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J’ai 47 ans. Professionnellement, la cinquantaine me paraît une barrière qui se dresse entre moi et le monde du travail. Comme si, une fois cette étape franchie, on me percevra sur la pente descendante, celle qui mène vers la retraite, le dernier droit.

On m’avait déjà dit: Tu sais que tu vieillis, Pierre, quand tu réalises que ton patron est plus jeune que toi. Ouille, j’y arrive pour la première fois. Des changements structurels feront en sorte que mon nouveau patron aura quelques années de moins que moi. Juste quelques années, mais tout de même. 

Je n’ai jamais été très carriériste. Pour moi, le plaisir du travail réside dans ces liens que l’on établi avec les autres pour atteindre des objectifs communs qui vont dans l’intérêt supérieur de l’organisation à laquelle on appartient. On met nos énergies à faire prospérer l’organisation et en retour, celle-ci nous traite avec respect et justice en prenant soin de nous.  Alors, la question n’a jamais été de savoir si tel ou tel projet me permettait d’atteindre un poste plus élevé, mieux payé, plus visible avec davantage de responsabilités. Non, je n’ai jamais pensé de cette façon. D’ailleurs, en ce qui me concerne, le pouvoir n’a jamais été une fin en soi. On me l’a toujours confié davantage que je ne l’ai demandé.  Je l’ai pris parce qu’il fallait bien qu’une personne prenne les choses en main, organise, coordonne, motive les gens et canalise les énergies pour que l’on rame tous dans la même direction. Ce n’est pas par plaisir de taper sur le tambour, comme certains, mais plutôt pour éviter de faire du surplace. 

J’ai donc vécu une bonne partie de ma carrière dans une organisation de ce type, une PME tout ce qu’il y a de commun au Québec, avec cette ambiance de grande famille où tous ont du respect pour le propriétaire fondateur, présent et lui même est reconnaissant face à ses employés. L’équation gagnant-gagnant. Des employés qui sont fiers d’appartenir à une organisation, qui prennent à coeur la prospérité de l’entreprise et un employeur qui s’intéresse au bien-être de ses troupes. 

Et puis, un jour, la PME a été rachetée par une multinationale, qui malgré les beaux discours,  considérait surtout les employés comme des ressources compressibles, un moyen d’atteindre davantage de profits pour des actionnaires impatients, en augmentant la charge de travail et en limitant les « coûts de structure ».  On a alors commencé à entendre les employés parler du EUX et du NOUS. À l’interne, on continuait à promouvoir ces valeurs qui ont fait notre succès et notre fierté, mais celles-ci devenaient de plus en plus en porte-à-faux face à la structure globale.

j’ai alors pris conscience de la nécessité de penser à moi, d’assurer mes arrières. Cette méfiance a commencé à se répandre partout dans l’organisation, comme une sorte de virus. Et là, les burnouts et les démissions ont commencé à se multiplier, ici et là. C’est dans ce contexte que j’ai entrepri un retour aux études, il y a quelques années, pour garantir ma mobilité si cela s’avérait nécessaire, mais finalement, ce fut un bon choix pour d’autres raisons,  parce que j’adore apprendre et ça m’a aussi permis de mieux comprendre certains trucs que j’appliquais davantage d’instinct. 

Si, vue de l’extérieur, en lisant son bilan, l’entreprise va encore très bien, de l’intérieur, les choses ont commencé à se détériorer et ça me fait drôlement penser à cette crise économique qui se déroule présentement sous nos yeux. À force d’avoir uniquement des objectifs à court terme, on finit par pourrir la machine et celle-ci fini par craquer.  En abusant des ressources, on vient simplement encaisser maintenant, les profits futurs, ce qui donne une impression de très forte croissance, alors qu’en réalité, on ne vient qu’hypothéquer l’avenir de ceux qui suivront. 

La crise économique actuelle n’est pas qu’un simple cycle, c’est l’éclatement d’un système qui a été mené à ses extrêmes limites. C’est la conséquence du JE plutôt que du NOUS, du « profitez maintenant et payez plus tard », de l’American dream qui n’est autre que la concentration des richesses vers certains individus par l’appauvrissement collectif. 

La solution passe par le développement durable, pas seulement au niveau de l’agriculture mais bien de toutes les industries, développement durable dans le sens de respect des ressources, de respects de soi, de respect de son corps, de respect des autres.

Et on a rien inventé ici. Les amérindiens disaient:

« Dans notre vie quotidienne – à nous – dans notre gouvernement, nous ne prenons jamais aucune décision sans penser à la septième génération à venir. »

 

C’est un peu plus que la loto. Voilà le montant que le Gouvernement américain va injecter d’argent frais dans l’économie pour sauver le pays d’une crise économique qui aurait pu prendre l’ampleur de celle des années 30. Il ne faut toutefois pas se faire d’illusion. Ce seront les américains moyens qui devront payer pour réparer les pots cassés, tandis que quelques mafieux en cravate se sauvent avec le Jack Pot.