son univers musical riche et enveloppant, les oreilles entièrement enfouies sous ses écouteurs, Henriette somnolait dans sa baignoire depuis vingt bonnes minutes en écoutant en boucle « When a Man Loves a Woman ». Cette chanson avait marqué le début, le milieu et maintenant la fin de leur histoire. Les bulles avaient disparues et l’eau désormais tiède, presque froide, lui rappelait cyniquement comment un amour pourtant promis à l’éternité pouvait brusquement s’écrouler.

De ses doigts mouillés, elle s’essuya les yeux, se leva, posa ses écouteurs par terre et attrapa la serviette en se frottant vigoureusement le corps pour se réchauffer et effacer du coup la tristesse qui lui collait encore à la peau.

Elle se glissa avec précaution dans son jeans préféré, évitant de mettre les pieds dans les trous judicieusement disposés. Elle enfila une chemise blanche en lin qu’elle laissa flotter librement sur ses hanches, attacha les boutons, hésita, puis en déboutonna délibérément un de trop. Elle replia ensuite les manches jusqu’aux coudes, détacha ses cheveux encore retenus en toque et agita la tête de gauche à droite pour libérer à la fois ses cheveux et ses pensées, tout en évaluant son look dans le miroir. Si ce n’était de ses yeux un peu cernés, elle était assez satisfaite du résultat final. Elle se sourit, sans trop y croire, glissa ses pieds nus dans ses souliers préférés et sorti pour aller au café du coin.

Sac à l’épaule, sans se presser, Elle marchait sur le trottoir avec une insouciance un peu feinte, comme si une caméra observait à la loupe ses moindres faits et gestes. Le café était face à la plage, là où elle avait rencontré Jean-Louis la première fois. Elle se souvenait parfaitement de cette journée qu’elle aimait revivre mentalement.

Cette journée-là, marchant nonchalamment en longeant la mer, elle écoutait sa playlist de chansons d’amour quand elle l’avait aperçu, étendu sur une serviette de plage et lisant un roman Harlequin. À côté de lui sur le sable, il y avait un petit canard jaune en plastique et une tortue dans un bocal. Amusée et intriguée par cet homme pour le moins original, elle s’était approchée et enlevant ses écouteurs, l’avait abordé.

– Dites donc, vous n’êtes pas un peu vieux pour ça?

– Pardon?

– Le canard, c’est à vous?

– Ahh, non ce n’est pas à moi. C’est celui d’un petit bonhomme qui vient ici régulièrement avec sa famille. Je l’ai vu souvent avec ce petit canard et il l’a probablement juste oublié la semaine dernière. Je me disais que ça lui ferait plaisir de le retrouver, alors je l’ai ramassé pour le lui remettre cette semaine si sa famille se présente.

– C’est gentil ça. Et la tortue?

– C’est Gertrude. Je l’amène toujours avec moi quand je viens à la mer. Je suis sûr que ça lui fait plaisir et avant que vous ne posiez la question, le Harlequin aussi est à moi et je ne suis pas gay.

– ah ah, vous êtes un drôle de personnage, vous. Je peux m’asseoir?

– Bien sûr, j’avais fini mon chapitre de toute façon. Je suis Jean-Louis et vous êtes?

– Henriette. Enchantée, dit-elle en s’assoyant sur le sable. Vous lisez toujours des romans Harlequin?

– Pas toujours, mais par moment je trouve intéressant de m’immerger dans ces histoires d’amour. Les sentiments, ce n’est pas juste pour les femmes vous savez.

Et c’est comme ça qu’avait débuté leur histoire. Jean-Louis était un romantique, un peu cucu par moment, mais beau bonhomme, attachant et très à l’écoute des autres, comme s’il avait un sixième sens pour détecter les besoins des gens sans qu’ils ne disent un mot. Il savait brillamment mettre le doigt sur la source des tourments de tous et chacun, particulièrement ceux d’Henriette et elle adorait qu’il la devine ainsi. Après deux mois d’amour parfait, baignant dans un bonheur absolu, ils s’étaient promis l’un à l’autre et s’imaginaient déjà entourés d’une nombreuse descendance.

Deux jours à peine après l’annonce de leur mariage aux parents de Jean-Louis, leur histoire avait pris fin dans un tourbillon d’événements malheureux qui s’étaient enchaînés les uns après les autres. Il y avait d’abord eu la mort de Gertrude. Jean-Louis l’avait laissée profiter librement de la nature en la sortant de son bocal et l’installant sur sa serviette de plage. Henriette se faisait bronzer, juste à côté, en écoutant sa playlist préférée. Un Pélican venu de nulle part s’était alors posé et avait avalé Gertrude d’un seul coup pendant les cinq petites minutes où Jean-Louis s’était absenté, le temps de se rendre dans une cabine pour enfiler son maillot. Suite à cela, tout était parti en vrille. Sans qu’on sache trop pourquoi, le malheur s’agglutine souvent en grappe, comme des grains de raisin. La semaine suivante, la mère de Jean-Louis avait été victime d’un AVC et Jean-Louis avait perdu la vie dans un accident de voiture en se rendant à son chevet. Tout cela avait laissé chez Henriette, un immense vide d’amertume et de culpabilité, se croyant responsable de tout ces drames, parce qu’elle ne méritait pas tant de bonheur et l’univers s’était chargé de le lui rappeler.

Arrivant au café, son regard fut attiré par une petite tache jaune sur la plage. En l’observant de plus près, elle reconnu le petit canard jaune, oublié là une fois de plus. Y voyant un signe du destin, elle enleva ses souliers et avança sur le sable pour aller le ramasser avec l’idée de le remettre au petit bonhomme, comme Jean-Louis l’avait fait un an plus tôt. Puis, enivrée par l’odeur de la mer, elle s’assit sur le sable et un peu par nostalgie, un peu pour oublier, sorti un roman Harlequin de son grand sac et se plongea dans la lecture.

Passant par là, un homme l’aborda.

– C’est à vous ce petit canard? dit-il, amusé.

Pensée du jour

Image  —  Publié: 14 avril, 2018 dans amour, Juste du bonheur, Pensée du jour

Pensée du jour

Image  —  Publié: 13 avril, 2018 dans Pensée du jour, Société

Pensée du jour

Image  —  Publié: 12 avril, 2018 dans Bonheur, Juste du bonheur, L'essentiel, Pensée du jour

Pensée du jour

Image  —  Publié: 11 avril, 2018 dans Bonheur, Juste du bonheur, L'essentiel, Pensée du jour, Prémonition